Clôture des festivités des 80 ans d'existence du PDCI-RDA : Tidjane Thiam, le président fantôme
Le rideau est tombé sur les festivités des 80 ans d'existence du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI). Comme, il fallait s'y attendre, son président, Tidjane Thiam, hors du pays depuis plus d'un an, a brillé par son absence à toutes les activités. De la cérémonie de lancement tenue le 9 avril à la maison du vieux parti à Cocody au meeting de clôture à Yamoussoukro en passant par les conférences, le parti doyen a mené la réflexion sur son avenir en l’absence de son président. Décidément, Tidjane Thiam a abandonné son parti à son sort. Il brille par son absence à tous les rendez-vous de sa formation politique depuis plus d'un an.
Ainsi, l'ancien directeur général du Crédit Suisse n'a pas répondu physiquement à l'appel de son parti pour la célébration du 80e anniversaire. A la cérémonie de lancement des festivités, c’est par vidéoconférence qu'il s'est adressé aux militants depuis la capitale française où il réside depuis plus d'un an sans jamais remettre les pieds en Côte d’Ivoire. Comment le président du parti peut-il se permettre une absence à un tel rendez-vous? En effet, la célébration des 80 ans de vie est une occasion privilégiée pour le parti doyen d’engager des réflexions profondes sur son fonctionnement actuel en vue de trouver des solutions aux dysfonctionnements qui grippent sa machine sur le chemin de la reconquête du pouvoir d'Etat. Placée sous le thème « PDCI-RDA, 80 ans d’expérience, de résilience et de fidélité aux valeurs de dialogue et de paix léguées par le Père fondateur Félix Houphouët-Boigny : une alternative crédible pour la Côte d’Ivoire », cette commémoration a été, selon le vice-président et haut représentant du président du PDCI dans le district d'Abidjan, Aby Raoul, un moment fort de mémoire, d’engagement et de projection vers l’avenir.
Le PDCI peut-il vraiment se projeter vers l'avenir avec son président à mille lieues de la Côte d’Ivoire ? La question brûle les lèvres dans les couloirs de la Maison du parti à Cocody. Selon des cadres et non des moindres, cette absence prolongée du président du parti est préjudiciable à son fonctionnement ainsi qu'à sa puissance et à son efficacité sur le terrain. En témoigne la perte de vitesse du parti doyen aux dernières élections où il a perdu la moitié de ses élus nationaux et de ses élus locaux. Pour un responsable local de Yopougon qui a requis l'anonymat, son parti a été victime des choix de la direction. Qui ont été faits depuis les résidences parisiennes du président Tidjane Thiam loin et très loin des réalités du terrain. Selon lui, les défaites électorales enregistrées lors des dernières élections législatives et locales sont les preuves tangibles que la plus ancienne formation politique de Côte d’Ivoire ne peut être gérée ni à distance ni par procuration.
“Les militants ont besoin d'être rassurés, d'être orientés et d'être guidés par le capitaine du navire. La présence du premier responsable du parti aux côtés des militants est plus que rassurante et galvanisante. Elle a incontestablement un effet sur les résultats électoraux”, a-t-il affirmé. C'est pourquoi, des cadres dénoncent avec la dernière énergie cette absence de Tidjane Thiam aux rendez-vous importants.
Comment l'avenir du PDCI-RDA peut-il se discuter en l'absence de son chef? Le parti peut-il se payer le luxe de cautionner cette situation et demeurer dans cette dynamique négative? Les interrogations ne manquent pas. De nombreux militants pensent qu'il faut vite fermer cette parenthèse avec des décisions courageuses visant à améliorer la gouvernance du vieux parti. Pour relever les défis et être à la hauteur des missions de reconquête du pouvoir d'Etat, le PDCI, selon eux, doit absolument revoir sa gouvernance pour être plus présent sur le terrain avec un président et ses collaborateurs de la direction plus proches des bases. Auquel cas, il s'enfoncera dans les profondeurs abyssales des dysfonctionnements, dans l'impuissance totale et de l'inefficacité absolue. Le confrère Radio France internationale ne pensait pas si bien dire en affirmant sur Tidjane Thiam est le président fantôme à la tête d'un parti affaibli. Même si des proches de Thiam tentent vainement de relativiser la situation. Pour eux, son absence prolongée n'est pas synonyme de crise dans le parti. Pourtant la réalité est là. Cette absence est décriée et divise le vieux parti.
Lacina Ouattara
