Etat de droit et garde-fous démocratiques
« La liberté d'expression ne consiste pas à dire tout ce que l'on veut ». Cette réflexion de l’écrivain français Édouard Louis résume avec acuité l’essence de cette notion. Pourtant, sous nos latitudes, certains citoyens – notamment des acteurs politiques – feignent de l’ignorer, ou s’y refusent par calcul. En Côte d’Ivoire, ce travers est devenu trop fréquent.
Dans l’esprit d’une certaine opposition, la liberté d’expression serait un blanc-seing pour dire tout et n’importe quoi : troubler l’ordre public, inciter à la révolte, jeter le discrédit sur les institutions garantes de la stabilité nationale, diffuser de fausses informations pour manipuler les populations, porter atteinte à l’honorabilité de citoyens respectables, proférer des insanités contre les plus hautes personnalités au mépris du respect dû aux aînés, appeler à la haine, à la xénophobie, au tribalisme, voire au meurtre. Autant d’actes subversifs, cyniquement destinés à plonger le pays dans le chaos, et totalement répréhensibles au regard de la loi.
Or, lorsqu’ils sont interpellés, leurs auteurs crient au musellement des libertés et trouvent des relais pour les soutenir. Mais au nom de quelle liberté d’expression devrait-on tout permettre, comme s’il n’existait ni État ni justice ? Même dans une jungle, il y a des règles. Dans aucun pays du monde, les citoyens ne sont libres de tout dire, tout écrire ou de tout faire. La Cour européenne des droits de l’homme est claire : « La liberté d'expression ne donne pas le droit de tout dire ». La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.
Assimiler démocratie et libertinage est une erreur grave. La démocratie n’est pas l’anarchie ; elle repose sur des institutions fortes et sur le respect sacré de l’équité. Il ne saurait y avoir deux catégories d’Ivoiriens : les justiciables ordinaires et les « intouchables » drapés dans une cape politique. La justice doit agir pour tous, sans exception, indépendamment du statut social, des connexions ou de la puissance financière.
S’engager en politique, c’est assumer ses responsabilités, ses propos et respecter les institutions. Critiquer, oui ; calomnier, non. Accuser sans preuves, non. Invectiver gratuitement, non. On peut reprocher bien des choses au régime du Président Alassane Ouattara, mais certainement pas le refus de la contradiction.
La liberté d’expression est une réalité, comme en témoignent les débats parfois enflammés dans les médias. Jamais, sous aucun régime en Côte d’Ivoire, la presse et les médias n’ont été aussi libres, pluriels et diversifiés. Les quotidiens, les radios, les télévisions et désormais les plateformes numériques offrent une palette d’opinions qui reflète la vitalité démocratique du pays. Les journalistes peuvent interroger, critiquer, analyser et confronter les points de vue sans craindre la censure systématique. Les plateaux télévisés accueillent des débats contradictoires où s’expriment toutes les sensibilités politiques, parfois avec vigueur, mais toujours dans le cadre d’un pluralisme assumé.
Cette ouverture médiatique constitue l’un des marqueurs les plus tangibles de la gouvernance actuelle : elle démontre que la contradiction n’est pas seulement tolérée, mais qu’elle est considérée comme un moteur de la démocratie. Les citoyens disposent ainsi d’une pluralité de sources d’information qui leur permet de se forger une opinion éclairée. La presse écrite, les radios communautaires, les chaînes privées et publiques, ainsi que les médias en ligne participent à cette dynamique, donnant à la Côte d’Ivoire une place singulière dans la sous-région ouest-africaine.
Dès lors, nul besoin de s’embourber dans l’intoxication et la manipulation. Ceux qui persistent dans cette voie s’exposent à la justice. Ce n’est pas de la persécution ; c’est l’État de droit qui s’applique. La démocratie ivoirienne ne peut se consolider que si elle repose sur des institutions solides, respectées et respectables, capables de garantir l’équité et de protéger les libertés individuelles sans céder aux dérives.
Charles Sanga
