Le combat qui vaut son pesant d'or

Le combat qui vaut son pesant d'or

8 500 sites clandestins détruits, 4 474 personnes interpellées, près d’un milliard de FCFA et 136 kilogrammes d’or saisis. Ces chiffres, présentés lors du dernier Conseil national de sécurité, montrent clairement la détermination des autorités à lutter contre l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire. Ils montrent aussi l’ampleur du problème et la difficulté de la tâche.

L’or attire. Mais lorsqu’il est exploité illégalement, il laisse derrière lui des terres abîmées, des rivières polluées, des villages en conflit et un État privé de ressources. L’orpaillage clandestin n’est pas seulement une question minière. C’est un danger pour l’environnement, la sécurité et le développement. Chaque site clandestin détruit des forêts, rend des terres agricoles inutilisables, pollue les cours d’eau avec des produits chimiques et défigure les paysages pour longtemps. Ce que l’on prend aujourd’hui au sous-sol, c’est l’avenir des enfants que l’on compromet.

À cette destruction écologique s’ajoute une menace sécuritaire. Là où l’orpaillage clandestin s’installe, la violence suit. Des réseaux criminels apparaissent, les armes circulent, les trafics se développent et l’autorité de l’État recule. Ces zones deviennent rapidement des foyers d’insécurité où la loi disparaît.

Le pays perd aussi sur le plan économique. L’or extrait clandestinement échappe aux circuits officiels. Il ne finance ni écoles, ni centres de santé, ni routes. Il enrichit des réseaux illégaux pendant que la collectivité perd des ressources essentielles pour son développement.

Face à cette menace, la fermeté de l’État est nécessaire. Les opérations de démantèlement doivent continuer avec la même énergie. C’est une question d’intérêt national. Mais croire que les forces de sécurité peuvent gagner seules cette bataille serait une erreur. C’est une guerre qui demande la participation de tous.

Les événements récents à Kouégo, dans le département de Séguéla, où des habitants ont résisté aux opérations contre les sites clandestins, doivent nous alerter. Quand une communauté protège une activité illégale au détriment de son environnement, c’est une responsabilité collective qui est en cause.

Il faut le dire clairement : sans la complicité, le silence ou l’acceptation de certains riverains, beaucoup de sites clandestins n’existeraient pas. Fermer les yeux parce que l’activité rapporte un peu d’argent, c’est accepter que demain le village perde ses terres cultivables, son eau potable et sa paix.

La lutte contre l’orpaillage clandestin ne se gagnera pas seulement avec des bulldozers, des arrestations ou des saisies. Elle se gagnera aussi dans les villages, avec les chefs traditionnels, les guides religieux, les élus locaux et les familles. Chacun doit expliquer que l’intérêt collectif est plus important que les gains rapides.

L’or est une richesse. Mais il doit profiter à toute la nation et non à des réseaux clandestins. Protéger nos ressources naturelles, préserver notre environnement et soutenir l’action de l’État sont des devoirs citoyens.

La vraie richesse d’un pays ne se mesure pas seulement à ce qu’il extrait de son sous-sol, ou aux arbres coupés dans les forêts, mais à ce qu’il préserve pour les générations futures. C’est pourquoi chacun doit s’engager dans cette lutte. Une nation se construit sur des ressources protégées, des institutions respectées et des citoyens responsables. C’est à cette condition que l’or profitera durablement à tous.

Faisons de la lutte contre l’orpaillage clandestin le combat de tous.

 

Charles Sanga