Le monde s’effondre
« Le monde s’effondre ». Cette formule empruntée à l’écrivain nigérian Chinua Achebe illustre parfaitement l’état actuel de notre planète. Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, l’humanité n’a semblé aussi proche d’un basculement généralisé. Les foyers de tension se multiplient, les puissances s’affrontent sans retenue, et les institutions censées garantir la paix apparaissent paralysées.
Au centre de ce chaos, la puissance militaire des États-Unis domine. Washington, sous l’impulsion d’un Donald Trump conquérant, impose sa loi par la force, au mépris du droit international et de la Charte des Nations unies. L’offensive contre l’Iran, menée avec l’appui d’Israël et la complicité des Européens, illustre cette dérive. Officiellement, il s’agissait d’empêcher Téhéran d’accéder à l’arme nucléaire. En réalité, l’objectif est clair : décapiter le régime, éliminer ses dirigeants et remodeler, après l’Irak et la Syrie, le Moyen-Orient selon les intérêts occidentaux. Cette brutalité assumée, accompagnée de déclarations triomphalistes de Trump, révèle une puissance qui ne se cache plus derrière le vernis diplomatique.
La riposte iranienne, visant les bases américaines dans le Golfe et des cibles civiles en Israël, montre que la spirale de la violence est désormais incontrôlable. Comme dans un mauvais film hollywoodien, les missiles s’abattent, les populations fuient, et la région s’embrase. Le risque d’une conflagration totale est réel, avec des conséquences incalculables pour le monde.
Car au-delà des morts et des destructions, c’est l’équilibre planétaire qui vacille. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite un quart du pétrole mondial, provoquera une flambée des cours. Les pays africains, déjà fragiles, en subiront de plein fouet les effets.
Dans ce contexte, l’ONU, ce « machin », comme l’appelait le général Charles de Gaulle, apparaît plus inutile que jamais. Créée en 1945 pour maintenir la paix et la sécurité internationales, elle est aujourd’hui réduite au rôle de spectatrice impuissante. Ses résolutions sont ignorées, ses appels au dialogue méprisés. Les grandes puissances, États-Unis en tête, agissent en dehors de tout cadre multilatéral. Le Conseil de sécurité, paralysé par les vétos et les rivalités, ne parvient plus à remplir sa mission. L’organisation, censée incarner l’espoir d’un monde régulé, est désormais perçue comme un théâtre de discours creux.
Pendant ce temps, les guerres s’enchaînent. La Russie poursuit son offensive en Ukraine, avec des centaines de milliers de morts. Israël réduit Gaza en ruines, laissant derrière lui misère et désolation. L’Iran compte déjà des centaines de victimes en quelques jours. Partout, les civils paient le prix fort. Les chiffres donnent le vertige : des dizaines de milliers de morts à Gaza, plus d’un demi-million en Ukraine, et une hécatombe annoncée en Iran. Le monde s’habitue à l’horreur, comme si la destruction massive de vies humaines était devenue une banalité.
Ce qui est le plus inquiétant, c’est la normalisation de l’extrémisme. Trump, avec ses discours incendiaires et ses décisions brutales, incarne cette dérive.
L’Afrique, encore une fois, est la grande victime silencieuse. Ses économies, dépendantes des cours du pétrole et du gaz, sont prises en otage par des conflits qui ne la concernent pas directement. Les États africains n’ont ni les moyens militaires ni le poids diplomatique pour influencer ces crises, mais ils en subissent les conséquences : inflation galopante, chômage accru, instabilité sociale. Les populations, déjà éprouvées par la pauvreté, voient leur quotidien se dégrader. Les gouvernements, incapables de protéger leurs citoyens, risquent de perdre toute légitimité.
Ainsi, le monde s’effondre, non seulement sous les bombes, mais aussi sous le poids des injustices économiques et de l’impuissance des institutions. L’arrogance des uns, l’extrémisme des autres et la passivité de l’ONU dessinent un avenir sombre. Les plus faibles sont écrasés, les plus forts imposent leur loi, et la communauté internationale paie la facture.
Charles SANGA
