Blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme : Les chances de la Côte d’Ivoire de sortir de la liste grise du GAFI  

Blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme : Les chances de la Côte d’Ivoire de sortir de la liste grise du GAFI   
Les efforts de la Côte d’Ivoire pourraient améliorer la gouvernance économique et la transparence financière

La Côte d’Ivoire accueille ce mois-ci une mission d’évaluation sur place du Groupe d'Action Financière (GAFI) avant la plénière d’octobre 2026. Au cours de cette plénière, l’organisme intergouvernemental chargé d'élaborer et de promouvoir les normes internationales en matière de criminalité financière décidera du retrait ou non de la Côte d’Ivoire de la liste des juridictions sous surveillance renforcée où le pays figure depuis octobre 2024. Bien avant, la mission d’évaluation sur place vérifiera l’application effective et durable des réformes prises dans ce cadre. En effet, selon le dernier rapport d’évaluation du GAFI de 2023, la Côte d’Ivoire devait répondre à 14 exigences supplémentaires dans un délai de deux ans, dont « l’amélioration de la supervision basée sur l’analyse des risques » confiée aux organes communautaires comme la BCEAO, ainsi que « le renforcement des mesures correctives suite aux missions des autorités de contrôle. »

Faisant de la lutte contre la criminalité financière une priorité, le gouvernement ivoirien s’est résolument engagé à mettre en œuvre son plan d’action conformément aux exigences du GAFI, d’une part et à renforcer l’efficacité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) d’autre part. De ce fait, de nombreuses réformes aussi bien institutionnelles que réglementaires ont été opérées dans différents départements ministériels ainsi que dans certaines structures publiques.

Il s’agit, en premier, du renforcement du recours à la coopération internationale dans les enquêtes et poursuites pour blanchiment de capitaux et financement du terrorisme. La supervision fondée sur les risques des institutions financières et des entreprises et professions non financières désignées a été améliorée à travers les campagnes de sensibilisation pour rehausser le niveau de conformité. Les autorités ont, ensuite, réformé la vérification et l’accès aux informations de base et aux informations sur la propriété effective des personnes morales, avec un dispositif de sanctions en cas de manquement. A cet effet, l’utilisation du renseignement financier a été renforcée, tandis que la cellule de renseignement financier a intensifié la diffusion de ses analyses.

Par ailleurs, les capacités du Pôle pénal économique et financier, juridiction spécialisée en matière de délinquance économique et financière, chargée de la poursuite, de l’instruction et du jugement des infractions en matière économique et financière, ont été renforcées. Cette juridiction dispose, désormais, de nouveaux locaux (bureaux des magistrats, salles d'audience) ainsi que différents espaces aménagés pour le fonctionnement et pour recevoir les évaluateurs du GAFI.

Au titre de la réglementation, la Côte d’Ivoire a adopté l'ordonnance introduisant le blanchiment autonome. Une disposition qui offre une flexibilité juridique cruciale pour arrêter rapidement les réseaux de blanchiment d’argent, sans prouver l'infraction sous-jacente. En juin 2026, le procureur du Pôle pénal économique et financier ivoirien, Jean Claude Aboya a annoncé l'ouverture de plus de 1 067 dossiers de blanchiment de capitaux, dont plusieurs fondés sur le nouveau mécanisme de blanchiment autonome.

La mise en œuvre de ces réformes a permis à la Côte d’Ivoire d’apporter les réponses attendues aussi bien au niveau de la conformité technique avec les standards du GAFI que de l’efficacité dans leur mise en œuvre.  Lors de la 45ème Réunion plénière de la Commission technique du Groupe Intergouvernemental d'Action contre le Blanchiment d'Argent en Afrique de l'Ouest (GIABA) qui s’est tenu en juillet dernier, la Côte d’Ivoire a soumis son 3ème rapport de suivi, adopté par procédure écrite. Cela a porté à 39 sur 40, le nombre de recommandations du GAFI pour lesquelles le dispositif national de LBC/FT a atteint un niveau de conforme ou de largement conforme. Au-delà des exigences du GAFI, la Côte d’Ivoire a offert, récemment, un centre d’information, entièrement équipé, au GIABA en vue d’accompagner les efforts de l’organisation régionale dans la lutte contre la criminalité financière. Ce centre constitue un outil régional de renforcement des capacités, de recherche, de documentation et de communication au service des États membres francophones et lusophones de notre espace communautaire. Il servira à sensibiliser, former et encadrer toutes les parties prenantes à la lutte contre le blanchiment des capitaux.

La bonne nouvelle, c’est que le 19 juin 2026, dans une déclaration publique publiée à l’issue de sa réunion plénière à Paris, le GAFI a annoncé que la Côte d’Ivoire avait réalisé l’ensemble des actions prévues dans le plan adopté en octobre 2024 avant le délai fixé en septembre 2026. L’achèvement du plan d’action en seulement 18 mois constitue une performance notable et ouvre, ainsi, la voie à une possible sortie de la liste grise.

 

Sogona Sidibé