Dislocation du front commun : PDCI-PPA-CI qui a trahi qui ?

Dislocation du front commun : PDCI-PPA-CI qui a trahi qui ?
De nombreux observateurs avaient prévenu que l’alliance entre le PPA-CI et le PDCI n’était pas fondée sur des bases solides (Ph DR)

Signé le mercredi 16 juillet 2025, au siège du PDCI à Abidjan, le Front commun PDCI/PPA-CI, censé mettre la pression sur le pouvoir afin d’engager un dialogue politique pour un scrutin présidentiel inclusif et transparent, n’a pas produit les résultats escomptés. Très vite, cette alliance dite non idéologique a volé en éclats. Aujourd’hui, les langues se délient. Le Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (PPA-CI) accuse le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’avoir trahi. Tandis que le PDCI renvoie la charge à son allié. 

Selon le PPA-CI, la trahison du PDCI réside dans sa décision de participer aux élections législatives. À la veille du scrutin de décembre 2025, des rumeurs circulaient sur les réseaux sociaux affirmant que Michel Gbagbo, député sortant du PPA-CI, aurait déposé sa candidature. L’information fut rapidement démentie par plusieurs sources proches du parti de Laurent Gbagbo, qui avait décidé de boycotter les législatives, estimant que les conditions d’une élection « libre, transparente et crédible » n’étaient pas réunies.

« C’est des conneries. Michel Gbagbo n’a trahi personne et n’a pas déposé sa candidature », avait réagi un cadre du PPA-CI, dénonçant une « manipulation orchestrée ». En parlant de trahison, le camp Michel Gbagbo faisait allusion à Yohou Dia Houphouët Augustin, cadre du PDCI, qui avait fait acte de candidature. Celui-ci a été accusé d’avoir reçu près de 800 millions d’Adama Bictogo, cadre du RHDP et candidat dudit parti à Yopougon, pour légitimer sa victoire.

La réponse du PDCI ne s’est pas fait attendre. Dans une interview, Yohou Dia Houphouët Augustin s’est dit déçu de la position du PPA-CI. Le 30 août, lors d’un meeting au parking Vegas en présence de sa colistière N’Guessan Euphraisie, il a lancé une sévère mise en garde : « Je suis un homme politique. S’ils continuent leurs calomnies, je ne vais pas me laisser faire. J’ai été un membre très actif du front commun. Je vais faire des révélations. Par exemple, lors des législatives, notre stratégie était de présenter la candidature de nos frères en prison, espérant qu’après leur élection, ils soient libérés, comme ce fut le cas de Soumaïla Brédoumy. Contre toute attente, le PPA-CI nous a fait faux bond pour les cas de Blaise Lasm, Dahi Nestor et Damana Pickas. C’est de leur fait si ces noms sont encore en détention », a-t-il révélé.

Pour lui, il n’y a pas de doute. C’est le PPA-CI qui a trahi. D’autant plus que lors d’une interview accordée en France il y a quelques semaines, Yohou Dia Houphouët Augustin est revenu sur les engagements pris par les deux parties. « Après la présidentielle, nous avons convenu de mener la lutte à l’hémicycle.  Chaque parti devait partager l’information avec nos bases via des communiqués. Notre président a fait son communiqué. Celui du PPA-CI n’est jamais arrivé. Il y a eu un changement à leur niveau. Nous n’avons pas été informés comme il se devait. C’est sur les réseaux sociaux que l’information de la non-participation du PPA-CI aux législatives nous est parvenue. Pour nous, il y avait manifestement un manque de considération », a-t-il rappelé. 

En résumé, le principal point de rupture évoqué par Dia Houphouët concerne la stratégie adoptée après l’élection présidentielle de 2025. Les deux partis s’étaient engagés dans un combat commun autour de plusieurs revendications, notamment la situation de leurs dirigeants et la participation de l’opposition au processus électoral. Après le rejet des candidatures de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam par le Conseil constitutionnel, les responsables du Front commun avaient décidé de poursuivre leur action, notamment à l’Assemblée nationale.

Selon Dia Houphouët, l’idée était alors de présenter un front uni aux élections législatives afin de disposer d’un contre-pouvoir. « Il était important que nous fassions une annonce commune, d’une même voix, pour appeler tous les Ivoiriens à participer aux élections législatives », affirme-t-il.

Le PDCI-RDA annonce sa participation aux législatives après une décision prise par ses instances. Les responsables du parti attendaient ensuite la position du PPA-CI et surtout celle de Laurent Gbagbo.

C’est à ce moment que le malaise s’installe. Dia Houphouët reproche à ses partenaires de ne pas avoir informé en priorité les responsables du PDCI-RDA d’un changement d’orientation. « Le minimum de respect voudrait que vous soyez informé en priorité lorsqu’un changement intervient », estime-t-il.

On le voit, les deux partis se rejettent la responsabilité de la rupture de leur alliance.

Qui donc du PPA-CI ou du PDCI a trahi ? L’histoire nous situera.

Thiery Latt