Djéguélé Festival de Boundiali : Un instrument de cohésion et de développement local
La 10e édition du Djéguélé festival s’est tenue du 28 mars au 4 avril 2026 à Boundiali, dans la région de la Bagoué, au Nord de la Côte d’Ivoire.
Une mobilisation exceptionnelle dans un cadre flambant neuf
Pour cette édition, la ville de Boundiali a été le carrefour de la culture ouest-africaine. Placé sous la présidence de la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, et le parrainage de de la députée-maire de Boundiali, par ailleurs ministre du Portefeuille de l'État et des entreprises publiques, Mariatou Koné, l’événement s’est tenu dans le nouveau Palais de la culture. Offrant ainsi un cadre moderne et attractif. Une sonorisation impeccable, de jeux de lumière de nouvelles générations, un podium géant, une belle orchestration des groupes traditionnels invités. Tel était le décor sublime offert aux festivaliers venus de toute la Côte d’Ivoire et des pays tels que le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal, le Bénin... Une affluence qui témoigne de l’intérêt grandissant et d’un engouement croissant pour ce rendez-vous culturel majeur du nord ivoirien.
Délier la bourse pour voir Josey
Le festival a débuté le samedi 28 mars 2026 sur une note festive avec un concert géant de l’artiste Josey. A cette occasion, l’espace du concert d’ouverture a refusé du monde. Malgré des tickets variant entre 2 000 et 5 000 FCFA, les billets VIP se sont arrachés comme de petits pains.
Pour de nombreux habitants, cette soirée a été une opportunité rare de voir leurs artistes préférés de près, loin de l’effervescence d’Abidjan. La preuve qu’en dehors d’Abidjan, les mélomanes sont prêts à délier la bourse pour communier avec leurs artistes.
Le balafon, patrimoine vivant à l’honneur
Au cœur de cette célébration, le balafon sénoufo, appelé « Djéguélé », a occupé une place centrale. Selon le directeur général du Djéguélé festival, Koné Dodo, cet instrument traditionnel, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, incarne l’identité culturelle du nord ivoirien.
Fait de lames de bois posées sur des calebasses, le balafon continue de porter la mémoire et la tradition orale des peuples, tout en s’inscrivant dans une dynamique de valorisation artistique contemporaine.
Concours, formations et transmission du savoir
Au-delà des spectacles, le festival s’est distingué par la richesse de son programme. Le concours de beauté "Miss Yawôlô", élection de la plus belle fille du festival, programmé le dimanche 29 mars a couronné Mlle Ziénab Gniré Koné, 21 ans, symbole de la jeunesse et de la beauté de la région.
S’agissant du concours de balafon, la troupe Kouho de Karga a survolé le spectacle, s’imposant avec 86 points, loin devant ses poursuivants que sont : Sogossogo et Bélé Bélé de Zaguinasso.
Des ateliers ont également réuni des acteurs culturels autour de thématiques essentielles, notamment la structuration, la promotion, surtout, la rentabilité des spectacles dans le nord de la Côte d’Ivoire. Une initiative saluée par tous pour l’apport indéniable de ces renforcements de capacités.
Des prestations artistiques de haut niveau
Les soirées ont été rythmées par des concerts et des prestations de haut vol. Des artistes de renom tels que Pindiérigue de Kasséré, Ninnin de Dembasso, Kbl et Doussou Bagayoko du Mali ont tenu le public en haleine jusqu’au petit matin. Le concours des groupes de balafon organisé, le mardi 1er avril au siège de Djéguélé festival au quartier Sénoufo de Boundiali, a consacré le groupe Kouhô de Karga (Kanakono), illustrant la vitalité et la compétitivité de cette expression artistique et une dimension internationale affirmée.
Justement, à ce niveau, il faut noter que la participation d’artistes venus de plusieurs pays a renforcé la dimension sous-régionale du festival.
Entre conférences, dédicaces et concerts, les échanges culturels ont été au cœur de l’événement.
Le clap de fin, le samedi 4 avril, a été marqué par une mobilisation intacte du public. Les prestations de Neba Solo, Djarabikan, Jakhasa ou encore l’ensemble Bolomakoté, des virtuoses du balafon, ont offert un spectacle riche en sonorités et en émotions. Jusque tard dans la nuit, le public est resté et a communié avec les artistes.
Par-dessus tout, cette 10e édition du Djéguélé Festival a confirmé son statut d’événement culturel incontournable dans la région et même en Côte d’Ivoire. Entre forte affluence, qualité artistique et organisation maîtrisée, Boundiali a également démontré sa capacité à accueillir de grands rendez-vous culturels. Une réussite qui augure des perspectives encore plus ambitieuses pour les prochaines éditions.
Malaoua Bertin, envoyé spécial
Mariatou Koné (Députée-maire de Boundiali) : « Une fierté pour la Côte d’Ivoire »
« Aujourd’hui, Boundiali s’affirme comme une capitale culturelle, non seulement pour la Côte d’Ivoire, mais aussi pour l’Afrique de l’Ouest. C’est une grande fierté pour nous. C’est grâce à la stabilité instaurée par le président de la République, Alassane Ouattara, qu’un tel événement peut se tenir et renforcer le rayonnement international de la Côte d’Ivoire. Le Djéguélé Festival va continuer de grandir, à l’image des grands rendez-vous culturels du continent. »
Koné Dodo (Directeur général du festival) : « Le festival est devenu un levier de développement pour la Bagoué »
« Nous avons accueilli plus de 55 journalistes venus de plusieurs pays africains, des invités venus du Burkina Faso, du Mali, du Bénin, du Sénégal... Cela contribue à la promotion de Boundiali et de toute la région. En termes de retombées économiques, ce sont plusieurs millions de francs CFA qui ont été injectés dans l’économie locale. Le festival est aujourd’hui un véritable outil de développement. Il est important de maintenir une date fixe, notamment en avril, pour permettre aux partenaires et aux touristes de mieux s’organiser. »
Oumar Badiane (Directeur du patrimoine culturel du Sénégal, conférencier) : « Il faut un musée du balafon à Boundiali »
« La valorisation du patrimoine est plus que primordiale. C’est en cela que j’invite les initiateurs du Djéguélé et les acteurs culturels à soutenir ce projet structurant qui est la création d’un musée du balafon à Boundiali afin de préserver, transmettre et valoriser cet héritage culturel partagé par plusieurs peuples d’Afrique de l’Ouest. Car, il faut une meilleure valorisation des savoirs traditionnels, notamment dans les domaines de la santé, de l’artisanat et de la création artistique. De sorte à transformer le musée en question en un espace de mémoire, de création et de transmission, surtout que le balafon, instrument emblématique est inscrit dans le patrimoine culturel immatériel, tout en favorisant l’innovation à travers les performances artistiques et les échanges intergénérationnels. »
Recueillis par MB
