Filière café-cacao : Les producteurs réclament un audit et interpellent le chef de l'État sur la gestion des 291 milliards FCFA

Filière café-cacao : Les producteurs réclament un audit et interpellent le chef de l'État sur la gestion des 291 milliards FCFA
À N'Douffoukankro, les organisations syndicales interpellent les autorités et exigent que toute la lumière soit faite sur les 291 milliards de FCFA (Ph DR)

« Nous voulons un audit des 291 milliards. » C'est le message central porté, jeudi 23 juillet 2026, par plusieurs organisations syndicales de la filière café-cacao réunies à N'Douffoukankro, à 317 km d'Abidjan. À l'initiative de la Coordination rurale de Côte d'Ivoire (CR-CI), les producteurs ont publiquement exigé que toute la lumière soit faite sur la gestion des 291 milliards de FCFA mobilisés pour le rachat des stocks de cacao invendus de la campagne principale. À travers cette mobilisation, les représentants des producteurs disent vouloir comprendre pourquoi une partie du cacao recensé dans le cadre de l'opération demeure encore dans les magasins, alors que les fonds destinés à son enlèvement auraient été débloqués. Les banderoles brandies par les manifestants résumaient leurs préoccupations : « À qui ont profité les 291 milliards de FCFA ? », « Nous voulons savoir pourquoi notre cacao inventorié n'a pas été enlevé », « Nous voulons un audit des 291 milliards » ou encore « Nous appelons le Président de la République au secours ». 

Selon les responsables syndicaux, l'État ivoirien a mobilisé 291 milliards de FCFA afin de permettre le rachat d'environ 123 000 tonnes de cacao restées invendues. Pourtant, affirment-ils, plusieurs coopératives détiennent encore des stocks inventoriés, faisant naître de nombreuses interrogations sur l'utilisation effective des ressources annoncées. Pour Léonard Éhora Yao, président de la Coordination rurale de Côte d'Ivoire, la situation est d'autant plus préoccupante que certains responsables de coopératives se sont endettés afin de soutenir les producteurs, convaincus que les stocks seraient rapidement enlevés.

« Les présidents de coopératives sont allés prendre crédit pour venir soulager les parents, parce qu'on leur a garanti que ce qu'ils ont mis dans l'inventaire, on viendrait le chercher », a-t-il expliqué. Mais plusieurs mois après, déplore-t-il, une partie du cacao reste toujours stockée.« L'argent qu'on nous a donné pour aller prendre le cacao, pourquoi aujourd'hui le cacao est encore là-bas ? C'est ça notre problème ! », s'est-il interrogé.

Face à cette situation, les organisations syndicales placent désormais l'audit au cœur de leurs revendications. Le président du Syndicat national des producteurs de café-cacao de Côte d'Ivoire, Albert Sidi Guéhi, estime qu'il est indispensable de clarifier la gestion des fonds.

« Monsieur le Président, nous demandons qu'il y ait un audit pour clarifier et situer les responsabilités », a-t-il lancé. Selon lui, cette démarche permettra de comprendre le circuit des fonds, d'identifier les éventuels dysfonctionnements et, le cas échéant, d'établir les responsabilités. Les producteurs demandent également qu'une solution rapide soit trouvée pour l'enlèvement des stocks encore entreposés, afin d'éviter que cette situation ne pénalise la prochaine campagne.

Pour El Hadj Yamara Bakayoko, président du Syndicat national des acteurs de la filière café-cacao, cette affaire met en évidence un problème plus profond.

« Chaque fois que les producteurs ont un problème, qu'on réagit, l'argent n'arrive pas à la source. Et ça, c'est un gros problème », a-t-il regretté. 

Les producteurs ont annoncé leur intention de saisir les institutions compétentes afin que leurs revendications soient examinées et que toute la lumière soit faite sur ce dossier.

 

Rahoul Sainfort