PPA-CI et le PDCI : Comment Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam plombent-ils leur parti
C'est un secret de polichinelle. Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) sont confrontés à des problèmes nommés Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam. En effet, les deux présidents sont aujourd'hui des véritables équations à résoudre pour leurs différentes formations politiques. D'un côté, Laurent Gbagbo étouffe toutes les énergies capables de faire avancer le parti sorti des entrailles du Front populaire ivoirien et de l'autre côté, Tidjane Thiam plombe la plus ancienne formation politique de Côte d’Ivoire avec son absence prolongée du pays couplée à sa légitimité contestée par bien de militants. Conséquence : les deux principaux partis de l'opposition sont de plus en plus affaiblis. Ils ont tout le mal du monde à s'affirmer dans l'arène politique ivoirienne.
Laurent Gbagbo ferme le processus électoral à son parti
Au PPA-CI, c'est Laurent Gbagbo qu'il faut louer et vénérer. Après lui, plus personne ne compte. Si ce n'est pas lui, ce n'est personne. Évidemment, l'ex-chef de l’Etat, qui a fondé le PPA-CI en octobre 2021 dans les sillages de son retour de La Haye, gouverne sans partage. Son poids sur l'organisation, le fonctionnement du parti et l'orientation des actions est tel qu'il écrase tout le monde. Ainsi, ses volontés et desideratas sont imposés aux cadres et militants. De sorte que les uns et les autres sont timorés devant la tournure des choses. En effet, il est quasiment interdit de contrarier les plans de Laurent Gbagbo. Auquel cas, on s'expose à de lourdes sanctions.
C'est avec cette gestion d’une main de fer que l'ex-chef de l'État a décidé de fermer le PPA-CI à toutes les élections suite à sa radiation de la liste électorale mettant fin à son ambition de se porter candidat à l'élection présidentielle d'octobre 2025. Désigné par son parti, il a été recalé par le code électoral. Cependant, il a refusé d'accepter l'idée d'une autre candidature.
Aussi la candidature de précaution proposée par Ahoua Don Mello alors vice-président exécutif chargé des Lacs et de la promotion du panafricanisme a-t-elle été catégoriquement rejetée. Devant l'impossibilité de sa candidature, Laurent Gbagbo et son camp ont rejeté du revers de la main toute idée de plan B. La suite, on la connaît. Le PPA-CI a pris la décision de boycotter le processus électoral. Ce qui a poussé Ahoua Don Mello à annoncer sa candidature à l'élection présidentielle du 25 octobre 2025 sous la barrière indépendante. Après avoir franchi le pas, il est démis de ses fonctions de vice-président du PPA-CI en juillet 2025. Deux mois après, des cadres et non des moindres dont Stéphane Kipré lui emboîtent pourtant le pas en se portant candidats indépendants aux élections législatives du 27 décembre 2025. Alors que le parti de Laurent Gbagbo avait également décidé de boycotter ces élections locales.
A un mois de son premier congrès ordinaire, le PPA-CI s'est lancé dans course disciplinaire marquée par les auditions de ceux qui ont osé remettre en cause la décision de boycott des élections (présidentielle et législatives). Ahoua Don Mello et Stéphane Kipré sont donc passés devant le conseil de discipline dans un contexte de tensions internes portant sur des divergences stratégiques, des prises de position jugées non conformes à la ligne du parti et des soupçons d’indiscipline ou de critiques publiques.
Que va décider le conseil de discipline au terme de ces auditions ? En tous cas, les mis en cause risquent d’éventuelles sanctions, notamment un avertissement, une suspension voire une exclusion. Le PPA-CI est donc à un tournant décisif de sa jeune histoire. Et, Laurent Gbagbo, son président apparaît nettement comme un facteur bloquant à son évolution.
Le PDCI dans la tourmente
Que dire de la situation du PDCI-RDA ? Le président Tidjane Thiam est également celui là-même qui enfonce son parti dans la crise. En effet, depuis son élection au terme du 8e congrès à Yamoussoukro et sa réélection en mai 2025 à la suite d'une démission technique liée à une procédure judiciaire concernant sa double nationalité (franco-ivoirienne), l'ancien directeur de Credit suisse fait face à une crise de légitimité. Sa gouvernance n'est pas du goût de plusieurs cadres qui ont intenté et intentent encore des procès contre lui en vue de le voir partir de la tête du parti doyen. A côté des plaignants, des cadres tels que l'ancien patron du secrétariat exécutif, Maurice Kakou Guikahué, les anciens ministres Jean-Louis Billon, Thierry Tanoh pour ne citer que ceux-là ont préféré prendre leurs distances avec le parti qu'ils portent encore en cœur. Ainsi, celui qui était annoncé comme l'oiseau rare capable de repositionner le PDCI, de le moderniser et de le conduire au Palais présidentiel est devenu le principal problème pour l'unité et la cohésion au sein de cette formation politique. En témoigne la contestation de ses décisions. Récemment des élus, notamment les députés-maires de Cocody, Jean-Marc Yacé ; de Port-Bouët, Sylvestre Emmou ; et du Plateau, Jacques Ehouo ont claqué la porte du groupe parlementaire du PDCI-RDA dénonçant des dysfonctionnements. D'autres élus ont rejoint la fronde contre Me Blessy Chrysostome, président du groupe parlementaire. A l'occasion des festivités des 80e ans d'existence du PDCI, ce dernier a invité ses pairs à taire les divergences pour l'intérêt supérieur du parti.
L'absence prolongée de Tidjane Thiam du pays intensifie cette crise interne. En effet, depuis qu'il s'est mis en exil volontaire en France, le président du PDCI brille par son absence à tous les grands rendez-vous engageant la survie et le repositionnement de son parti. Ainsi, il s'est payé le luxe de manquer les festivités des 80 ans du PDCI-RDA organisées autour du thème : « PDCI-RDA, 80 ans d’expérience, de résilience et de fidélité aux valeurs de dialogue et de paix léguées par le père fondateur Félix Houphouët-Boigny : une alternative crédible pour la Côte d’Ivoire ». En d'autres termes, le PDCI profite de cet événement pour revisiter son parcours avant de se projeter. Ces réflexions peuvent-elles raisonnablement se faire à l'absence du président ? La question brûle les lèvres dans les couloirs de la maison du parti à Cocody. Selon des cadres et non des moindres, cette absence prolongée du président du parti est préjudiciable à son fonctionnement ainsi qu'à sa puissance et à son efficacité sur le terrain. Et, visiblement, le PDCI est en perte de vitesse du parti doyen. Pour preuve, aux dernières élections, il a perdu la moitié de ses élus nationaux et de ses élus locaux. C'est pourquoi, de nombreux militants pensent qu'il faut vite fermer cette parenthèse avec des décisions courageuses visant à améliorer la gouvernance du PDCI. Pour relever les défis et être à la hauteur des missions de reconquête du pouvoir d'Etat, le PDCI, selon eux, doit absolument revoir sa gouvernance pour être plus présent sur le terrain avec un président et ses collaborateurs de la direction plus proches des bases. Le moins qu'on puisse écrire, c'est qu'avec un président fantôme, le parti fondé par le père de la nation, Félix Houphouët-Boigny, végète et s'enfonce de plus en plus dans la crise. En tous cas, l'absence prolongée de Tidjane Thiam du pays ne fait pas avancer la troupe. Elle porte des coups sérieux à l'unité et la cohésion du parti logé à Cocody.
Contrairement aux discours des proches du président Tidjane Thiam faisant croire que le parti octogénaire est toujours puissant et debout, le PDCI est en crise et s'affaiblit au fil des années. Sous la gouvernance du Tidjane Thiam, il est réduit à sa plus simple expression dans le V Baoulé. Dans cette zone jadis citadelle imprenable, il perd du terrain au profit de ses adversaires. Comme on peut le constater, le PDCI est mal en point. Il lui faut une thérapie de choc pour espérer retrouver ses sens. Cela passe absolument par la résolution de l'équation Tidjane Thiam.
Lacina Ouattara
