Secteur minier : Le GRAMCI dit non à l’orpaillage illégal
Le phénomène d’orpaillage illégal continue de meubler l’actualité en Côte d’Ivoire. La répression engagée par le gouvernement ivoirien bat son plein. Le Groupement des artisans miniers de Côte d’Ivoire (GRAMCI) n’est pas en reste. En effet, dans une déclaration rendue publique le vendredi 28 août 2026 à Abidjan, à travers son premier vice-président Eugène Malan, cette organisation a salué la fermeté de l'État contre l'orpaillage illégal, tout en plaidant pour une accélération de la formalisation de la petite mine. L'organisation se démarque en revanche de la proposition de moratoire évoquée dans le débat public.
Pour le GRAMCI, il n'existe pas un orpaillage, mais deux, qu'il convient de ne plus confondre. D’un côté l'orpaillage clandestin : une activité qui échappe à toute réglementation, détruit les ressources naturelles et alimente des circuits informels. Elle menace l'environnement, les terres agricoles, les ressources en eau, la sécurité des populations et, au bout de la chaîne, les intérêts économiques du pays.
De l'autre, l'orpaillage légal : une exploitation qui s'exerce dans un cadre autorisé, permet l'identification des opérateurs, favorise la traçabilité de la production et offre à l'État comme aux communautés la possibilité de bénéficier des retombées économiques de l'activité, y compris la réhabilitation des terres après exploitation. « Le GRAMCI est contre l'orpaillage clandestin », affirme l'organisation sans détour. Mais condamner la clandestinité ne revient pas, selon elle, à condamner l'orpaillage dans son ensemble. C'est de cette distinction que découle toute sa position.
Un bilan répressif salué
Le groupement s'appuie sur le bilan présenté lors de la réunion du Conseil national de sécurité du 23 juillet 2026. Entre 2021 et le premier semestre 2026, les opérations menées sur le territoire national ont permis le déguerpissement de plus de 8 500 sites d'orpaillage illégal. Elles ont également conduit au déferrement de 4 474 individus et à la saisie de plus de 960 millions de FCFA ainsi que d'environ 136 kilogrammes d'or.
Il y voit la marque d'une détermination des pouvoirs publics à mettre un terme à une activité qui prive la collectivité nationale d'une part importante de ses ressources. Il cite parmi les leviers déployés la création, en 2021, du Groupement spécial de lutte contre l'orpaillage illégal (GS-LOI), l'action de la Brigade de Répression des Infractions au Code minier (BRICM) et le renforcement des dispositifs de surveillance en juillet 2025, le ministère des Mines a doté les directions régionales et départementales des Mines et de la Géologie de 30 drones de dernière génération.
La formalisation déjà en marche
Sur le terrain, l'inflexion est engagée : plus de 800 autorisations d'exploitation artisanale et semi-industrielle ont été délivrées au cours des trois dernières années, soit davantage que durant toute la décennie précédente. Le GRAMCI met en avant trois bénéfices attendus de cette dynamique. D'abord la sécurisation des revenus des populations rurales — l'EMAPE étant, selon le Code minier en vigueur, réservée exclusivement aux Ivoiriennes et Ivoiriens, sa formalisation permet que la richesse créée demeure dans les territoires producteurs.
Ensuite la professionnalisation des acteurs, à travers la constitution de coopératives facilitant l'accès aux autorisations et au financement, la formation managériale, la sécurité des travailleurs et la traçabilité de l'or ; le secteur fait vivre, directement ou indirectement, près d'un demi-million de personnes. Enfin la protection de l'environnement : les sociétés légalement autorisées n'interviennent ni dans les forêts classées, ni dans les cours d'eau, ni dans les zones sacrées, et se soumettent aux études d'impact ààenvironnemental et social.
Un moratoire jugé contre-productif
Le GRAMCI, dans sa déclaration, ne partage pas la proposition de moratoire envisagée. L’expérience de la région de la Mé, où les entreprises minières avaient suspendu leurs activités en avril 2024, montre que la suspension des opérateurs légalement autorisés n’a pas suffi, à elle seule, à endiguer le phénomène, qui a continué de prendre de l’ampleur. Le groupement privilégie une approche fondée sur la responsabilité, le dialogue et l’application effective de la réglementation.
Plutôt qu'une nouvelle suspension qui pénaliserait les opérateurs en règle sans régler le problème de fond.
Le GRAMCI estime que la Côte d’Ivoire doit assumer une politique reposant sur une répression ferme, ciblée et continue de l’orpaillage clandestin et des réseaux qui le financent ; une accélération de la formalisation de l’orpaillage légal et responsable. Cette approche permettra de ne pas laisser un vide économique après le démantèlement des sites clandestins.
Anzoumana Cissé


