PDCI : 80 ans, entre célébration et incertitude

PDCI : 80 ans, entre célébration et incertitude

Depuis le 9 avril 2026, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire a donné le ton des festivités marquant son 80e anniversaire. Elles ont débuté par une conférence inaugurale au siège du PDCI et se poursuivront jusqu’en octobre, avec au programme une série d’activités, dont le rassemblement de samedi dernier. Avec l’ANC (Congrès national africain) en Afrique du Sud, le PDCI figure parmi les deux plus anciennes formations politiques du continent. Mais la comparaison s’arrête là. 

En effet, si l’ANC s’est structuré, de la clandestinité à la conquête du pouvoir d’État en 1994, en passant par la reconnaissance légale, et est devenu un parti puissant qui gouverne l’Afrique du Sud depuis trois décennies, on ne peut en dire autant du PDCI. Après le long règne du Président Houphouët-Boigny, le parti s’est détourné de sa vision originelle, celle de la cohésion et du vivre-ensemble, pour emprunter, sous la direction de son successeur Henri Konan Bédié, les chemins tortueux de la division, du clanisme et de la xénophobie. Parti d’union et de paix sous Houphouët-Boigny, le PDCI s’est mué en chantre de l’ivoirité, instrumentalisant à des fins politiques une question pourtant très sensible : l’identité. 

Conséquence : dès septembre 1994, moins d’un an après le décès de son fondateur, le PDCI se fracture avec la naissance du RDR (Rassemblement des Républicains) et glisse vers une posture non pas de droite mais d’extrême-droite, avec une rhétorique nationaliste digne des fascistes. En s’engageant sur cette piste dangereuse, le PDCI a réussi la prouesse, après environ quarante ans de règne, de se saborder tout simplement. Et surtout d’entraîner, après quatre décennies de stabilité et de fraternité, le pays sur la voie de la division, de l’incertitude et des remous… Les séquelles persistent encore aujourd’hui. 

Certes, le PDCI s’est rapproché un temps du RDR pour créer la coalition houphouëtiste baptisée RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix). Mais l’idylle, entamée en 2005 et qui avait permis d’évincer le régime frontiste du Président Laurent Gbagbo, prend brutalement fin en 2018, à la surprise générale. Comme toutes les histoires d’amour qui s’achèvent souvent sur une banale incompréhension, un coup de tête. Le PDCI en paie le prix aujourd’hui. 

Depuis huit ans, après avoir goûté aux lambris dorés du pouvoir, le PDCI s’est retrouvé dans l’opposition, sans crier gare, et y végète encore, entre dissensions internes, chocs d’ambitions, rivalités féroces et manœuvres manichéennes. C’est dans cet environnement délétère, sur fond de contestation de la légitimité de son premier responsable, que le parti souffle sur sa 80ème bougie. Une célébration suivie de loin par certains cadres en rupture de ban avec l’actuelle équipe dirigeante, dont ils n’approuvent ni les méthodes ni les agissements. 

À l’évidence, c’est un PDCI à la limite grabataire, considérablement affaibli, qui jubile, alors que les perspectives ne sont guère reluisantes. Justement, quel avenir pour ce parti ? La question mérite une réflexion profonde. Car derrière les discours trompeurs de ses responsables, qui donnent l’illusion que le PDCI va bien, la réalité est tout autre : le parti a perdu de son affluence et n’a quasiment plus de bastion, en dehors du V baoulé, et encore, dans deux ou trois régions seulement. De plus, il a vu s’échapper une bonne partie de son vivier de cadres, partis sous d’autres cieux. 

Mais le défi le plus urgent reste l’absence prolongée de son président. Voilà un an que Tidjane Thiam s’est exilé volontairement en France. Comment peut-il diriger efficacement l’appareil politique en étant hors du pays ? La question taraude l’esprit de nombreux militants, qui doutent sérieusement de sa capacité réelle à faire franchir un cap au PDCI. À la vérité, c’est un pari impossible : le rayonnement d’un parti dépend aussi de l’équation personnelle de son président, de sa capacité à séduire les militants et à les conquérir par sa vision, son charisme et ses idées. Avec Thiam, il n’y a pour l’instant rien de tout cela. Il est ni plus ni moins un président fantôme. 

C’est là que se situe tout l’enjeu de l’après-80 ans. Que va faire le PDCI ? Rester dans cette posture improductive et mourir à petit feu ? Ou prendre son destin en mains en se débarrassant de Thiam ? Quoi qu’il en soit, l’horizon semble flou. Très flou même. Et c’est tout le destin de ce parti qui se joue dans ce méli-mélo. 

Que dire aussi de son positionnement idéologique ? Imaginons l’ANC qui, pour des calculs politiques, s’allierait au parti des suprématistes blancs et balaierait du revers de la main tout l’héritage du combat de Mandela pour l’égalité. C’est pourtant ce que le PDCI d’aujourd’hui et ses cadres se sont attelés à faire depuis la mort d’Houphouët-Boigny. 

L’autre défi, et certainement le plus crucial au-delà de la recherche d’un vrai leader, sera de retrouver son identité. Celle d’un parti profondément africain et humaniste. Autrement, malgré ses 80 ans, le PDCI n’aura rien compris et continuera de végéter dans les méandres du flou. 

 

Charles Sanga