Tidjane Thiam : Une arnaque qui passe mal !
Au PDCI, s’ils sont de plus en plus nombreux à ne le penser encore que tout bas, ils sont cependant à un doigt de le crier aussi haut et fort que ne le permettraient leurs cordes vocales et leurs tripes : Tidjane Thiam est une grosse arnaque ! Bien entendu, dans le sens imagé de l’individu qui s’est fait passer pour ce qu’il n’est pas en réalité. Du commun des mortels qui s’est annoncé comme un surhomme. Un peu comme le philosophe allemand, Friedrich Nietzsche, présentait Zarathoustra, le personnage central de son œuvre « Ainsi parla Zarathoustra » !
Et pour cause, la grande silhouette du président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire est en train de leur apparaitre dans son plus simple appareil, c’est-à-dire dans la nudité, cruelle de désillusion, d’un homme qu’ils auront trop tôt fait de porter aux nues. Ils le croyaient porteur d’une offre politique à même de les conduire aux affaires de l’Etat, ils découvrent un prestidigitateur qui a parfaitement caché son jeu : exploiter leur confiance, leur naïveté et leurs espérances pour atteindre, in fine, des objectifs personnels, pour étancher sa soif de gloriole.
Adieu Paris, Londres et Zurich !
Pendant des années en effet, au-delà même du PDCI, c’est une bonne partie de l’opinion ivoirienne qui a projeté sur Tidjane Thiam une image presque mythique : celle du technocrate brillant, du financier international capable de « sauver » la politique ivoirienne par sa compétence technocratique. Son parcours à la tête de grandes institutions internationales, notamment le fameux Credit Suisse, lui a taillé une telle aura dans la conscience collective ivoirienne, que ceux qui lui ont fait appel n’ont eu aucun mal à le convaincre que son heure était arrivée. De là à sauter dans le premier avion hexagonal pour atterrir sur les bords de la lagune Ebrié, le rêve bien enfoui dans la tête du messie national venant réécrire en lettres d’or l’histoire de la Côte d’Ivoire, ‘’Titi ‘’ n’a eu qu’à faire rapidement quelques valises et Adieu Paris, Londres et Zurich !
Mais voilà, c’est lors de ce grand retour au pays natal, dans sa hâte de rallier la terre natale près d’un quart de siècle après l’avoir précipitamment quittée, que l’homme commet de graves erreurs… d’appréciation stratégique. Pour celui qui se rêve un destin présidentiel, il en commet quatre principales.
L’arrogance altière du technocrate
Premièrement, Tidjane Thiam oublie qu’on ne dirige pas un peuple comme on pilote un portefeuille d’investissements et que le terrain politique n’est pas une salle de conseil d’administration. Le banquier qui confond pour ainsi dire réussite internationale et aptitude à gouverner un pays, se trompe lourdement sur le fait que diriger un État — encore plus la Côte d'Ivoire — exige autre chose : une compréhension profonde des réalités sociales ; un rapport direct avec les populations ; une capacité à naviguer dans des tensions historiques et identitaires comme en regorge le pays d’Houphouët-Boigny.
Tout petit-fils du père de la Nation qu’il est, Tidjane Thiam avait-il vraiment pris la pleine mesure de ces réalités ou a-t-il tout simplement feint de les ignorer ? Peut-être que oui, peut-être que non.
Toujours est-il que son retour sur le terrain politique ivoirien laisse rapidement apparaitre chez l’homme un sentiment que beaucoup de ses compatriotes ont en horreur : l’arrogance. La ritournelle de l’éternel premier de la classe, du véritable architecte des grands projets structurants de la Côte d’Ivoire, du grand technicien qui a plané sur la haute finance internationale et à qui les Blancs ont confié leurs destins économiques et bancaires, etc. a longtemps été rabâché aux oreilles de ses compatriotes.
« Moi, je gérais des boîtes qui avaient 1 300 milliards de dollars de total bilan »
Thiam s’est même laissé aller à des comparaisons aussi loufoques qu’avilissantes avec certains de ses adversaires, notamment le Président Ouattara : « Moi, je gérais des boîtes qui avaient 1 300 milliards de dollars de total bilan. En Indonésie, j’avais 220 000 employés. Vous pensez qu’être fonctionnaire international et patron de Fortune 500, c’est la même chose ? Un fonctionnaire international est payé à 400-500 000 dollars par an. Un CEO de Fortune 500 gagne 10 millions de dollars par an », a-t-il dédaigneusement lâché dans l’une de ses nombreuses interviews au vitriol contre le chef de l’Etat ivoirien.
Cette morgue ambiante du président du PDCI n’avait même pas épargné son allié de circonstance, Laurent Gbagbo, qu’il se targuait d’avoir fait bénéficier, en certaines circonstances, de ses relations haut-placées. Ce à quoi le vieux briscard ivoirien avait répondu par cette boutade : « Je m’amuse beaucoup quand je vois des gens dire : “Oui, je connais un tel, un tel m’a écrit, je connais un tel. Mais on se connaît tous (…) Il y en a qui font comme si eux seuls connaissent les gens, mais nous tous, on connaît les gens », avait déclaré Laurent Gbagbo. Avant de porter l’estocade : « (il) ne peut pas être "un peu Français, un peu Ivoirien" et "un peu Danois".
La suite logique de cette forfanterie de cette espèce de demiurge qui était réapparu aux Ivoiriens près d’un quart de siècle après sa disparition, c’est bien le toupet qu’il se permet dès son arrivée en Côte d’Ivoire de se faire élire à la tête d’un parti politique, le PDCI en l’occurrence, en snobant royalement les conditions à remplir pour le faire. Il en viole ainsi certaines clauses, notamment celle de l’exigence des dix ans de présence continue au Bureau politique, celle des cotisations régulières durant cette période. Et « last but not least », il méprise l’article 48 du code de la nationalité ivoirienne. Laquelle stipule qu’un Ivoirien majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère perd automatiquement sa nationalité ivoirienne. Or, l’ancien patron du Credit Suisse a acquis la nationalité française en février 1987, alors qu'il avait 25 ans. Ce qui n’a pas empêché le « Français exclusif » qu’il est de réussir le tour de magie de se faire élire président du PDCI-RDA. Mieux, de se faire inscrire sur la liste électorale.
L’opportunisme fait homme
Deuxièmement, toutes ces supercheries, démasquées les unes après les autres, n’ont mis en lumière qu’une chose assez caractéristique chez cet homme : son opportunisme. Car le retour sur la scène nationale de Thiam était moins un sacrifice patriotique qu’un timing stratégique. Revenir quand le terrain semble dégagé, quand les équilibres internes se fragilisent, notamment quand on sait un Henri Konan Bédié au soir de sa riche carrière politique, ce n’est pas de l’engagement politique. C’est bien de l’opportunisme, cette attitude, selon le Larousse, qui consiste à tirer le meilleur parti des circonstances en transigeant avec les principes. Sans état d’âme.
La politique reste un combat de présence, de terrain. Elle exige de traverser les épreuves avec son peuple. On ne peut pas se mettre à l’abri pendant les orages et revenir réclamer le leadership quand le ciel s’éclaircit. Tidjane Thiam a beau voguer de bureaux feutrés en salle de conférences climatisées, rallier en classes affaires les capitales européennes, cela ne l’a guère préparé aux réalités sociales d’Abobo, de Bouaké ou de Daloa. Titi n’est jamais apparu de ce point de vue à la Côte d’Ivoire que comme un produit d’exportation mal adapté au marché intérieur. Pis, la finasserie dont il fait montre est une preuve que la Côte d’Ivoire qu’il prétendait venir sortir de l’ornière imaginaire, poussé en cela dans le dos par la horde de caudataires locaux qui lui dressaient le tapis rouge, n’était qu’un autre tremplin pour se réédifier un nouveau destin sur le dos d’un peuple qu’il croyait désespéré. Non, la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara n’a jamais été désespérée ! Bien au contraire.
Faillite bancaire et … faillite politique
La troisième erreur du président du PDCI – qui relève plus un fourvoiement qu’autre chose – et qu’il a tenté peu ou prou de minimiser, mais qui a quand même laissé des traces, c’est son départ du Credit Suisse dans un contexte de scandales internes. Thiam est venu en Côte d’Ivoire en fanfaronnant parce qu’il croyait que le tintamarre de ses vieilles casseroles du Credit Suisse s’évanouirait sous le soleil et les palabres de la scène politique ivoirienne. Mal lui en pris, car les Ivoiriens ont bel et bien su que la faillite en 2023 de l’illustre institution bancaire avait pour premier responsable Tidjane Thiam. « Entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2022, la FINMA a réalisé des enquêtes préliminaires dans 42 cas d’infraction présumée de Credit Suisse à la législation sur la surveillance. Dans onze cas, les enquêtes préliminaires ont débouché sur l’ouverture d’une procédure d’enforcement visant au rétablissement de l’ordre légal. Pendant la même période, huit procédures d’enforcement ont été menées à l’encontre de membres de la direction de Credit Suisse », note un rapport parlementaire suisse, mettant directement en cause le patron de la structure. Comment prétendre incarner la rigueur et l’exemplarité quand son propre passage à la tête d’une grande banque s’est conclu dans la controverse ?
L’erreur stratégique majeure
Enfin, en pensant que la compétence technique suffirait à créer une adhésion populaire, Thiam a négligé la dimension émotionnelle du leadership. Face à des figures politiques enracinées comme Laurent Gbagbo ou Alassane Ouattara, il ne suffit pas d’être brillant — il faut incarner une histoire, une lutte, un récit national. Thiam n’a pour lui que son affiliation avec le père de la Nation. A part cela, rien de vraiment significatif.
L’arnaque réside donc dans cette tentative de faire croire qu’une réputation internationale équivaut à une légitimité nationale. Or, la Côte d’Ivoire est un pays de mémoire, de luttes, de cicatrices encore sensibles. On n’y improvise pas un destin présidentiel comme on pilote une multinationale.
C’est cette grosse arnaque que les Ivoiriens ont compris. Surtout que, par surcroit, l’homme qui voulait être leur président a quitté le pays, à quelques mois d’importantes élections pour se « refugier » en France et y demeurer depuis plus d’une année aujourd’hui.
Au PDCI, peu à peu, des voix s’élèvent pour dire non à cette escroquerie. De hauts cadres, lucides et désireux de faire avancer un parti qui se meurt sous leurs yeux, veulent prendre leurs responsabilités en disant, stop !
KORE EMMANUEL
