Dr Yao Allah-Kouamé (Président de la Confédération Africaine de Cyclisme): « La Côte d'Ivoire va signer un accord d'établissement avec la CAC »

Le récent congrès de la Confédération Africaine de Cyclisme (CAC) qui s’est tenu à Abidjan a marqué un tournant décisif pour la petite reine sur le continent. Entre la promesse d'infrastructures ambitieuses avec l'étude d'un futur vélodrome à Abobo, l'adoption d'un budget de développement pragmatique et la perspective d'implanter le siège de l'institution en terre ivoirienne, les défis sont immenses. Le Dr Yao Allah-Kouamé, président de la Confédération, dresse un bilan particulièrement positif de ces assises. Dans un entretien exclusif, il revient sur le soutien capital des autorités ivoiriennes, l'importance cruciale de l'autonomie financière et la nécessité de diversifier les disciplines cyclistes pour bâtir un avenir solide.

Dr Yao Allah-Kouamé (Président de la Confédération Africaine de Cyclisme): « La Côte d'Ivoire va signer un accord d'établissement avec la CAC »
Dr Yao Allah-Kouamé : « Voir autant de pays répondre présents, à peine un an après notre précédente assemblée générale, est un signal fort »

Le Patriote : Monsieur le Président, que pouvons-nous retenir de majeur au sortir de ce congrès organisé à Abidjan ?

Dr Yao Allah-Kouamé : Beaucoup de choses très positives sont à retenir. D’abord, il y a un fait marquant et essentiel, la présence d’une haute autorité de l'État de Côte d’Ivoire pour présider la cérémonie d'ouverture. Je veux parler de Madame Kandia Camara, présidente du Sénat et également maire de la commune d’Abobo. Elle a tenu à venir en personne, et pour moi, cela a été un véritable motif de satisfaction. Dans notre milieu, il n’y a rien de plus frustrant que d’organiser un événement sportif de cette envergure sans le soutien visible des autorités politiques. Sa présence a considérablement rehaussé le standing de ce congrès continental, et je tiens sincèrement à lui exprimer toute ma gratitude.

Ensuite, un autre fait majeur est l’annonce officielle des discussions en cours entre la Confédération Africaine de Cyclisme et la mairie d’Abobo pour l’implantation d’un vélodrome de référence. Là encore, Madame Kandia Camara s’est montrée très réceptive et proactive. Elle est venue accompagnée de plusieurs conseillers municipaux et de sénateurs, ce qui traduit un intérêt institutionnel réel pour ce grand projet d'infrastructure. C’est une avancée significative que nous saluons avec enthousiasme.

 

LP : Peut-on y voir un signal fort envoyé aux acteurs du cyclisme africain ?

Dr YAK : Absolument. Lorsqu’une collectivité territoriale et des responsables institutionnels s’engagent de cette manière autour d’un projet sportif, cela envoie un message clair : le cyclisme mérite sa place dans les politiques publiques. Si ce vélodrome voit le jour, il pourra devenir un outil structurant pour la formation, la compétition et la visibilité de notre discipline en Afrique de l’Ouest.

Un autre point essentiel concerne l’accord unanime donné par le congrès pour permettre à la Côte d’Ivoire de signer un accord d’établissement avec la Confédération. Nous avions déjà tenté cette démarche diplomatique par le passé, mais elle n’avait pas abouti faute de validation formelle de nos instances. Aujourd’hui, c’est chose faite, et nous espérons aller rapidement vers une reconnaissance officielle de notre institution à Abidjan.

 

LP : L’installation du siège à Abidjan est-elle désormais un objectif réaliste à moyen terme ?

Dr YAK : Concernant la question du transfert de notre siège, ce point stratégique devrait être abordé plus en profondeur en 2027, lors de notre prochain congrès électif. Ce sera également l’occasion de toiletter et de modifier plusieurs articles de nos statuts. À ce moment-là, nous pourrons avancer de manière très concrète sur la question de l'installation définitive du siège à Abidjan.

 

LP : Au fond, quel est selon vous le principal enseignement humain et politique de ce congrès ?

Dr YAK : Mais au-delà de tous ces aspects techniques et institutionnels, le plus important à mes yeux reste la démonstration de l’unité africaine. Voir autant de nations répondre présentes, à peine un an après la précédente assemblée générale, est un signal politique fort. Cela représente un effort financier considérable pour nos membres, mais les présidents de fédérations ont fait le déplacement. Je tiens à les remercier chaleureusement. Ce rassemblement a d’ailleurs été précédé par un comité directeur et une plateforme d’échanges qui se sont révélés très enrichissants pour l'avenir de notre sport.

 

LP : Un budget de 527 000 euros a été adopté pour le développement du cyclisme sur le continent. Certains observateurs estiment que ce montant est insuffisant pour relever les défis. Quel est votre regard ?

Dr YAK : Tout dépend de la grille de lecture et du point de comparaison que l'on adopte. Si l'on compare ce budget à celui du football, effectivement, c’est très peu, voire dérisoire. Nous sommes parfaitement conscients qu’il nous faut davantage de moyens pour asseoir notre politique de développement. Cela dit, il faut faire preuve de réalisme : nous devons apprendre à mobiliser nos propres ressources, à l’image de ce que fait brillamment l’Union Européenne de Cyclisme. Nous ne pouvons plus nous permettre de dépendre uniquement de la manne financière et de l’aide de l’Union Cycliste Internationale (UCI).

 

LP : Au-delà du montant voté, quel modèle économique voulez-vous bâtir pour la Confédération ?

Dr YAK : Il existe aujourd'hui cinq confédérations continentales dans le monde du cyclisme, et l’UCI ne peut tout simplement pas attribuer des budgets colossaux à chacune d'entre elles. Ce que nous recevons aujourd’hui, nous l’acceptons avec gratitude, mais il nous revient la responsabilité de chercher des financements supplémentaires. Nous avons par exemple déjà sécurisé un partenariat stratégique avec l'agence Golazo pour l'organisation du championnat d’Afrique, mais il nous faut aller beaucoup plus loin dans cette démarche de sponsoring.

 

LP : Quelles disciplines peuvent justement devenir les moteurs de cette croissance ?

Dr YAK : Cette quête d'autonomie financière passe inévitablement par l’organisation de compétitions modernes et attractives, que ce soit sur route, sur piste, mais aussi en BMX, en VTT ou encore dans des disciplines émergentes comme le Gravel. C’est en développant la pluralité de ces disciplines que nous pourrons séduire de nouveaux partenaires et générer plus de revenus. Rester dans une logique d’assistanat permanent ne nous permettra jamais d’avancer vers les sommets.

 

LP : Pour plus de clarté, pouvez-vous nous expliquer brièvement la différence fondamentale entre un accord de siège et un accord d’établissement que vous visez avec la Côte d'Ivoire ?

Dr YAK : La nuance est importante. Sur le plan diplomatique, l’accord de siège est généralement un traité signé entre deux États souverains ou avec une organisation intergouvernementale de très haut rang. En revanche, l’accord d’établissement concerne spécifiquement une organisation non gouvernementale ou une association à vocation internationale, comme l'est la Confédération Africaine de Cyclisme.

 

LP : En quoi cet accord est-il stratégique pour la Confédération ?

Dr YAK : Ce document juridique est crucial car il permet à notre institution de bénéficier de certains privilèges et avantages diplomatiques, notamment sur les plans fiscal et douanier pour l'importation de matériel sportif. C’est précisément ce type d’accord protecteur et facilitateur que nous souhaitons conclure rapidement avec l'État de la Côte d’Ivoire, maintenant que l’assemblée générale souveraine nous en a formellement donné l’autorisation et le mandat.

OUATTARA Gaoussou