Crise du cacao : Les grands engagements du gouvernement pour sauver un secteur en difficulté au plan mondial

Crise du cacao : Les grands engagements du gouvernement pour sauver un secteur en difficulté au plan mondial

De la traversée du désert à l’espoir.  Sous la présidence de Laurent Gbagbo (2000-2010), plusieurs dirigeants d’entreprises de gestion du cacao en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, avaient été arrêtés pour “détournement de fonds”, révélant une gestion approximative qui avait plongé les producteurs dans une grande précarité.

À son arrivée au pouvoir en 2011, le Président Alassane Ouattara a pris le problème à bras-le-corps. Dès 2012, il met en place un système de prix garanti (bord champ) afin de sécuriser le revenu des planteurs, contrairement à la libéralisation précédente. En collaboration avec le Ghana, la Côte d’Ivoire introduit un bonus de 400 dollars US par tonne, directement versé aux producteurs. Le chef de l’État initie également le financement de la Couverture Maladie Universelle (CMU) pour les planteurs, améliore les pistes d’accès, construit des écoles et des centres de santé dans les zones de production, et lance un vaste programme d’agroforesterie visant la plantation de 60 millions d’arbres pour lutter contre la déforestation.

Lors de la crise sanitaire liée à la COVID-19, un fonds de 17 milliards de FCFA, dont 12 milliards destinés aux producteurs, est mis en place pour atténuer l’impact économique. Ces mesures traduisent la volonté de placer le producteur au cœur de la politique agricole ivoirienne.

Aujourd’hui, la filière est confrontée à une chute vertigineuse du prix du cacao. Soucieux du bien-être des producteurs, le gouvernement a pris une décision jugée courageuse et responsable : écourter la campagne principale d’un mois et avancer d’un mois la campagne intermédiaire. Ainsi la grande campagne, démarrée le 1er septembre, s’est achevée le 28 février. La petite campagne se déroule du 1er mars au 31 août.

 

Un secteur sous pression internationale

Cette nouvelle configuration permet aux planteurs d’écouler rapidement leurs fèves, alors que beaucoup étaient bloqués depuis novembre ou décembre sans solution de vente. Les multinationales, qui avaient conditionné la reprise des achats à cette réorganisation, ont ainsi pu relancer leurs activités.

Bien que premier producteur mondial de fèves, premier exportateur de produits dérivés et premier broyeur de cacao, la Côte d’Ivoire reste vulnérable face à l’industrie mondiale du chocolat, un cartel qui génère plus de 130 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an, dont les pays producteurs ne perçoivent que 6 %. Quelle inégalité !

Indéniablement, cette crise actuelle du secteur cacao rappelle la bataille engagée par le Président Félix Houphouët-Boigny en 1988/89 contre les mêmes multinationales et les spéculateurs qui ont refusé d’acheter le cacao ivoirien à un prix décent, forçant le président à décréter un embargo sur les exportations. Mais, au finish, il a dû céder face à la puissance de l’industrie du chocolat et du cacao.

En lançant un programme de rachat des stocks résiduels et en stabilisant le prix garanti à 2 800 FCFA/kg, le gouvernement ivoirien entend extirper la filière cacao de l’impasse et relancer l’industrie locale. Cette décision vise à protéger non seulement les producteurs, mais aussi l’ensemble de l’économie nationale.

Le cacao reste une mamelle essentielle de l’économie ivoirienne : il génère des ressources vitales pour l’État, fait vivre plus de 1,2 million de producteurs et près de 8 millions de personnes, et demeure un pilier de la société rurale.

 

Des efforts pour l’améliorions du secteur agricole 

Sous la présidence d'Alassane Ouattara, la Côte d'Ivoire a renforcé son secteur agricole, pilier économique (22% du PIB), en se concentrant sur l'intensification des cultures, la mécanisation, la transformation locale et la modernisation des filières (cacao, noix de cajou, caoutchouc). Le gouvernement promeut l'agriculture durable via le Plan National de Développement.  L'ambition majeure est de transformer davantage les matières premières sur place (cacao, cajou) pour augmenter la valeur ajoutée.  Les investissements et la modernisation du secteur sont une priorité.  Ils se manifestent sur le terrain par des efforts qui sont faits pour la mécanisation, l'utilisation d'intrants et le soutien aux petites exploitations, qui produisent 75 % des denrées alimentaires. Ces dernières années, la Côte d’Ivoire continue de confirmer sa position de leader avec des exportations fortes en cacao (2 018,7 milliards FCFA), caoutchouc (1 244,1 milliards FCFA) et noix de cajou (628,4 milliards FCFA) en 2023. Pour faire face à la sécurité alimentaire et assuré sa résilience, le pays a mis en place le PNIA (Plan National d'Investissement Agricole) qui vise à atteindre la faim zéro, améliorer la nutrition en milieu rural et renforcer la résilience face au climat. La promotion des jeunes est une réalité. Cela se manifeste par l’encouragement de l'entrepreneuriat agricole chez les jeunes et les femmes pour moderniser le secteur.  Le pays renforce également sa visibilité internationale, notamment en étant à l'honneur au Salon de l'agriculture 2026.

Thiery Latt