Reportage – Football ivoirien : Stade Samir Zarour d'Anyama : un symbole précieux qu'il faut préserver

Reportage – Football ivoirien : Stade Samir Zarour d'Anyama : un symbole précieux qu'il faut préserver
Samir Zarour (debout à l’extrême droit) et son coach, Laurent Pokou à sa droite et plusieurs joueurs posent ici avant un match du championnat national sur le stade qui porte son nom

Il est des lieux qui transcendent le simple cadre sportif pour devenir des monuments de mémoire collective. Le stade Samir Zarour d'Anyama est de ceux-là. Un lieu mythique dans l’histoire du football ivoirien. Érigé par un homme d'exception, ce site incarne à lui seul plusieurs décennies de passion footballistique, de fierté communautaire et d'histoire vivante du sport ivoirien.

C'est Samir Zarour lui-même, charismatique et visionnaire président du Rio Football Club d'Anyama, qui a porté ce projet à bout de bras. En homme de conviction, il a investi sans compter en énergie, en ingéniosité et en ressources financières, pour doter sa ville d'une infrastructure sportive digne de ce nom, à une époque où les équipements de ce type relevaient encore du privilège dans la banlieue d'Abidjan. Rapidement, le monde du sport et les habitants de « la capitale mondiale de la cola » ont tenu à honorer cet engagement exceptionnel en associant le nom de Zarour à ce stade.

Cette reconnaissance ne s'est pas arrêtée à l'informel. Elle a été solennisée par une décision officielle du Conseil municipal d'Anyama, adoptée à l'unanimité lors de sa session du 3 septembre 2009. Par courrier N° 199 CAN/SG/09 du 10 novembre 2009, le maire d'Anyama de l'époque, Akouandi Apia Georges, le confirmait par écrit à l'intéressé : « Le stade municipal d'Anyama s'appellera désormais "Stade municipal Samir Zarour". » Une consécration administrative qui venait couronner des années de labeur et de dévouement.

 

Un creuset de talents nationaux et internationaux

La grandeur de ce stade ne tient pas uniquement à l'homme qui l'a construit. Elle réside aussi dans les prodiges qu'il a vus éclore. Car c'est sur cette pelouse, rare et praticable à une époque où cela était encore inhabituel, que le Rio Sports d'Anyama a forgé son identité de club formateur. Les noms qui en sont issus résonnent encore dans l'histoire du football ivoirien : Laurent Pokou, figure légendaire qui a successivement été joueur, capitaine et entraîneur de ce club sous l'ère Zarour ; Kobinan Kouman, Liéhoun Tata, Samaké, Bamba Ladji… autant de joueurs qui ont gravi les premières marches de leur carrière sur ce rectangle vert avant de rayonner à l'échelle nationale et continentale.

Dans sa belle période, le Rio d'Anyama tenait la dragée haute aux cadors du championnat ivoirien que constituaient alors l'ASEC Mimosas et l'Africa Sports. Ce petit club de banlieue, fort de son collectif soudé et de son sérieux dans la formation, avait su s'imposer comme une référence. Les médias de l'époque en témoignent : des journalistes emblématiques comme Boubacar Kanté, Jean-Louis Farra Touré et Emmanuel Koffi, ainsi que des équipes de radios et chaînes de télévisions étrangères, effectuaient le déplacement jusqu'à Anyama pour couvrir les rencontres du Rio. Une notoriété qui dépassait largement les frontières de la commune.

 

Un héritage qui s'efface, une mémoire qui résiste

Hélas, les années ont laissé des traces. Aujourd'hui, le stade Samir Zarour présente un visage bien différent de celui de ses heures glorieuses. Une prolifération de boutiques et de magasins a envahi ses abords, dénaturant progressivement le site et le détournant de sa vocation première : être un temple du football, un espace de pratique sportive et de formation pour la jeunesse d'Anyama.

Pour Samir Zarour, ce constat est une blessure profonde. « Anyama est une ville de plus de 400 000 habitants. Elle n'a pas les moyens de se payer le luxe de laisser ce stade disparaître et de permettre à tous ces magasins de dénaturer le site et de le détourner de sa vocation initiale, qui est de rester à jamais un stade de football », confie-t-il, avec une douleur sincère dans la voix.

Il faut dire que le lien affectif qui unit les anciens joueurs du Rio à cet espace et à leur président reste intact. Régulièrement, d'anciens sociétaires du club se retrouvent autour de Samir Zarour pour partager un café de Côte d'Ivoire et raviver, ensemble, la mémoire de cette belle odyssée. Ces retrouvailles sont le signe que l'âme du club est toujours vivante, même si ses fondations physiques menacent de s'effriter.

 

Un symbole à inscrire dans la durée

Le stade Samir Zarour d'Anyama appartient à une catégorie bien particulière d'équipements sportifs : ceux qui portent le nom d'hommes qui ont façonné l'histoire du sport ivoirien dans leurs terroirs respectifs. À l'instar du stade Ali Timité de Bondoukou, du stade Léon Robert de Man ou encore du stade Biaka Boda de Gagnoa, il constitue un repère identitaire, un lieu de mémoire qui ancre dans le présent les sacrifices et les victoires du passé.

Baptiser un stade du nom d'un homme, c'est lui reconnaître une dette. C'est immortaliser son apport dans le développement social, culturel et sportif d'une communauté. C'est affirmer, collectivement, que certaines contributions méritent de traverser les générations sans s'effacer.

C'est pourquoi la préservation du stade Samir Zarour n'est pas une simple question d'infrastructure. C'est un acte de mémoire, un engagement envers la jeunesse d'Anyama, un message envoyé aux prochaines générations : ici, des hommes ont bâti quelque chose de grand. Des joueurs sont devenus des légendes. Et leurs noms méritent de perdurer.

Pour qu'Anyama continue d'inscrire le football dans son ADN. Pour que d'autres Laurent Pokou surgissent de ses terrains, il est urgent de redonner à ce stade son lustre d'antan. Et de veiller, avec la plus grande rigueur, à ce que son nom, Stade Samir Zarour, ne disparaisse jamais.

 

Jean Antoine Doudou