Garder le cap !
« Le piège pour les hommes politiques est de se sentir invulnérables, intouchables. Cela conduit à négliger des choses que l’on juge à tort subalternes. » Cette mise en garde de Roland Dumas, ancien responsable politique français, mérite d’être méditée par tout parti qui aspire à durer au sommet. Elle s’applique particulièrement au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), première force politique ivoirienne depuis plus de deux décennies.
Depuis 2010, le RHDP a remporté toutes les élections générales et locales organisées en Côte d’Ivoire. Au fil des années, le parti du Président Alassane Ouattara a consolidé son implantation sur l’ensemble du territoire, avec des structures actives dans les 31 régions et les deux districts autonomes – Abidjan et Yamoussoukro. Il rassemble en son sein des cadres influents, enracinés dans leurs terroirs, qui constituent autant de relais solides. Cet ancrage n’est pas le fruit du hasard : il découle directement de la dynamique de développement impulsée par le Président Ouattara au cours des quinze dernières années.
Les réalisations sont nombreuses et visibles : routes, ponts, échangeurs, barrages, électrification, adduction en eau potable, centres de santé… Autant d’infrastructures qui ont profondément transformé le visage du pays et amélioré le quotidien des populations. Ce travail colossal, accompli en un laps de temps relativement court, a bouleversé les équilibres politiques traditionnels. Il explique la percée du RHDP dans des zones historiquement défavorables au parti. Les victoires électorales récentes en sont la preuve éclatante : la présidentielle du 25 octobre, remportée par Alassane Ouattara avec 89,10 % des suffrages, et les législatives du 27 décembre 2025 où le RHDP a raflé 196 sièges sur 255.
Ces succès traduisent une réalité désormais incontestable : le développement a permis au Président Ouattara de conquérir le cœur de la majorité des Ivoiriens. Dans les faits, cela se traduit par une domination écrasante du RHDP à l’Assemblée nationale, rappelant l’époque du parti-État sous Houphouët-Boigny. À l’heure actuelle, aucun autre parti ne semble en mesure de rivaliser sérieusement avec le RHDP. Ce constat n’est pas une propagande, mais une évidence. L’opposition, affaiblie par ses divisions internes et ses crises interminables, peine à incarner une alternative crédible.
Cependant, cette suprématie ne doit pas conduire à l’autosatisfaction. Le RHDP ne peut se permettre de baisser la garde. Les revers enregistrés lors des législatives partielles à Toumodi et Dualla-Massala rappellent que la domination, aussi solide soit-elle, reste fragile face à une adversité déterminée. Le parti n’est pas un géant aux pieds d’argile, mais il peut perdre son équilibre s’il néglige l’entretien de sa base militante. D’où la nécessité d’une remise en question régulière et d’une capacité à tirer les leçons des échecs.
Le RHDP doit donc relancer sa machine politique après une phase de repos compréhensible. Les structures locales doivent rester vivantes en permanence, à travers des réunions, des activités concrètes et une animation continue, plutôt que d’attendre les échéances électorales pour se mobiliser. La direction du parti, ou ses émissaires, doit multiplier les tournées pour s’imprégner de la réalité du terrain, expliquer les réformes institutionnelles et politiques, et maintenir la flamme militante. L’opération «E-militant » doit également être renforcée afin de consolider une base de données stratégique, indispensable pour mesurer l’implantation réelle du parti.
Un autre chantier crucial est celui de l’unité des cadres. Le choc des ambitions, inévitable dans une grande formation politique, doit être transformé en atout et non en handicap. Les divergences doivent nourrir le débat interne, mais ne jamais menacer la cohésion du parti. Car aucun cadre, aussi influent soit-il, n’a intérêt à voir le RHDP s’effondrer. L’union sacrée autour de l’intérêt supérieur du parti est une condition sine qua non pour maintenir la stabilité et préparer l’avenir.
En définitive, la force du RHDP réside autant dans ses acquis que dans sa capacité à se remettre en cause. La vigilance, l’animation permanente des bases, la pédagogie politique et l’unité des cadres sont les clés pour transformer une domination électorale en véritable hégémonie durable. Le RHDP doit garder le cap, car l’histoire enseigne que les victoires d’hier ne garantissent jamais celles de demain.
Charles Sanga
