Cancer : Les 5 stratégies développées par le PNLC pour lutter efficacement contre le mal

 Le mois de février est dédié à la lutte contre le cancer. La Journée mondiale du cancer est célébrée chaque 4 février, tandis que la Journée internationale dédiée aux enfants atteints de cancer a lieu le 15 février. Tout au long du mois, les pays mettent en lumière les efforts déployés dans la lutte contre cette pathologie. C’est dans ce cadre que le Professeur Adoubi Innocent, directeur coordonnateur du programme national de lutte contre le cancer (PNLC), s’est prononcé sur les initiatives menées par la Côte d’Ivoire en la matière. 

Cancer : Les 5 stratégies développées par le PNLC pour lutter efficacement contre le mal
Le tabagisme fait partie des facteurs de risque du cancer ainsi que  l’obésité. PHOTO DR

Le cancer constitue aujourd’hui un véritable problème de santé publique en Côte d’Ivoire. En 2022, environ 21 000 cas ont été enregistrés avec près de 14 000 décès. Cette mortalité élevée, jugée préoccupante, exerce une pression considérable sur le système de santé et sur la société, en raison du coût élevé des traitements et des lourdes conséquences psycho-sociales. Et la tendance ne semble pas prête à s’inverser. Selon le Professeur Adoubi Innocent, directeur coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC), les projections indiquent qu’à l’horizon 2040, le nombre de cas pourrait augmenter de plus de 40 % si des efforts significatifs et coordonnés ne sont pas entrepris.

Pour renverser la tendance, le PNLC mise sur 5 stratégies dont  la sensibilisation et la formation. « On essaie de donner le maximum d'informations avérées sur le cancer en le dédramatisant, en collaboration avec des ONG sur le terrain telle que la Coalition des Organisations de Lutte Contre le Cancer. Il faut former des acteurs, depuis les agents de santé communautaires, infirmiers, sages-femmes jusqu'aux médecins, à la reconnaissance des premiers symptômes et à la référence précoce des cas suspects de cancer », a-t-il expliqué, sur le site Facebook du ministère de la Santé.   

L’une des stratégies, a-t-il ajouté, est la concertation avec les autres programmes notamment le Programme de prévention des maladies métaboliques et des maladies non transmissibles, le Programme national de lutte contre le Sida, le Programme national de santé mère-enfant ainsi que le Programme de lutte contre le tabac, les addictions et la santé mentale.

Un autre axe concerne le plaidoyer afin d’assurer la disponibilité maximale d’équipements et de ressources humaines, correctement répartis sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, il est essentiel, a insisté l’expert, d’éviter les déserts médicaux pour que la prise en charge du cancer soit possible dans toutes les régions de la Côte d’Ivoire. Aussi, le plaidoyer à l'accès aux stratégies de prévention et au traitement doit continuer et s’accentuer afin que le maximum de personnes puisse bénéficier d’un dépistage quand cela est possible et d’un traitement gratuit ou à moindre coût. « Dans cette optique, les entreprises du secteur privé comptent », a-t-il souligné.

En Côte d’Ivoire, le cancer du sein et le cancer du col de l'utérus sont les deux cancers les plus fréquents chez la femme. Au niveau des hommes, le cancer de la prostate et le cancer du foie viennent en première position. Mais, le cancer du côlon-rectum, a fait savoir le spécialiste, est aussi en pleine croissance depuis les six dernières années.

Selon le Professeur Adoubi, le cancer de la prostate arrive en tête en termes d’incidence, devant le cancer du sein. Les autres localisations (pancréas, tête et cou, poumons, ovaires, etc.) restent moins fréquentes.

Chez l’enfant, le lymphome de Burkitt – un cancer des ganglions – domine, représentant environ 60 % des cas pédiatriques.

 

 

Des facteurs de risque multiples

Le premier facteur de risque de développer un cancer, selon le Professeur Adoubi Innocent, est avant tout le vieillissement. Mais, à côté de l'âge, interviennent également les facteurs environnementaux et comportementaux. À savoir l'alcool, le tabac, l'alimentation, en particulier les aliments transformés. « Ce sont des facteurs qui favorisent notamment l'obésité. Et l'obésité ou le surpoids est un facteur de risque du cancer, notamment du colon, du pancréas, du sein et de la prostate. Ce sont des facteurs qui sont modifiables, sur lesquels nous pouvons agir pour faire baisser l'incidence du cancer », a-t-il expliqué, précisant qu’il y a des facteurs qui ne sont pas modifiables. Ce sont des facteurs familiaux. « Le cancer, dans 5 à 10 % des cas, peut être héréditaire. Là, on ne peut rien faire contre », a-t-il soutenu.

Par ailleurs, il y a des facteurs dits infectieux comme l'hépatite B, l'hépatite C, responsables du cancer du foie, et l’Human Papillomavirus (HPV),à l’origine de la quasi-totalité des cancers du col de l'utérus, de plus des deux tiers des cancers anaux et certains cas de cancers de la gorge et du pénis. Sans oublier, bien sûr, un virus particulier qu'on appelle l’Epstein-Barr virus, responsable des cancers des ganglions chez l'enfant, notamment le lymphome de Burkitt. Dans cette catégorie d’agents infectieux, se trouve l’Helicobacter pylori, à l’origine de certains cas de cancers de l’estomac, a-t-il détaillé.

 

Diagnostic précoce déterminant

Détecté tôt, les chances de guérison d’un cancer, a-t-il insisté, sont très élevées. Le dépistage est ainsi recommandé dès 20 ans pour le cancer du sein.  « L’auto-examen des seins doit être réalisé mensuellement, l’examen clinique annuel à partir de 20 ans, et la mammographie tous les deux ans à partir de 45 ans. Pour le cancer du col de l’utérus, le dépistage est recommandé à partir de 25 ans. Il permet de détecter et de traiter les lésions précancéreuses, c’est-à-dire les anomalies pouvant évoluer vers un cancer. Pour le cancer de la prostate, le dépistage doit commencer dès 45 ans, ou dès 40 ans en cas d’antécédents familiaux. Il consiste en un examen sanguin (PSA) et un examen clinique par toucher rectal. Pour le cancer colorectal, le dépistage repose sur un test immunologique des selles, à partir de 50 ans ; couplé à la colonoscopie le cas échéant », a-t-il cité, précisant que pour tout dépistage, il est recommandé de consulter d’abord un professionnel de santé dans un centre de santé de premier niveau. « Il pourra remettre un bulletin d’examen et vous orienter selon le dépistage souhaité. La palpation clinique se fait dans des centres, et près de 400 centres de santé disposent de capacités nécessaires pour le dépistage du cancer du col de l’utérus », a-t-il assuré.

Par ailleurs, 13 structures et centres hospitaliers universitaires (CHU) sont équipés en appareils de mammographie, dont neuf proposent le dépistage à coût réduit de 5 000 F CFA. Enfin, le service de prévention du Centre national de radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO) et le service de dépistage de l’Institut national de la santé publique (INSP) offrent également des services de dépistage.

Concluant, Professeur Adoubi Innocent a insisté sur le fait qu’à partir de 35 ans, aucun signe anormal, douleur persistante, masse, saignement inhabituel ou trouble digestif prolongé ne doit être négligé. En cas de doute, il faut consulter sans tarder.

DM