Première force politique incontestée du pays : Le RHDP face au défi de se maintenir au sommet
« Le plus dur, ce n’est pas d'arriver au sommet, c'est d'y être ». Cette pensée du célèbre humoriste français Coluche enseigne que la réussite (atteindre le sommet) est moins difficile que la constance et la gestion de cette réussite sur le long terme (s'y maintenir).
Autrement dit, cette citation rappelle, bien à propos, qu’une fois le succès acquis, sa pérennité est loin d’être une sinécure. Justement, c’est le défi auquel le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) fera désormais face. Si ce n’est déjà le cas.
Depuis 2010, le parti du Président Alassane Ouattara remporte toutes les élections - générales et locales - en Côte d’Ivoire : de la présidentielle de cette année-là aux législatives du 27 décembre 2025 en passant par les législatives de 2011 (sous la bannière du Rassemblement des Républicains), les municipales et régionales de 2013, la présidentielle de 2015, les municipales et régionales de 2018, les législatives de 2021, les municipales et régionales de 2023.
Au fil de ces seize dernières années, le RHDP n’a pas qu’accumulé des victoires - aussi éclatantes qu’écrasantes - il a surtout densifié son ancrage national. Avec une progression fulgurante. Les récentes élections de 2025 - présidentielle et législatives - ont confirmé de fort belle manière cette tendance. Pour le premier scrutin, son candidat Alassane Ouattara, a survolé la course au Palais présidentiel avec 89,77% des suffrages pour un taux de participation de 50,10%, très appréciable au regard de l’atmosphère ambiante créée par une opposition sans idée ni génie. Avec à la clé des actes de violence nourris par la résurgence des discours tribaux et haineux, des appels à l’insurrection populaire qui sont restés - grâce à la maturité et l’attachement profond des Ivoiriens à la paix - lettres mortes. Un message implicite envoyé à cette classe d’opposants revanchards et nostalgiques malheureusement d’un passé trouble de la Côte d’Ivoire.
Mais, au-delà de ces chiffres, ce plébiscite réaffirme - si besoin en était encore - l’adhésion totale des Ivoiriens, excepté les ivoiritaires et ceux qui sont instrumentalisés, à la vision et au leadership du Président Alassane Ouattara. D’ailleurs, tous autant qu’ils sont, ils sont conscients que le pays s’est, formidablement, reconstruit sous sa gouvernance, couronnée d’importantes réalisations et réformes structurelles.
Quant à la seconde consultation électorale de l’année écoulée, elle a confirmé ce qu’on pressentait déjà : une razzia du RHDP aux législatives. Et ce fut effectivement un raz-de-marée, avec 196 sièges raflés par le parti au pouvoir sur les 255 que compte l’Assemblée nationale. Une véritable démonstration de forme qui témoigne indiscutablement de l’hégémonie du RHDP sur l’échiquier politique national.
Naturellement, cette surpuissance n’est pas le fruit du hasard. Certes, le RHDP regorge de meilleurs cadres du pays, ayant une réelle assise dans leurs circonscriptions électorales respectives, mais la force du RHDP réside dans sa gestion structurée, avec une ligne directrice très claire, et le maillage efficient du territoire national, via une présence accrue et méthodique sur le terrain. En face, entre dérives xénophobes, propos haineux et dissensions internes graves - parfois à la limite de la rupture - l’opposition se déglingue, au point d’être réduite à sa portion congrue.
A la vérité, elle n’est plus, en l’état actuel des choses, en mesure de challenger sous quelque forme que ce soit, le RHDP dont le train a pris une avance considérable. Doit-il, pour autant, dormir sur les lauriers ? Assurément non ! Car, disons- le tout de go, c’est le danger qui guette le RHDP : être trop sûre de sa force et… tomber dans le triomphalisme béat ! C’est le piège à éviter certainement.
En politique, c’est connu, rien - absolument rien - n’est acquis définitivement. C’est pourquoi, le RHDP doit demeurer en éveil et continuer absolument à tisser sa toile à travers le pays. Cela passe par une animation régulière et coordonnée de ses structures : du sommet à la base sans exception. Le RHDP doit donc bouger de haut en bas dans une dynamique d’ensemble où le choc des ambitions ne prime pas sur l’intérieur du parti. Ce qui signifie implicitement que les cadres doivent taire leurs querelles intestines - comme on a encore pu le constater lors des législatives de 2025 - pour se vouer corps et âme au RHDP.
D’ailleurs, tous autant qu’ils sont, ils n’ont, à dire vrai, un avenir politique que dans un RHDP fort et conquérant. Il suffit de jeter un regard dans la maison du PDCI ou celle du PPA-CI pour s’en convaincre.
Par ailleurs, en marge des réunions, des meetings et des tournées, les cadres doivent cultiver davantage la proximité avec les militants dans leurs localités respectives. Comme le recommandent vivement le premier responsable de leur formation, le Président Alassane Ouattara. Etre à l’écoute, apporter une solution à leurs préoccupations et reconnaitre leur mérite, notamment les sacrifices consentis pour la conquête et la conservation du pouvoir d’Etat. Certains ont tout donné - leur temps, leur énergie, leurs biens - dans la lutte pour l’avènement du Président Alassane Ouattara à la magistrature. Parfois au péril de leur vie. Ne pas reconnaître cela, c’est envoyer un mauvais signal à ces hommes et ces femmes qui vouent une admiration sans bornes pour le champion des houphouëtistes : celui de la démobilisation totale. Des militants ont déjà pris leurs distances et ne sont plus à « mouiller » le maillot pour le RHDP. Il faudra trouver les voies et moyens pour réveiller en eux la flamme militante qui s’est éteinte. Un parti, pour demeurer davantage au sommet, a besoin de tous militants et non d’une partie.
Naturellement, le RHDP doit élargir sa base militante en boostant l’opération e-militant qui jusque-là n’a hélas pas encore atteint sa vitesse de croisière. Tout comme il doit tirer les leçons de ses échecs dans les zones qui lui résistent encore, notamment une partie du V baoulé. S’il faut une thérapie de choc pour briser le mur de glace, le RHDP ne doit pas tergiverser. A cela s’ajoute le renforcement de formation des militants qui doivent être imprégnés de la philosophie politique de leur parti. Leur rôle - pour beaucoup d’entre eux - ne doit pas se limiter qu’à remplir mécaniquement les chaises lors des meetings et autres rassemblements mais plutôt à porter dans en eux l’houphouëtisme si cher au Président Alassane Ouattara. Et aussi le parcours du RHDP, des grandes dates aux figures emblématiques.
Enfin, l’appareil du RHDP doit être passé en scanner. Pour relever les dysfonctionnements – il y en a forcément car aucune œuvre humaine n’est parfaite - et y remédier histoire de le rendre plus performant. Les victoires électorales sont une chose. La dynamique en est une autre. Si le RHDP veut rester là où il est aujourd’hui, il doit rester en éveil tout le temps. Se remettre en question sans cesse. Et se réinventer si nécessaire. Un petit rappel, pas du tout anodin. Le PDCI a régné sans partage sur ce pays pendant quatre décennies. Aujourd’hui, on sait tous où il en est… L’histoire, disait bien à propos Félix Houphouët-Boigny, est un témoignage.
Y. Sangaré
