Contribution - 8 mars : la dignité des femmes, boussole morale des nations
La Journée internationale des femmes, célébrée tous les ans à la date du 8 mars, est l'occasion de renforcer l'autonomisation des femmes. Dans quelques jours donc la journée sera célébrée cette année encore. A la veille de cette célébration, Norbert Kobenan, communicateur de formation, stratège en communication institutionnelle, rappelle qu’une nation qui marginalise ses femmes se prive de la moitié de son intelligence collective et de sa capacité d’innovation.
Quand la dignité des femmes éclaire l’avenir des peuples. UNE VÉRITÉ QUE L’HISTOIRE NE DÉMENT JAMAIS Il y a des vérités que l’histoire répète inlassablement jusqu’à ce que les peuples finissent par les comprendre. On peut mesurer la puissance d’un pays à la taille de ses armées, à la hauteur de ses tours ou à l’ampleur de ses infrastructures. Mais la grandeur d’une civilisation se juge autrement. Elle se juge à une question simple, presque intime : quelle place une société accorde-t-elle à ses femmes ?
Car depuis l’aube des civilisations, une loi silencieuse traverse l’histoire des peuples : là où la femme est respectée, la société s’élève ; là où elle est humiliée, la civilisation s’appauvrit. Le 8 mars, consacré à la Journée internationale des droits des femmes, n’est donc pas une simple date commémorative. C’est un miroir moral tendu aux nations. Et dans ce miroir, chaque peuple doit regarder son propre visage.
LES FEMMES, ARCHITECTES SILENCIEUSES DES SOCIÉTÉS
Depuis toujours, les femmes occupent une place essentielle dans la construction des sociétés. Elles donnent la vie, mais elles donnent aussi bien davantage : elles transmettent les valeurs, façonnent les consciences et maintiennent l’équilibre des communautés. Dans les villages africains, les anciens savaient déjà que la stabilité sociale ne dépendait pas uniquement des chefs ou des institutions. Elle dépendait aussi de la sagesse des femmes. Une parole populaire ancienne le résume avec une justesse remarquable : « Quand la femme se tient debout, le village tient debout avec elle. »
Cette intuition ancestrale rejoint aujourd’hui les analyses modernes du développement. Les économistes, les sociologues et les institutions internationales l’affirment désormais clairement : investir dans les femmes transforme durablement les sociétés. Une fille instruite devient une femme capable de participer pleinement à la vie économique et citoyenne. Une mère éduquée améliore la santé et l’éducation de ses enfants. Une femme économiquement autonome renforce la stabilité de toute sa famille. Ainsi, la promotion des droits des femmes n’est pas seulement une question d’égalité. Elle est aussi un levier majeur de développement et de stabilité sociale.
LA CÔTE D’IVOIRE FACE À SA RESPONSABILITÉ HISTORIQUE
En Côte d’Ivoire, les femmes jouent un rôle fondamental dans la vitalité sociale et économique du pays. Dans les villages, elles cultivent la terre.
Dans les villes, elles animent les marchés et développent des activités économiques. Dans les universités, elles forment la nouvelle génération. Dans l’administration et les entreprises, elles participent à la gestion et à l’innovation.
La contribution des femmes ivoiriennes à la construction nationale est immense, même si elle demeure parfois insuffisamment reconnue. Ces dernières décennies, le pays a accompli des progrès réels dans la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. L’accès à l’éducation des filles s’est élargi, la participation des femmes à la vie publique s’est renforcée et les politiques publiques intègrent de plus en plus la question de l’autonomisation économique féminine. Ces avancées sont importantes. Elles témoignent d’une évolution positive des mentalités. Mais elles ne doivent pas masquer les défis qui subsistent. Car dans de nombreuses sociétés contemporaines, les femmes continuent encore de faire face à des obstacles persistants : inégalités économiques, violences domestiques, stéréotypes sociaux ou difficultés d’accès à certaines responsabilités. Le combat pour la dignité des femmes ne peut donc pas se limiter à une seule journée symbolique. Il exige un engagement constant.
LA RÉVOLUTION QUI RESTE À ACCOMPLIR : CELLE DES MENTALITÉS
Les lois peuvent évoluer rapidement. Les institutions peuvent adopter des réformes. Mais la transformation la plus profonde est celle des mentalités.
La promotion des droits des femmes ne consiste pas seulement à corriger des injustices juridiques. Elle implique aussi une évolution culturelle et sociale. Elle suppose que chacun reconnaisse que l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas une concession ou une faveur. Elle est un principe fondamental de justice.
Une nation qui marginalise ses femmes se prive de la moitié de son intelligence collective et de sa capacité d’innovation.
À l’inverse, une société qui valorise pleinement les femmes libère une énergie sociale considérable.
C’est pourquoi la promotion des femmes doit être comprise comme un projet national partagé, impliquant les institutions publiques, les communautés locales, les familles et les hommes eux-mêmes. Car l’égalité ne se construit pas contre les hommes. Elle se construit avec eux.
LA GRANDEUR D’UNE NATION
Au fond, le 8 mars nous rappelle une vérité simple mais exigeante. Les nations ne deviennent pas grandes uniquement par leurs routes, leurs ponts ou leurs statistiques de croissance.
Elles deviennent grandes lorsqu’elles savent reconnaître la dignité de celles qui portent la vie, transmettent les valeurs et maintiennent l’équilibre fragile des sociétés. Car les femmes ne sont pas seulement les mères des familles. Elles sont aussi les gardiennes silencieuses de la civilisation. Quand une société protège ses femmes, elle protège sa propre humanité. Quand elle les élève, elle élève son avenir.
Et l’histoire finit toujours par confirmer cette loi profonde : les nations qui honorent leurs femmes construisent la paix ; celles qui les ignorent fragilisent leur propre futur.
Si la Côte d’Ivoire veut continuer à avancer vers la prospérité et la stabilité, elle devra garder cette boussole morale : faire de la dignité des femmes non pas une revendication ponctuelle, mais un principe fondateur de la nation. Car le futur d’un pays ne se lit pas seulement dans ses discours.
Il se lit dans la lumière que ses femmes portent dans leurs yeux.
Par Norbert KOBENAN
