PDCI : Les jeunes mettent la pression sur Thiam après l’épisode des trois députés-maires

PDCI : Les jeunes mettent la pression sur Thiam après l’épisode des trois députés-maires
Tidjane Thiam est indirectement interpellé par la jeunesse de son parti

Une autre crise latente se profile à l’horizon au PDCI. Les jeunes ont décidé de prendre leurs responsabilités. Ils en veulent à leurs premiers responsables en fonction depuis plusieurs années. Harcelés de toutes parts, selon nos informations, Kouassi Valentin, président national de la JPDCI urbaine, s’est vu obliger de faire une mise au point sur la page Facebook officielle de cette structure, ce week-end.  Cette mise au point sur la question du renouvellement des instances au niveau de la JPDCI en dit long sur le feu qui couve sous cette structure spécialisée du parti doyen.

Morceaux choisis : « Il me revient souvent par des interrogations sur la tenue des élections à la jeunesse du PDCI-RDA. Je réponds à ces interrogations qu'il n’est pas d’actualité en ce moment », écrit Kouassi Valentin. Cette position du président de la JPDCI urbaine est balayée du revers de la main, selon nos informations, par de nombreux jeunes qui pensent que les choses doivent bouger. Surtout que le président actuel de la JPDCI urbaine est conscient que  « Nos mandats arrivés à expiration en 2018 ont été prorogés par un congrès extraordinaire jusqu'au prochain congrès ordinaire qui devrait avoir lieu après la présidentielle de 2020. Malheureusement jusqu'à ce jour il n'y a pas de congrès ordinaire tel que souhaité ».  Et c’est justement la cause de la colère de nombreux prétendants au poste de président de la JPDCI, surtout que  l’âge maximum fixé est  de 32 ans. 

Selon nos informations, de plus en plus ces derniers donneraient de la voix, appelant de tous leurs vœux l’organisation d’un congrès. Et la sortie de Kouassi Valentin ne fait qu’empirer la situation.   Surtout que les jeunes ne seraient pas les seuls à vouloir l’organisation des congrès. Face à ces dysfonctionnements,  les membres de  « Initiative pour la Réconciliation et la Sauvegarde du PDCI-RDA », en abrégé « IRS PDCI-RDA »,  continuent de dénoncer    la gestion actuelle de leur parti.  Ils dénoncent le non-respect de certaines dispositions statutaires et réglementaires ; des pratiques internes qui étouffent la démocratie ; l’absence de vision claire et de stratégie cohérente ; l’opacité dans la gestion du parti ; l’éloignement de la base et des réalités du terrain.

« Il est temps d'admettre que la trajectoire actuelle ne sert plus les idéaux et les intérêts de ceux que nous aspirons à représenter. Il faut sortir de l'immobilisme pour répondre aux attentes légitimes de nos militants et sympathisants. Le temps de l'hésitation est révoqué. Celui de l’action et de la transformation a sonné », avait déclaré Pr Yao Kouamé Albert, cadre du PDCI. Valérie Yapo, membre du bureau politique du PDCI, avait pour sa part demandé, le 9 février dernier,  une pause stratégique au sommet du parti. Elle avait tiré la sonnette d’alarme et exigé un audit de la direction du parti. Dans une déclaration sans détour sur la situation interne du plus vieux parti politique ivoirien, Valérie Yapo, sur un ton grave mais assumé, a appelé à un sursaut collectif. Elle estime que « le silence serait une complicité » face à ce qu’elle qualifie de crise profonde, structurelle et politique que traverse le PDCI-RDA.

 

Trois députés-maires du PDCI refusent d'intégrer le groupe du parti à l’Assemblée nationale

 

Les divisions internes au sein du PDCI se sont illustrées récemment lors de la mise en place des groupes parlementaires à l’Assemblée nationale.  Alors que la chambre basse du Parlement   mettait  en place son bureau et ses groupes parlementaires, les députés Jacques Ehouo, Sylvestre Emmou et Jean-Marc Yacé avaient  décidé de ne pas intégrer le groupe parlementaire  de leur parti à l’Assemblée nationale. Après le revers aux législatives en décembre 2025, où le PDCI avait vu son nombre de députés divisé par deux, le voilà confronté, à de nouveaux remous internes. Tout est parti de la désignation du président du groupe parlementaire, portée sur Me Chrysostome Blessy. Choix imposé par la direction du parti, sans « concertation plus large », estime l’un des députés frondeurs.

 « Il est urgent de faire un bilan au sein du parti », affirme un frondeur, pour qui la priorité, reste aujourd’hui, la tenue d’un bureau politique et d’un congrès, pour toiletter les textes, mais aussi évoquer les problèmes internes du parti. Un congrès pour renouveler les instances du parti pour éviter l’immobilisme dans lequel baigne le parti actuellement.

Au fond, le nœud du problème reste le leadership de Tidjane Thiam. Les trois mousquetaires et leurs sympathisants reprochent au président du parti, toujours en exil à Paris, une gouvernance jugée centralisée, distante et affaiblissante pour le PDCI-RDA. Des figures historiques comme Maurice Kakou Guikahué, Jean-Louis Billon ou Djédjé Mady partageraient, en privé, des critiques similaires. Les frondeurs refusent désormais de se soumettre à des injonctions venues de l’étranger et disent se battre pour le maintien du PDCI-RDA “originel”, fidèle à son identité et à son autonomie stratégique.

Thiery Latt