Interview - Fatima Bamba (maire d’Anyama) : «La vision du Président Ouattara ouvre la voie à une plus grande responsabilisation des femmes ivoiriennes ...»

Elue en septembre 2023,  Mme Fatima Bamba est la première femme à diriger la mairie d’Anyama, une commune du District d’autonome d’Abidjan. Dans cet entretien, cette femme battante, qui a été élevée au rang de Dr Honoris Causa par une université américaine, fait le point de ses réalisations qui ont changé le visage de sa cité. Aussi appelle-t-elle, à la faveur de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, à plus une grande présence de la gent féminine dans les instances de décision en Côte d’Ivoire.  

Interview - Fatima Bamba (maire d’Anyama) : «La vision du Président Ouattara ouvre la voie à une plus grande responsabilisation des femmes ivoiriennes ...»
«J’attends plus de solidarité féminine, plus de formation et plus de présence des femmes dans les instances de décisions» (Ph DR)

Le Patriote: Quel bilan à mi-mandat pouvez-vous faire de votre gestion à la tête de la commune d’Anyama ?   

Fatima Bamba : Deux ans et demi après mon élection à la tête de la commune d’Anyama, je rends grâce à Dieu pour le travail accompli. Le fait que la commune ait accédé au statut de supra (grande commune), suffit à faire du bilan déjà une satisfaction. Avec le conseil municipal, nous avons renforcé les actions sociales, amélioré l’accès aux services de base, soutenu la jeunesse, les femmes et les personnes vulnérables. Nous avons posé des actes concrets en faveur de la cohésion sociale, du vivre-ensemble et du développement local. Au titre des conditions de travail et de vie du personnel, le bâtiment principal, qui abrite les directions et services de la mairie, est en réfection et les salaires ont connu une augmentation significative avec la commune supra. Nous avons aussi réhabilité totalement le bâtiment qui faisait office de bureaux de la police municipale pour en faire des bureaux de l'état civil doté d'un préau pouvant accueillir tous les usagers d’un jour. Les toilettes, qui étaient en état de délabrement avancé, ont également connu une cure de jouvence.  Le parc auto s’est enrichi de plusieurs véhicules de types 4x4 et de plusieurs dizaines de motos pour faciliter la mobilité du personnel. Dans les domaines de l’éducation et de la santé, plusieurs écoles et centres de santé sont en construction aussi bien dans les anciens quartiers que dans les quartiers d’extension tels que Blankro, Miracle, Médine etc. Pour la voirie, nous avons pris la pleine mesure du besoin. C’est pourquoi, nous avons lancé le bitumage du tronçon rue carrefour Poteau - carrefour de l’hôpital général. Le bitumage de cette voie de déviation permettra de désengorger la seule voie bitumée qui traverse la ville et de réduire considérablement les embouteillages. Cette dynamique de transformation, reconnue au-delà de nos frontières, m’a valu l'élévation au rang de Docteur Honoris Causa par l’Université publique américaine Austin Peay State University (APSU) que je dédie humblement aux populations d’Anyama.

 

LP: Mais, en dépit de ces efforts, les populations se plaignent beaucoup du manque d’eau et des coupures récurrentes d’électricité... 

FB : Vous convenez avec moi que la distribution d’eau et la fourniture d’électricité n’incombent pas directement à la mairie. Qu’à cela ne tienne, nous avons pris ces problèmes à bras-le-corps, en rencontrant les différentes directions en charge, c’est-à-dire la SODECI (Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire), l’ONEP (Office national de l’eau potable), CI-Energies (Côte d’Ivoire Energies) et la CIE (Compagnie ivoirienne d’électricité). Les problèmes étant réels, ces directions sont à pied d’œuvre pour leur résolution. Il est bien de noter que compte tenu des déguerpissements qui ont eu lieu ces dernières années dans la ville d’Abidjan, notre commune a enregistré une masse très importante de cette population. Il se trouve qu’Anyama a donc besoin de lourds investissements dans ces domaines. Des travaux de grande  envergure s’y déroulent aussi, notamment ceux du métro et de la voirie dans son ensemble. Tous ces problèmes sont à l’origine de ces perturbations. A mon niveau, j’ai pris mon bâton de pèlerin afin de rencontrer les structures en charge de ces questions comme signifié plus haut. J’ai eu la chance de rencontrer des oreilles attentives. Ces problèmes sont en voie de traitement et ces difficultés seront très bientôt de vieux souvenirs. Vous avez dû constater que nous communiquons régulièrement sur la question avec la population.

 

LP: A Anyama, les populations ne cessent de parler de vos actions sociales et de votre combat pour la cohésion sociale. Pourquoi cet engagement ?  

FB : Le social reste le socle de mon action. C’est pourquoi, nous avons multiplié les initiatives en faveur des veuves, des personnes du troisième âge, des communautés religieuses et des familles vulnérables. Je suis convaincue qu’un territoire ne se développe véritablement que lorsque personne n’est laissé pour compte. La paix et la cohésion sociale demeurent nos priorités absolues et celles-ci n’ont pas changé d’un iota.

 

LP : Dimanche 8 mars dernier, c’était la journée internationale des droits de la femme. Que représente pour vous cet événement ?  

FB : Un moment spécial. Vous savez, les femmes sont le socle de toute société et les piliers de nos cellules familiales. Elles méritent donc d’être célébrées, tout comme leurs droits doivent être défendus et protégés ardemment. A l’occasion de ce 8 mars, je rends hommage à toutes les femmes d’Anyama et de Côte d’Ivoire. Je leur dis qu’elles sont la force silencieuse qui soutient nos familles et notre économie. Je les encourage à croire en elles, à investir les sphères de décisions et à ne jamais douter de leur valeur. L’avenir se construit avec elles. 

 

LP : Justement, quelle place occupe  la femme  dans la gestion de votre mairie ?

FB : La femme occupe une place stratégique dans ma gestion. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire envoie un signal fort : nous avons des femmes ministres d’État, plusieurs femmes membres du gouvernement, des directrices générales à la tête d’importantes administrations et entreprises publiques, et surtout un secrétaire général du gouvernement qui est une femme. Cela démontre que la compétence féminine est reconnue au plus haut sommet de l’État. Au niveau communal, nous respectons la parité du genre au sein de la composition des conseillers municipaux. Nous avons institué un fonds dédié aux femmes d’Anyama pour renforcer leur autonomie financière.  Ce fonds soutient les activités génératrices de revenus, favorise l’entrepreneuriat féminin et accompagne les coopératives et associations féminines. En cela, nous sommes déjà aidés par le Première Dame Mme Dominique Ouattara. Pour moi, l’autonomisation économique est la clé de l’émancipation durable. Mes relations avec les femmes d’Anyama sont directes, sincères et permanentes. Je les rencontre régulièrement, j’écoute leurs préoccupations et nous construisons ensemble les solutions. Je considère la femme comme partenaire stratégique du développement communal.

 

LP :  Que comptez-vous faire pour elles d’ici la fin de votre premier mandat ?

FB : Nous comptons renforcer significativement le fonds d’appui aux femmes, développer des programmes de formation en gestion, leadership et transformation digitale, et faciliter leur accès au microcrédit. Nous allons également maintenir le cadre permanent de dialogue avec les organisations féminines pour assurer un suivi efficace de leurs besoins. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de la convention que nous avons signée avec l’Institut ivoirien de l’entreprise (INIE). Ce partenariat permettra de financer les projets des femmes à partir du système de tontine qui est déjà dans les habitudes de nos femmes.

 

LP : A quoi peut-on s’attendre à Anyama dans les années à venir ?   

FB : Notre ambition est claire. Il s’agit de  bien consolider les acquis et de faire d’Anyama une commune moderne, attractive et inclusive. Nous allons poursuivre les investissements dans les infrastructures, l’assainissement, l’employabilité des jeunes et l’autonomisation économique des femmes. Aussi allons-nous travailler à renforcer les partenariats publics et privés afin de créer des opportunités durables et positionner Anyama comme un pôle stratégique du développement local grâce au gouvernement.

 

LP : En attendant, quelles sont vos attentes en tant que femme et maire ? 

FB : J’attends plus de solidarité féminine, plus de formation et plus de présence des femmes dans les instances de décision. J’attends également que la société continue d’évoluer vers une reconnaissance totale du mérite et de la compétence, indépendamment du genre.

 

LP: Le président de la République, Alassane Ouattara, a décidé de placer ce quinquennat sous le signe de la transmission générationnelle. Qu’en pensez-vous ?

FB : Je crois fermement à cet engagement du président de la République Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara. Cette vision encourage l’émergence d’une nouvelle génération de leaders, hommes et femmes. Elle ouvre également la voie à une plus grande responsabilisation des femmes ivoiriennes dans la gouvernance publique et privée. Les femmes ont démontré leur capacité à gérer, diriger et transformer.

 

LP: Pour finir, avez-vous un message particulier ?

FB : C’est un message de confiance et de détermination. Anyama avance avec ses femmes, avec sa jeunesse et avec toutes ses forces vives. Je resterai engagée, fidèle à ma mission : servir avec humilité, agir avec courage et bâtir une commune où chaque femme peut rêver, entreprendre et réussir, parce que le Président de la république SEM Alassane Ouattara nous l'enseigne et nous le démontre depuis 2011. C’est pour cela que nous devons lui emboîter le pas et lui être reconnaissant pour son apport incommensurable pour le pays.

 

Réalisée par Y. Sangaré