12e conférence des grandes chancelleries francophones - Ally Coulibaly : « Mon pays, la Côte d’Ivoire, a toujours été disponible pour la paix, dont elle connaît le prix »
La 12e conférence des grandes chancelleries francophones s’est tenue, du 23 au 27 février dernier en Guinée Equatoriale, sous le thème « La solution pacifique des conflits ». Nous vous proposons en intégralité l’adresse d’Ally Coulibaly, Grand chancelier de l’Ordre national de Côte d’Ivoire, à cette rencontre.
Monsieur le Grand Chancelier des Ordres Nationaux de la République de Guinée Equatoriale ;
Madame la Vice-Présidente de la République du Bénin, Chancelière des Ordre Nationaux du Bénin ;
Messieurs les Grands Chanceliers des pays francophones ;
Messieurs les Secrétaires Généraux des Grandes Chancelleries des pays francophones ;
Chers invités ;
Mesdames et Messieurs
En ce début d’année 2026, un simple coup d’œil sur la carte du monde laisse voir, partout, des guerres et des conflits d’intensité variable. Aucun continent n’est épargné et l’on estime à plus d’une soixantaine le nombre de conflits actifs, avec leurs cohortes de morts, de ravages inouïs et de souffrances indicibles. Dans ce tableau pour le moins hideux figurent, hélas bien en place, l’Afrique et l’espace francophone. Il ne servirait à rien de les énumérer, sauf à raviver les peines. Ayons cependant une pensée et beaucoup de compassion pour toutes les victimes de tous ces conflits de par le monde.
« La fin de l’histoire » comme l’a laissé croire le chercheur américain Francis Fukuyama, dans son célèbre ouvrage publié en 1989, n’était qu’une illusion passagère. Il s’est vite avéré que, même avec la survenue de la chute du mur de Berlin, la guerre n’a pas disparu de notre horizon. Tout au contraire, nous nous trouvons face à un nouveau paradigme avec l’émergence de la conflictualité en maints endroits du globe.
Ce nouveau monde auquel nous assistons, se caractérise essentiellement par un effondrement inquiétant du multilatéralisme, pendant longtemps garant de la paix dans le monde.
Comme on le constate aisément, le désordre du monde est d’autant plus prégnant que le besoin de coordination internationale se fait de plus en plus sentir. C’est un nouveau désordre mondial qui s’impose; celui d’un monde sans loi – un monde de prédateurs. Nul ne sait jusqu’où cela va nous conduire.
« Le temps est hors de ses gonds ». Jamais cette phrase de Hamlet, une pièce de Shakespeare, n’a si bien résumé l’état du monde actuel. Et l’histoire, avec sa grande hache, a fait irruption dans notre vie, comme le disait le célèbre écrivain français du XXème siècle, Georges Perec, auteur du livre « Les choses », prix Renaudot 1965.
Pour préserver la paix dans le monde, pourrions-nous nous passer d’une coopération internationale plus accrue, répondant aux enjeux du moment?
Mesdames et Messieurs,
Force est de constater que rien, malheureusement, ne laisse voir, dans les perspectives qui se profilent, une quelconque accalmie ou une décrue possible du volume des conflits et des guerres. La persistance des situations de guerre montre bien que les véritables solutions ne résident jamais dans les confrontations armées. La force n’octroie, en effet, qu’une victoire provisoire, en attendant que soufflent des vents contraires qui viennent réactiver des foyers mal éteints.
C’est dire, à partir de ce constat, la grande pertinence et l’acuité de la thématique de notre rencontre à Malabo, cette ville qui a souvent été témoin de dialogue et lieu de résolution de maints conflits.
La résolution pacifique est la modalité idéale, celle de la civilisation humaine, pour venir à bout des différends et des crises. Mais nous le savons tous, c’est aussi la voie la plus difficile, la pente escarpée que seuls gravissent les gens de bonne volonté. Pourtant, hormis cette voie difficile, il ne reste que celle de la barbarie, qui amène les tentatives d’éradication réciproque entre des belligérants rétifs au dialogue et à toute médiation salvatrice.
En tant qu’entités éminentes de tout premier plan et au-dessus de bien des contingences partisanes, nos instances sont bien placées non seulement pour prendre toute leur part à la prévention, mais également aux tentatives de résolution des conflits quand ils surviennent. Nous serions parfaitement dans notre rôle en prolongeant ainsi l’exaltation du mérite et de l’honneur, qui est l’épine dorsale et la raison d’être de nos instances.
Je sais bien qu’à l’heure des hyper-conflits et de leur intrication de causes, invoquer l’approche pacifique de résolution des conflits paraît présomptueux, sinon quelque peu naïf. Pourtant, il ne s’agit pas de pacifisme béat ni de mauvaise appréhension de la réalité; au contraire, cela doit toujours s’accompagner de l’entêtée recherche de la justice et de l’équité, tout en s’accommodant de concessions mutuelles qui ne sont ni renoncement ni capitulation. C’est ce qui a fait souvent dire au vieux sage Houphouët-Boigny que le « dialogue est l’arme des forts ».
Disciple du Président Houphouët-Boigny, le Président Alassane Ouattara, dans la gouvernance de la Côte d’Ivoire, a fait de la Paix son mantra et le fondement de son action politique.
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de relever à quel point mon pays a cultivé, des décennies durant, cette mystique de la paix, au point que certains n’ont pas hésité à l’ériger au rang de religion.
De fait, de nombreux apôtres de la paix ont fait le voyage de Yamoussoukro. L’on se souvient du mémorable congrès international de l’UNESCO à Yamoussoukro, en juin 1989, sur le thème de “La paix dans l’esprit des hommes”.
L’ambition qui sous-tendait ces rencontres demeure plus que jamais actuelle, puisqu’il ne s’agit essentiellement que de mettre l’humanité face à ses responsabilités. Les conflits et les guerres adviennent en réalité par les hommes, et ils ne sont solubles, en fin de compte, que dans une volonté humaine plus grande encore. Une tâche d’autant plus noble que les résultats, au bout d’efforts patients, ne sont que rarement garantis.
Construire la paix est bien ce travail de Sisyphe aux dénouements incertains, qui émousse l’ardeur même des plus opiniâtres. Loin d’être une facilité, la résolution pacifique des conflits est un acte dont la grande noblesse l’emporte bien évidemment sur l’ivresse et les illusions de puissance que donne le cliquetis des armes.
Chers Homologues,
Mesdames et Messieurs,
Dans un monde où règne tant d’incertitudes, nul ne peut rester sur les rives en spectateur indifférent ou impuissant, attendant soit le naufrage, soit un miracle.
Dans le contexte qui est le nôtre, il est une évidence qui prend une signification toute particulière. En nous inscrivant résolument dans cette idée que la solidarité est le ciment de notre action, nous pouvons affirmer, sans risque d’être contredit, que l’intérêt national n’est servi que si les intérêts globaux sont satisfaits.
Dans une enceinte comme celle-ci, où nous avons pour mission de faire la promotion du mérite, cette vérité s’impose parce que nous avons des valeurs communes et en dépit des spécificités de nos pays, nous avons un destin commun.
Mesdames et Messieurs,
La résignation est une grande tentation qui annihile les volontés et les actions. Les grandes institutions comme les nôtres ont l’obligation d’inclure, dans leur traditionnelle démarche quotidienne, une attention plus soutenue en faveur de la cohésion sociale et de la recherche de la paix. Il ne s’agit pas, au demeurant, d’inventer un nouveau paradigme, mais d’ajouter de nouveaux empans à nos actions en la matière. Tant il ne fait pas de doute que le premier mérite à encourager et à célébrer est bien l’esprit de paix. Sa promotion est, par conséquent, une nécessité qui s’impose à tous.
Nous pouvons mieux agir ensemble pour soutenir, partout dans notre espace commun, toutes les dynamiques en faveur de la résolution pacifique des conflits.
Mon pays, la Côte d’Ivoire, a toujours été disponible pour la paix, dont elle connaît le prix. Je peux vous dire qu’elle demeure engagée, plus que jamais, dans cette voie.
Je vous remercie de votre très aimable attention.
