Crise du taekwondo : Pourquoi le ministère ne peut plus reculer
Dans cette crise du taekwondo, la question n’est désormais plus seulement celle du différend entre dirigeants. Elle touche directement à l’autorité de la tutelle et à sa capacité à faire appliquer les décisions qu’elle prend. La note du 14 septembre 2026 constitue, à cet égard, un tournant. Après plusieurs mois d’hésitations et de démarches successives, le ministère des Sports a formellement demandé la reprise de l’AGO du 28 décembre 2025 et une révision des textes avant toute nouvelle échéance élective.
Revenir sur cette décision, sans élément nouveau clairement établi, pourrait donner le sentiment que l’autorité ministérielle n’est pas en mesure de faire respecter ses propres actes. À l’inverse, aller au bout de la démarche engagée permettrait de donner une cohérence à son intervention et de rassurer les différentes composantes de la famille du taekwondo.
Cette exigence de cohérence est d’autant plus importante que la tutelle a longtemps privilégié le dialogue avec l’équipe de Jean-Marc Yacé. Dans les premières phases de la crise, le ministère a maintenu les échanges avec la direction fédérale et lui a accordé une place importante dans les mécanismes envisagés pour contribuer au règlement du conflit.
C’est précisément là que se situe l’une des principales difficultés de la gestion de cette crise. Faire de Jean-Marc Yacé un acteur central d’un mécanisme de sortie de crise alors qu’il était lui-même l’une des parties directement concernées pouvait difficilement garantir, aux yeux de tous, une perception de neutralité. Cette situation pouvait donner le sentiment d’un « juge et partie », même si l’intention initiale était de favoriser le dialogue.
Les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes. Le conflit s’est prolongé, les positions se sont durcies et deux lectures opposées de la situation ont continué à s’exprimer. D’un côté, les soutiens de Yacé défendent la légitimité et la régularité des actes posés par son équipe. De l’autre, le COMSFIT réclame l’application des décisions de la tutelle et la reprise des processus statutaires.
Le ministère se retrouve donc aujourd’hui devant une responsabilité particulière. Celle de rétablir son image d’arbitre institutionnel en faisant respecter les décisions qu’il a lui-même prises. Cela ne signifie pas prendre parti pour un camp contre un autre. Il s’agit plutôt de créer un cadre dans lequel les mêmes règles s’appliquent à tous.
La crédibilité de la tutelle se mesurera ainsi à sa capacité à conduire le processus jusqu’à son terme, avec méthode, transparence et respect des textes. Le chronogramme demandé aux représentants de Yacé constitue une première étape concrète.
L’objectif final ne devrait être ni la victoire d’un groupe ni l’effacement d’un autre. Il devrait être la restauration d’un fonctionnement fédéral accepté par les différentes composantes, dans lequel les assemblées, les élections et les décisions sont organisées conformément aux textes.
Après des mois de tensions, le taekwondo ivoirien a surtout besoin de retrouver de la sérénité. Et cette sérénité passe nécessairement par une autorité de tutelle capable d’assumer ses décisions, de les expliquer et de les faire appliquer avec la même exigence à tous les acteurs.
OG


