Dossier-Balafré par la crise postélectorale de 2011 : Comment le Cavally a été pacifié

Dossier-Balafré par la crise postélectorale de 2011 : Comment le Cavally a été pacifié
Le nouveau pont sur le N’Zo a effacé les traces des moments de souffrances vécus par les populations du Cavally qui avaient été obligées de fuir leurs habitations pour avoir la vie sauve (Ph DR)

La région du Cavally, située à l’ouest de la Côte d’Ivoire, a longtemps été marquée par les affres des crises successives, notamment la crise postélectorale de 2010-2011 qui a profondément affecté son tissu social, économique et humain. Avec plus de 170 000 déplacés enregistrés selon les Nations Unies, cette partie du pays faisait face à des fractures communautaires, des traumatismes collectifs et une perte généralisée de repères. Aujourd’hui pourtant, le Cavally présente le visage d’une région apaisée, engagée sur la voie de la réconciliation et du développement, fruit d’un processus progressif de pacification porté par l’État, les autorités locales et les communautés elles-mêmes.

Dès la fin de la crise, le Président de la République, Alassane Ouattara, a entrepris une visite hautement symbolique dans l’ouest du pays, notamment dans le Cavally, avec pour objectif d’apaiser les cœurs meurtris et de rétablir la confiance. Cette tournée, entamée par la ville de Man, a permis de rassurer les populations durement éprouvées et de marquer la présence de l’État aux côtés des victimes. Ce geste fort a constitué un point de départ essentiel dans le processus de reconstruction sociale et politique de la région.

Dans cette dynamique, la restauration du sacré, profondément affecté durant les années de crise, a occupé une place centrale. En octobre 2012, les communautés Wê ont été reçues au Palais présidentiel, dans un élan de reconnaissance et de réconciliation. À cette occasion, Oulaï Madeleine déclarait : « Je tiens là un pagne blanc, symbole de notre engagement à embrasser l’espoir nourri par nos peuples vis-à-vis de vous ». Ce moment symbolique, renforcé par l’appui financier apporté par le Chef de l’État aux garants des us et coutumes, a permis de réhabiliter les autorités traditionnelles et de restaurer les valeurs culturelles, éléments essentiels pour reconstruire la cohésion sociale.

Parallèlement à l’action de l’État, l’engagement de la ministre d’État Anne Désirée Ouloto-Lamizana, présidente du conseil régional du Cavally, a été déterminant dans la consolidation de la paix. Dès sa prise de fonction, elle a multiplié les tournées dans les quatre départements de la région, allant à la rencontre des populations, des chefs traditionnels, des guides religieux, des jeunes et des femmes, avec un message constant de paix, de cohésion et de vivre-ensemble. Cette présence régulière sur le terrain, accompagnée d’actions de solidarité, a progressivement permis de restaurer la confiance, de dissiper les peurs et de réduire les tensions héritées de la crise.

L’un des piliers de cette pacification réside également dans la mise en place de cadres de dialogue inclusifs. Des plateformes réunissant la chefferie traditionnelle, les guides religieux, les jeunes et les femmes ont été instituées, avec deux rencontres annuelles, afin de favoriser les échanges, prévenir les conflits et consolider le vivre-ensemble. Le dialogue est ainsi devenu un outil central pour déconstruire la méfiance et instaurer une confiance durable entre les différentes composantes de la société.

 

 

Le dialogue, un outil central pour déconstruire la méfiance et instaurer une confiance durable

Dans cette approche, Anne Désirée Ouloto-Lamizana s’inscrit pleinement dans la vision du président de la République en accordant un profond respect aux autorités traditionnelles et aux leaders communautaires. Une véritable relation de confiance et de proximité s’est instaurée avec les populations, renforcée par des visites régulières, notamment en début d’année, ainsi que par l’accompagnement constant des communautés chrétiennes et musulmanes lors des grandes célébrations religieuses. Cette attention portée à toutes les composantes sociales contribue à renforcer l’unité et la cohésion.

La consolidation de la paix dans le Cavally s’est également appuyée sur des actions ciblées en faveur des jeunes, autrefois exposés aux manipulations et aux violences durant la crise. Conscient de leur rôle central dans la stabilité sociale, le gouvernement ivoirien a mis en place plusieurs dispositifs d’insertion socio-professionnelle et de réinsertion. Dans ce cadre, le Projet THIMO (Travaux à haute intensité de main-d’œuvre), notamment dans sa déclinaison spéciale Cavally, a permis d’offrir des opportunités d’emploi temporaire à de nombreux jeunes, tout en contribuant à la réalisation d’infrastructures communautaires. Ce programme a favorisé non seulement l’autonomisation financière des bénéficiaires, mais aussi leur réintégration dans le tissu social. À cela s’ajoutent des initiatives de formation, d’encadrement et de soutien à l’entrepreneuriat, visant à éloigner durablement les jeunes des risques de violence et à en faire des acteurs du développement local.

La paix retrouvée dans le Cavally s’appuie également sur des actions concrètes de développement et de solidarité. La réalisation d’infrastructures modernes, à l’image du nouveau pont de Guiglo sur la rivière N’zo, venu remplacer un ouvrage ancien datant de 1956 devenu dangereux, constitue un symbole fort du renouveau de la région. De même, la réhabilitation de l’hôpital régional et le renforcement de son plateau technique améliorent significativement l’accès aux soins. Les initiatives sociales, notamment les filets sociaux et la popote familiale, permettent quant à elles de prendre en charge les populations les plus vulnérables et de réduire les inégalités, souvent sources de tensions.

À travers ces actions, un message constant est porté par la ministre d’État, en cohérence avec la vision du chef de l’État : celui de la paix durable, de la stabilité et du développement. Dans un contexte sous-régional marqué par des défis sécuritaires, la Côte d’Ivoire, et en particulier le Cavally, apparaît aujourd’hui comme un espace de stabilité à préserver et à consolider.

Ainsi, de région meurtrie, le Cavally est devenu une terre d’espérance, où le dialogue, la solidarité, l’inclusion des jeunes et le développement participent à l’enracinement durable de la paix. C’est dans ce contexte apaisé que se tient, les 10 et 11 avril 2026 à Guiglo, la première édition du forum « Femmes et gouvernance », organisée par le conseil régional du Cavally en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le Développement. Ce rendez-vous vient consacrer les acquis de la paix et ouvrir de nouvelles perspectives pour un développement inclusif et durable de la région.

Rossignol Konan