Mode ivoirienne : Baisse de régime d’un secteur qui a pourtant écrit ses lettres de noblesse

Mode ivoirienne : Baisse de régime d’un secteur qui a pourtant écrit ses lettres de noblesse
Mode ivoirienne : Baisse de régime d’un secteur qui a pourtant écrit ses lettres de noblesse Des années des indépendances à une date récente, la mode ivoirienne a connu son apogée, transformant la Côte d’Ivoire en véritable plaque tournante de la création africaine. Dans la short list des figures de proue de la mode du continent, des signatures telles que celles de Pathé’O, Gilles Roland Touré, Miss Zahui, Rikève ou encore Michèle Yakyce occupaient une place de choix. Sur le plan événementiel, l

Des années des indépendances à une date récente, la mode ivoirienne a connu son apogée, transformant la Côte d’Ivoire en véritable plaque tournante de la création africaine. Dans la short list des figures de proue de la mode du continent, des signatures telles que celles de Pathé’O, Gilles Roland Touré, Miss Zahui, Rikève ou encore Michèle Yakyce occupaient une place de choix.

Sur le plan événementiel, la Côte d’Ivoire foisonnaient de spectacles grandioses de haute couture, de modélisme, de stylisme et de couture tout simplement.   Surtout, à intervalles réguliers, les férus de mode pouvaient se délecter d’événements majeurs organisés sous les lambris dorés et les décors féeriques de l’Hôtel Ivoire. Souvent, en moins d’un semestre, le public était gratifié de défilés gigantesques mettant en lumière les icônes ivoiriennes des ciseaux, mais aussi des mannequins et de jeunes stylistes prometteurs.

Et cette régularité, dans la présentation de leurs modèles, a permis aux créateurs ivoiriens de gagner en notoriété, non seulement en Côte d’Ivoire, mais aussi à l’échelle africaine et internationale. Ils ont ainsi écrit les lettres de noblesse de la mode ivoirienne.

Dans la pratique, ces créateurs et ces génies des ciseaux ont su intégrer des tissus et motifs traditionnels dans des coupes modernes, créant ainsi une mode ivoirienne unique et respectueuse des traditions.

 

Un riche potentiel !

Mais, depuis un moment, hormis quelques événements tels que "Fashion Week by Elie Kuame", "Grand Bassam Fashion day", "la Foire du made in Côte d’Ivoire" et "Abidjan Fashion week», le secteur de la mode ivoirienne connaît une baisse de régime, en termes d’événements d’envergure. Les grandes manifestations qui révélaient et promouvaient les acteurs du secteur se font de plus en plus rares.

Pour des observateurs, plusieurs causes sont à l’origine de cette raréfaction.  La Côte d’Ivoire, il faut le noter, regorge d’un riche patrimoine et potentiel, en termes de diversité culturelle et de créativité, de façon générale, mais également, particulièrement, dans le domaine de la mode.

En effet, l’évolution de la mode ivoirienne reflète un savant alliage fascinant entre la tradition ancestrale et des influences mondiales.

La preuve, la mode ivoirienne a gagné en reconnaissance internationale, offrant des opportunités aux jeunes entrepreneurs du secteur. Avec plusieurs métiers connexes.

Dans cette phase de transition, marquée par une baisse de régime, des aficionados du secteur de la mode et du textile pointent du doigt la prédominance de la friperie et des vêtements importés bon marché. Bien que créatif, le secteur souffre du faible pouvoir d'achat qui oriente les consommateurs, très souvent, vers «la seconde main», bien que des fusions de styles traditionnels et modernes persistent.

La résultante, c’est que les créations des stylistes, couturiers locaux ne sont pas beaucoup consommées par le public.

 Face à cette pression de la friperie et, au regard de la multiplication des priorités dans la gestion du quotidien des citoyens,  plusieurs  Ivoiriens  se tournent de plus en plus vers la friperie ou «le prêt à porter», qu’ils trouvent souvent moins cher et à la portée de leur bourse, contrairement aux produits locaux sortis des ateliers des grands créateurs de la mode et, même, des couturiers de proximité.

L’autre raison de cette baisse, c’est aussi l’influence de l’extérieur. Souvent, c’est la mode occidentale et américaine qui se taillent la part du lion en faisant basculer le choix des consommateurs ivoiriens en leur faveur .  Et le revers de cela, c’est que les jeunes Ivoiriens, pour beaucoup, privilégient les styles modernes occidentaux ou américains en arborant des jeans, t-shirts, baskets etc., au détriment des créations locales.

 

Les racines traditionnelles

Dans cette mouvance, l’on remarque, tout de même, une véritable tendance de fusion. Certains créateurs ivoiriens tentent de maintenir l'intérêt pour les tenues traditionnelles en fusionnant des tissus du terroir (pagne) avec des coupes modernes pour des vêtements uniques.

Malgré ce ralentissement, le secteur reste un domaine à fort potentiel d’emplois. Il regorge d’un fort potentiel pour l'emploi et l'insertion des jeunes.

La mode ivoirienne, de l’avis des puristes,  tire ses origines de diverses ethnies. Chacune apportant ses propres tissus, motifs et styles vestimentaires. Parmi les plus emblématiques : "Le Kita ou Kente". Tissu traditionnel des Akans, notamment des Baoulés, il est tissé à la main et se caractérise par ses motifs colorés et géométriques. Utilisé principalement pour les grandes occasions, il symbolise la richesse et le statut social.

"Le Pagne". C’est un tissu polyvalent et largement utilisé, il est souvent imprimé de motifs symboliques et colorés. Le pagne est un élément de base de la garde-robe ivoirienne, utilisé pour confectionner des tenues traditionnelles comme les boubous, les complets et les robes.

 

La possible réinvention

Depuis quelques années, la mode ivoirienne connait une renaissance avec une redécouverte et une réinterprétation des motifs et des tissus traditionnels dans un contexte contemporain.

Des créateurs comme Gilles Touré, Ciss St Moïse et feu Eloi Sessou sont devenus des figures emblématiques, en réinventant les tissus traditionnels dans des coupes modernes et élégantes. Mais, cela est encore loin de conduire la Côte d’Ivoire à une industrialisation du secteur.

Jean Antoine Doudou

Les grands défilés de Pathé’O, Gilles Touré... sont devenus rares!