Voies sans issue

   Voies sans issue

« On ne reconstruit pas un État par le putsch, ni la paix par les mercenaires. Lorsqu’un pouvoir prétend incarner seul la souveraineté mais n’est plus en mesure de protéger ni son territoire ni sa population, c’est toute la nation qui vacille. (…) Le Sahel ne sortira ni de l’effondrement institutionnel, ni de la fragmentation sécuritaire, ni de la concurrence des influences étrangères sans un sursaut politique profond. » 

Cette analyse de Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, décrit avec lucidité  la situation chaotique que vivent aujourd’hui les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) : le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Trois nations placées sous la férule de juntes militaires qui, derrière le vernis d’un discours panafricaniste, se révèlent être des dictatures brutales. Ces régimes ont étouffé les partis politiques, muselé la société civile et fermé tout espace démocratique, imposant une pensée unique qui ramène leurs peuples à un passé sombre, celui des premières années post-indépendance. 

Or, il faut le rappeler sans détour : ce n’était pas le contrat social promis aux populations. Les putschistes ont renversé des présidents civils démocratiquement élus, choisis librement par leurs peuples, au nom d’une prétendue incapacité à lutter contre le terrorisme. Ils ont justifié leur prise de pouvoir par les armes en promettant sécurité et stabilité. Mais cinq ans après au Mali, trois ans au Burkina Faso et deux ans au Niger, le constat est accablant : ces pays sont plus fragiles que jamais, une large partie de leurs territoires étant contrôlée par des groupes armés terroristes. 

Les attaques coordonnées du JNIM et du Front de Libération de l’Azawad, le 25 avril dernier au Mali, ainsi que les assauts récurrents au Burkina Faso et au Niger, démontrent la faillite de ces régimes. Elles prouvent l’échec patent de ces nouveaux « panafricanistes » qui ne sont en réalité que des propagandistes manipulateurs. Les coups d’État n’ont rien apporté, sinon un cycle infernal de violence et d’instabilité. Comme le souligne implicitement Dominique de Villepin, jamais un putsch n’a construit la paix ni consolidé un État. Il ouvre au contraire la voie à l’incertitude et au chaos. 

La vérité est crue : ces trois régimes ont échoué sur toute la ligne. Non seulement ils n’ont pas libéré leurs pays du joug des terroristes, mais ils ont aggravé la crise sécuritaire. Les djihadistes multiplient les offensives, et les armées, démoralisées et mal équipées, sont incapables de répondre. À cela s’ajoute une faute politique majeure : la rupture avec la CEDEAO et l’hostilité affichée envers leurs voisins immédiats, notamment la Côte d’Ivoire et le Bénin. En claquant la porte de l’organisation sous-régionale, ces juntes ont isolé leurs pays, privant leurs peuples de solidarité régionale. 

Personne n’est dupe : cette rupture traduit une volonté de s’éterniser au pouvoir, loin des regards de la communauté internationale et des mécanismes démocratiques. Mais pour combien de temps ? L’opinion nationale et internationale s’interroge, alors que les combattants djihadistes gagnent chaque jour du terrain. 

En vérité, à quoi a servi l’irruption des armes dans les palais présidentiels de ces pays ? 

On le voit bien : le coup d’État n’a jamais constitué un rempart contre les difficultés ni contre l’incapacité d’un régime civil à répondre aux attentes des populations. Sinon, les pays de l’AES, devenus les champions des putschs, seraient  des puissances sous régionales.  À eux seuls, le Mali, le Burkina Faso et le Niger cumulent 19 coups d’État depuis leurs indépendances. 

Qu’est-ce que cela leur a apporté ? Rien, sinon davantage de fragilité institutionnelle, de divisions internes et de vulnérabilité face aux menaces terroristes. Chaque prise de pouvoir par les armes a nourri l’illusion d’un changement radical, mais dans les faits, elle n’a fait qu’aggraver la crise politique et sociale. Les populations, elles, continuent de payer le prix fort : insécurité, pauvreté, déplacements massifs et perte d’espérance. 

En vérité, l’histoire récente du Sahel démontre que le putsch n’est jamais une solution. Il ne construit ni la paix, ni la stabilité, ni la démocratie. Il ne fait que prolonger l’incertitude et enfoncer les nations dans une spirale sans issue. 

Aujourd’hui, le bilan est tragique : revers militaires, exécutions sommaires, massacres de grande ampleur, populations déplacées par millions, crise sociale et humanitaire sans précédent. Les régimes de l’AES vacillent et s’approchent dangereusement de l’effondrement. Une descente inexorable vers les abîmes. 

Le Sahel n’a pas besoin de dictatures militaires, mais d’un sursaut politique, d’institutions solides et d’une coopération régionale sincère. Les peuples du Burkina Faso, du Mali et du Niger méritent mieux que des régimes de fer incapables de les protéger. Ils méritent la paix, la démocratie et l’espérance. 

 

Charles Sanga