FITKD : Comment Adjé Silas Metch est en train de perdre la main sur le processus de sortie de crise face à Yacé !

FITKD : Comment Adjé Silas Metch est en train de perdre la main sur le processus de sortie de crise face à Yacé !
Le pari de la conciliation d'Adjé Silas Metch avec Jean-Marc Yacé est-il en train de se retourner contre lui

À force de vouloir ménager Jean-Marc Yacé, le ministre des Sports, Adjé Silas Metch, semble avoir fini par lui donner les moyens de lui tenir tête. Après lui avoir confié la conduite de la sortie de crise à la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD), puis décidé de le maintenir à son poste au-delà de l'expiration de son mandat, la tutelle se retrouve aujourd'hui confrontée à un dirigeant dont les initiatives et les prises de position s'écartent manifestement de ses orientations. Le projet d'ordre du jour de l'Assemblée générale du 15 novembre 2026 en apporte une nouvelle illustration. Ce qui devait être une démarche de pacification ressemble désormais à un bras de fer entre celui qui détient l'autorité de tutelle et celui qu'il a lui-même choisi de maintenir aux commandes.

Pour comprendre cette situation, il faut remonter aux origines de la crise. L'équipe dirigeante de Jean-Marc Yacé était sérieusement fragilisée par la contestation du Comité directeur de transition (CDT), première grande fronde contre sa gestion. Alors que la gouvernance du président de la FITKD était déjà vivement contestée par une partie de la famille du taekwondo, le ministère des Sports a choisi de privilégier une solution de conciliation. À la suite des interventions de World Taekwondo et de l'AFTU, une Task Force a été mise en place avec pour mission de ramener la sérénité dans la discipline. Sa présidence a été confiée à Jean-Marc Yacé lui-même. Un choix qui pouvait surprendre, dans la mesure où l'un des principaux protagonistes de la crise se retrouvait chargé de conduire le processus censé réconcilier les différentes parties.

La suite n'a pas dissipé les inquiétudes. Les contestations ont persisté et se sont même étendues aux questions de gouvernance et de gestion financière. Des acteurs de la discipline ont notamment dénoncé des sorties de fonds dont les justificatifs et les destinations seraient, selon eux, insuffisamment documentés, des difficultés rencontrées par les commissaires aux comptes ainsi que des interrogations sur la désignation d'un expert-comptable et sa conformité aux dispositions statutaires. À ces griefs se sont ajoutées des préoccupations concernant les sanctions liées à certaines compétitions internationales, susceptibles, selon les contestataires, de compromettre les perspectives de plusieurs athlètes dans la préparation des Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Autant de sujets qui appelaient des réponses et un travail de clarification.

Face à cette situation, les contestataires se sont regroupés au sein du Collectif des membres statutaires pour défendre leurs positions et réclamer une évolution de la gouvernance fédérale. Ils ont attendu l'expiration du mandat de Jean-Marc Yacé, le 14 octobre 2026, avant de poursuivre leurs démarches dans le cadre du renouvellement des instances. Mais la décision du ministre Adjé Silas Metch de maintenir le président sortant à son poste, au nom de la continuité du service public délégué, a rebattu les cartes. En conservant aux commandes un dirigeant dont la légitimité est contestée par une partie des acteurs de la discipline, la tutelle lui a permis de continuer à peser directement sur un processus dont il est lui-même l'un des principaux protagonistes.

Aujourd'hui, les faits donnent une résonance particulière aux réserves exprimées à l'époque. Le projet d'ordre du jour de l'Assemblée générale du 15 novembre, proposé par le camp Yacé, suscite de nouvelles contestations. Le Collectif des membres statutaires relève notamment l'absence du rapport des commissaires aux comptes et du vote du quitus, deux questions importantes dans l'examen de la gestion fédérale. Il conteste également les références statutaires retenues pour préparer cette assemblée. Selon sa lecture, la note ministérielle du 14 septembre 2026 ayant annulé l'Assemblée générale du 28 décembre 2025 et les actes qui en découlent, les textes de référence demeurent les statuts et le règlement intérieur de 2020. Dès lors, la question de l'âge limite des candidats devrait, selon le Collectif, être examinée sur la base de la disposition fixant cette limite à 34 ans, et non à 40 ans.

Mais le camp Yacé ne partage manifestement pas cette lecture. Il soutient que l'Assemblée générale du 28 décembre 2025 n'a jamais été annulée et conteste la compétence du ministre des Sports à prendre une telle décision. Cette position révèle une divergence fondamentale avec la tutelle. Elle pose surtout une question institutionnelle : comment conduire un processus de sortie de crise lorsque le dirigeant maintenu en fonction ne partage pas les fondements mêmes des décisions prises par l'autorité qui l'a reconduit ?

C'est précisément là que réside le problème pour Adjé Silas Metch. Depuis plusieurs années, sa gestion de ce dossier donne l'image d'une tutelle soucieuse de ne pas brusquer Jean-Marc Yacé, quitte à lui conserver une place prépondérante dans les différentes étapes de la crise. Or, la recherche du consensus ne peut durablement se substituer à l'exercice de l'autorité. Jean-Marc Yacé n'est pas un simple exécutant appelé à appliquer mécaniquement les orientations ministérielles. Il défend une lecture des événements et des textes qui lui est propre, et les dernières prises de position de son camp montrent qu'il n'entend pas abandonner cette ligne sans contestation. Le ministre pouvait-il raisonnablement espérer qu'un dirigeant directement impliqué dans le conflit devienne, par la seule force d'une décision administrative, le garant d'un processus accepté par tous ?

En accordant autant de latitude au président sortant, puis en le maintenant en fonction après l'expiration de son mandat, le ministre a pris le risque de voir sa stratégie de conciliation se retourner contre lui. Il en paie aujourd'hui le prix. La tutelle ne peut pas demander aux uns et aux autres de respecter un cadre qu'elle a elle-même défini tout en laissant s'installer une situation dans laquelle ses orientations sont ouvertement contestées. La continuité du service public délégué ne saurait être interprétée comme un blanc-seing permettant à un dirigeant de conduire le processus selon sa propre appréciation des règles.

Il est donc encore temps pour Adjé Silas Metch de reprendre la main. Le ministre doit sortir de cette posture d'accompagnement et assumer pleinement son rôle dans la conduite de la sortie de crise. Cela suppose de clarifier sans ambiguïté les textes applicables, de veiller à ce que l'ordre du jour de l'Assemblée générale réponde aux exigences de transparence et de conformité statutaire, et de garantir aux différentes composantes de la famille du taekwondo les mêmes droits dans le processus électoral. Il lui appartient également de s'assurer que les recommandations de World Taekwondo et les décisions de la tutelle soient prises en compte dans un cadre juridiquement et institutionnellement cohérent.

L'apaisement ne doit pas devenir un prétexte à l'immobilisme, encore moins à l'effacement de l'autorité ministérielle. Adjé Silas Metch a encore la possibilité de corriger le cap. Mais le temps des concessions sans clarification semble avoir atteint ses limites. Dans cette crise, le ministre doit comprendre qu'à force de vouloir préserver l'équilibre avec Jean-Marc Yacé, il risque de compromettre la crédibilité de tout le processus. La paix au sein de la FITKD ne se décrétera pas autour d'un dirigeant ou d'un camp. Elle se construira sur des règles claires, appliquées à tous, sans privilège ni passe-droit.

OUATTARA Gaoussou