Hommage-Sidiki Bakaba salue la mémoire d’un ami : A toi, cher Georges T. Benson, toi que j’appelais « ÈÊFOU »
Sidiki Bakaba salue, à travers cette réflexion, la mémoire de l’icône de la télévision Georges Taï Benson et révèle une autre facette inconnue de l’illustre disparu : l’artiste.
Souviens-toi, mon frère, c’est en 1963 que l’on s’est rencontrés à Abidjan pour la 1ère fois. Nous faisons nos premiers pas dans cette école Nationale d'Art Dramatique, face à l'actuel Institut Français. Ecole initiée en 1958 par Jacqueline JaguRoche, épouse du gouverneur français de l’époque, une passionnée de Théâtre. Souviens-toi Georges, nous prenions ensemble des cours du soir, mis en place non seulement pour les futurs acteurs professionnels que nous deviendrions un jour, mais également pour les professionnels de l’oralité (gens de radio, avocats, etc.) Nous avions, toi et moi, des origines différentes : alors que tu étais citadin, un natif d’Abidjan, moi j’arrivais de mon Indénié natal. Ce qui nous rapprochait c’était la passion théâtrale. Ta mémoire légendaire n’a jamais oublié, j’en suis sûr, nos exigeants cours de diction, synonyme de courtoisie de l’acteur. C’était l’un des préceptes de l’Ecole : on nous faisait la voix de grands acteurs de la Comédie Française sur disques Vinyls (Gérard Philippe, Jean Vilar, Maria Casares, Robert Hirsh) Tu me disais toujours : on peut faire autant qu'eux et même mieux ! Sacré farceur va !
Toujours soucieux de mettre en pratique notre art, nous proposions de nombreux extraits de pièces du théâtre classique Français à la Télévision Nationale, chaîne unique en noir et blanc à l’époque, qui émettait de 19h à 22h. En bénévoles passionnés, nous jouions pour la beauté du geste. Je me souviens encore de notre première grande représentation de la pièce « Un nommé Judas » de Pierre Bost à l'Hôtel de Ville du Plateau. Tu y incarnais le rôle de Judas avec à tes côtés la splendide Danielle Boni dans le rôle de Léa. Tu n'avais pas encore 20 ans, et tu assurais de façon magistrale ce personnage mythique. Et puis un jour, le Destin t’a choisi : un instructeur français, qui formait les jeunes cadres à la Radio, a remarqué ton talent. Peu temps après, tu as été arraché à notre École nationale d’Art dramatique pour aller en formation à OCORA Radio France. Deux ans plus tard, tu revenais transformé en homme de télévision exceptionnel. Entre temps, Bienvenu Néba, Atawa (qui vient de nous quitter récemment), tant d’autres acteurs et moi-même avons assisté à la naissance de la nouvelle maison de la RTI, à Cocody. Maison que nous avons inaugurée avec la pièce "La Création du Monde " de Bohumil Holas. C’est alors que tu es devenu l’incontournable vedette de cette prestigieuse maison, faisant preuve d’une polyvalence prodigieuse : animateur de divertissements, journaliste sportif, présentateur de journal. Dans notre lien spécifique, cher Georges, arrive 1987 : date du tournage de mon premier film « Les Guérisseurs ». Le budget étant conséquent, cela nécessitait une tête d’affiche dans la distribution. J’ai immédiatement pensé à toi. Les producteurs Alain Deupardieu et Ayala Bakaba ont tout de suite approuvé ; une distribution enrichie d’autres noms populaires, tels que Pierre-Lou Rajo, Nayanka Bell, Alpha Blondy, Salif keïta, Mori Traoré... Sélectionné au Hollywood Film Festival, le film a été accueilli avec enthousiasme par le journal Variety et la grande critique Deborah Young qui a salué ton interprétation. Il y a peu, nous échangions encore toi et moi, tu étais heureux d’apprendre que j’étais en discussion avec le ministère de la culture de CI qui disait son attachement à la restauration de ce film patrimoine. Ensemble, nous rêvions de nous retrouver autour d’une projection officielle … nous nous étions laisses aller à rêver de remonter en scène en duo, tu m'avais promis de relever ce défi... Mais "ÉÉFOU" c'est au Paradis, très sûrement, que tu joues ton nouveau rôle.
Repose en paix, mon éternel ami, magnifique Artiste.
Toutes mes sincères condoléances à ta famille éplorée.
Sidiki Bakaba


