Contribution : L’homme et la politique : plongée dans le sous-sol des consciences

Contribution : L’homme et la politique : plongée dans le sous-sol des consciences

Dans cette réflexion, Dr Kalilou Coulibaly décrypte froidement le rapport entre l’être humain et la politique.

La lutte politique possède une lumière brutale. Elle éclaire, elle rassemble, elle donne aux hommes l’impression d’être nécessaires. Dans le tumulte des meetings, des slogans et des fidélités proclamées, chacun croit occuper une place décisive dans le mouvement de l’histoire. La ferveur collective agit comme un projecteur : elle grossit les silhouettes, elle magnifie les rôles, elle confond souvent l’utilité avec l’importance. Mais toute victoire politique possède son revers silencieux.

Lorsque le combat s’achève, lorsque les drapeaux se replient et que la foule se disperse, un étrange phénomène commence. Les voix qui criaient ensemble se taisent. Les visages se raréfient. La mécanique du pouvoir, froide et méthodique, remplace l’émotion de la conquête. Soudain, beaucoup découvrent une vérité que la lutte avait soigneusement dissimulée : dans la bataille, ils étaient utiles. Dans la victoire, ils deviennent souvent superflus. C’est là que commence le véritable face-à-face. Non pas avec l’adversaire politique, mais avec soi-même. La politique a ce pouvoir singulier : elle élève les hommes par la promesse d’un destin collectif, puis elle les redépose brutalement dans l’espace étroit de leur propre réalité. Elle vous utilise quand l’énergie est nécessaire, quand la ferveur doit être entretenue, quand les rangs doivent être serrés. Puis, elle vous oublie avec la même facilité qu’elle vous avait exalté. Il ne s’agit pas d’une trahison. C’est pire que cela : c’est une mécanique.

Dans cette mécanique, beaucoup découvrent tardivement qu’ils ont confondu la proximité avec le pouvoir et la possession du pouvoir. La visibilité avec l’influence. L’utilité momentanée avec la valeur durable. La politique, en ce sens, est un miroir cruel.  Elle révèle à certains qu’ils n’étaient que des instruments de circonstance dans une œuvre qui les dépasse. C’est en ce moment que l’âme moderne vacille. Car, nous aimons croire que notre engagement nous rend indispensables. Nous préférons la chaleur de la mobilisation à la froideur de l’évaluation. Nous préférons la fraternité du combat à la solitude de l’après. Mais la victoire, quant à elle, ne ment jamais. Elle redistribue les places avec une brutalité que la lutte avait masquée. Dans ce sous-sol de la conscience politique, l’homme se découvre face à deux questions qu’aucun slogan ne peut éviter : étais-je réellement nécessaire, ou simplement utile un instant ? Ai-je servi une cause, ou ai-je cherché à me servir d’elle ? La politique, au fond, est une école sévère. Elle peut donner à un homme une importance qu’il n’aurait jamais eue ailleurs. Mais, elle possède aussi l’art de lui rappeler, après la fête, que l’histoire continue très bien sans lui. C’est dans cet instant ce moment silencieux après la victoire, que l’engagement révèle sa vérité la plus nue.

 

Dr Kalilou Coulibaly