Intelligence artificielle : Patrick Achi engage les députés dans une nouvelle ère numérique

Intelligence artificielle : Patrick Achi engage les députés dans une nouvelle ère numérique
Le président de l’Assemblée nationale, Patrick Achi, a réaffirmé sa volonté de moderniser le travail parlementaire à travers l’appropriation de l’intelligence artificielle

L’Assemblée nationale franchit une nouvelle étape dans sa modernisation. À l’initiative de son président, Patrick Achi, une conférence consacrée à l’intelligence artificielle (IA) s’est tenue, hier lundi 12 octobre, en présence du ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, et de deux experts internationaux. À la clé, un programme de formation pratique destiné aux députés pour intégrer les outils d’IA dans leurs travaux parlementaires. 

« L’intelligence artificielle peut proposer, chercher, classer et calculer, mais elle ne vote pas. » Cette formule de Patrick Achi résume l’approche défendue par le président de l’Assemblée nationale face aux mutations technologiques. Pour lui, l’enjeu n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle transformera les méthodes de travail, mais de déterminer comment en tirer parti sans renoncer à la responsabilité humaine. « On n’est donc plus face à une technologie de demain : elle est déjà une réalité », a-t-il souligné, rappelant la progression rapide de l’IA dans les entreprises, les administrations et les institutions. Une évolution qui, selon lui, impose aux États africains, notamment à la Côte d’Ivoire, de se préparer pour ne pas subir une révolution technologique conçue ailleurs. 

Cette ambition se traduit désormais dans le fonctionnement de l’institution parlementaire. Après la mise à disposition de tablettes numériques et les premières formations à l’autonomie numérique, les députés sont invités à franchir un nouveau cap : celui des usages concrets. Les sessions de formation, prévues les 13, 14, 15, 19, 20 et 21 octobre, leur permettront notamment d’apprendre à rechercher et synthétiser des informations, analyser des dossiers, comparer des amendements et préparer leurs questions aux membres du gouvernement. 

Pour Patrick Achi, l’intelligence artificielle peut contribuer à améliorer l’efficacité du travail parlementaire, notamment face à la complexité croissante des textes et des sujets examinés. Mais elle ne saurait se substituer au jugement des élus, à leur connaissance du terrain ni à leur responsabilité démocratique. « Notre responsabilité humaine, politique et démocratique demeure entière », a-t-il insisté. 

Le ministre Djibril Ouattara a salué cette démarche, qu’il inscrit dans la dynamique nationale de transformation numérique. « Nous ne sommes pas réunis pour parler de l’intelligence artificielle. Nous sommes réunis pour commencer à nous en servir », a-t-il déclaré. Le ministre a également présenté les grandes orientations de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle et la feuille de route d’accélération numérique 2026-2028, alignée sur le Plan national de développement 2026-2030. Celle-ci repose sur sept piliers et quarante projets structurants, dont le déploiement d’une intelligence artificielle nationale. 

L’ambition affichée est de développer des solutions adaptées aux réalités ivoiriennes, tout en renforçant les compétences locales, la maîtrise des données et la sécurité des systèmes. « Nous ne voulons pas d’une intelligence artificielle simplement importée, consommée telle quelle, pensée ailleurs et pour d’autres. Nous voulons une intelligence artificielle qui comprenne nos réalités, qui serve nos priorités et qui parle nos langues », a affirmé Djibril Ouattara.

Cette exigence de souveraineté concerne directement les parlementaires. Appelés à voter les lois qui encadreront l’IA, à examiner les budgets qui la financeront et à contrôler les projets gouvernementaux, ils doivent en comprendre les possibilités, mais aussi les risques. Le ministre a notamment insisté sur la protection des données confidentielles et la nécessité d’une validation humaine systématique des contenus produits par les outils d’intelligence artificielle.

La conférence a été ponctuée de démonstrations pratiques. Dre Ghita Mezzour, ancienne ministre marocaine de la Transition numérique, a notamment illustré les possibilités de l’IA dans le secteur agricole. Dr Isaac Bayoh, spécialiste de cette technologie, a, pour sa part, présenté des applications liées à l’écoute des populations et à l’utilisation des langues nationales.

À travers cette initiative, l’Assemblée nationale entend ainsi faire de l’intelligence artificielle un outil d’appui au mandat parlementaire, tout en préparant les élus à mieux appréhender les transformations économiques, sociales et institutionnelles en cours. 

Rahoul Sainfort