Assemblée nationale : Quatre députés rejoignent les frondeurs du Groupe parlementaire PDCI
Nouvelle fronde contre Tidjane Thiam. Quatre députés à savoir N’Gouan Jérémie Alfred (Aboisso), Adja Alain (Port-Bouët) ; N’Zi Éliane (Bocanda) et Me Athanase Kouamé (Bocanda) ont adressé le lundi 10 mars 2026 autour de 14h30 une correspondance à la permanence du PDCI-RDA au Plateau dans laquelle ils annoncent qu’ils suspendent leur participation aux activités du groupe parlementaire PDCI à l’Assemblée nationale. Des sources bien introduites indiquent que cette rébellion serait liée à « des ambitions internes non satisfaites concernant certains postes au sein de l’Assemblée nationale : présidence du groupe parlementaire, questure, vice-présidence ou secrétariat du bureau ».
Eliane N'Zi de Bocanda
On peut le dire, cette autre crise qui se profile à l’horizon donne raison aux observateurs de la scène politique qui notent que le PDCI, depuis quelques mois, est dans la tourmente. Déjà en début de mandature, un clash avait éclaté lors de la mise en place du groupe parlementaire PDCI à l’Assemblée nationale. Trois députés-maires PDCI, Jacques Ehouo (commune du Plateau), Sylvestre Emmou (commune de Port-Bouët) et Jean-Marc Yacé (commune de Cocody), avaient décidé de ne pas intégrer le groupe parlementaire de leur parti. Après son revers aux législatives du 27 décembre 2025, où il a vu son nombre de députés être réduit de moitié, le PDCI était à nouveau confronté à des remous internes. Tout était parti de la désignation du président du groupe parlementaire en la personne de Me Chrysostome Blessy. Un choix imposé par la direction du PDCI sans « concertation plus large », estime un des députés frondeurs. Après avoir exprimé leur désaccord dans un premier temps, les trois députés se sont finalement rangés derrière le choix de leur formation politique. Avec les autres élus du PDCI, ils ont participé en rang serré à la séance inaugurale de l’Assemblée fin janvier 2026. Mais entre-temps, des échanges confidentiels les présentant comme étant des « déstabilisateurs » avaient fuité sur les réseaux sociaux. Faute d’excuses, les trois personnalités ont décidé de ne pas siéger au sein du groupe parlementaire du PDCI, quitte à l’affaiblir dans une Assemblée nationale dominée largement par le RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix). Au-delà de ce psychodrame, « il est urgent de faire un bilan au sein du parti », avait affirmé dans le feu de l’action l’un de ces députés frondeurs, pour qui la priorité reste, aujourd’hui, la tenue d’un bureau politique et d’un congrès pour toiletter les textes, mais aussi évoquer les problèmes internes du parti. Surnommés les “trois mousquetaires”, Jacques Ehouo, Jean-Marc Yacé et Sylvestre Emmou disent porter une vision politique en décalage avec la ligne actuelle imposée par la direction du PDCI. Leur contestation remonte à la création du Front commun entre le PDCI-RDA et le PPA-CI (Parti des Peuples africains-Côte d’Ivoire) de Laurent Gbagbo. Une alliance stratégique qui a conduit à la non-participation du PDCI-RDA à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Pour eux, cette décision a porté préjudice à leur parti. Ils reprochent au camp Thiam une mauvaise lecture de la stratégie du PPA-CI, convaincus que Laurent Gbagbo savait qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle du 25 octobre 2025.
Alain Adja de Port-Bouët
Au demeurant, les frondeurs croient dur comme fer qu’en appelant le PDCI-RDA à le rejoindre dans cette lutte politique, l’ancien de chef de l’Etat a entraîné le vieux parti dans une stratégie qui l’a finalement marginalisé. « Si le PDCI-RDA avait participé à cette présidentielle, le parti se porterait mieux aujourd’hui », confie un militant.
C’est pourquoi, ces trois parlementaires auraient souhaité une candidature de substitution, persuadés que celle de Tidjane Thiam était juridiquement impossible. Cette option, bien que discutée en interne, n’a jamais abouti. Et c’est précisément cette divergence stratégique qui a provoqué l’éviction de Sylvestre Emmou, alors secrétaire exécutif du PDCI-RDA, par Tidjane Thiam.
Face à cette situation, les frondeurs ont tapé du poing sur la table et exigé la participation de leur formation politique aux élections législatives. En réaction à cette requête, les pro-Thiam ont tout mis en œuvre pour contrôler le choix des candidats à l’investiture du PDCI. Nos sources rapportent qu’à Cocody, la candidature de Jean-Marc Yacé n’a été validée par le parti qu’après de longues et pénibles négociations. Mieux, la direction lui a imposé un colistier, Hervé Bombet, qu’il n’avait pas choisi. Certes, Bombet est premier adjoint au maire, mais les relations entre les deux hommes sont notoirement conflictuelles. « C’est au moment où Bombet a été imposé que Yacé s’est jeté dans la marre », souffle un cadre du PDCI. Ancien président du groupe parlementaire du PDCI-RDA et proche des frondeurs, Simon Doho est une victime collatérale de cette recomposition interne. Non réélu, son sort semblait scellé depuis longtemps. Il est accusé d’avoir laissé un trou de 178 millions de FCFA dans les caisses du groupe parlementaire, un dossier qui continue de faire des vagues dans la maison verte.
Tidjane Thiam dans le viseur
Dans le fond, le nœud du problème reste le leadership de Tidjane Thiam. Les «trois mousquetaires» et leurs partisans reprochent au président du parti, toujours en exil à Paris, une gouvernance centralisée et distante, affaiblissant le PDCI-RDA. En privé, de nombreuses figures historiques du parti doyen comme Maurice Kakou Guikahué, Jean-Louis Billon ou Djédjé Mady partageraient des critiques similaires. Les deux camps se parlent sans s’entendre. Les contestataires refusent désormais de se soumettre à des injonctions venues de l’étranger et disent se battre pour la survie du PDCI-RDA “originel”, fidèle à son identité et à son autonomie stratégique. La fronde des trois députés-maires n’était que la partie visible de l’iceberg : le PDCI-RDA traverse une zone de fortes turbulences, tiraillé entre fidélité à son héritage, luttes d’influence et choix stratégiques contestés de son président.
Thiery Latt
