Ma Muse : Agir fortement pour les femmes et les filles

Ma Muse : Agir fortement pour les femmes et les filles

Samedi dernier, les femmes étaient à l'honneur au rond-point de la mairie d'Abobo. Entre chants et danses, elles ont été magnifiées dans la ferveur totale. Cette cérémonie marquait la célébration officielle de la Journée internationale des droits de la femme instituée par les Nations depuis 1979 et commémorée chaque 8 mars. Et elle s'est déroulée dans une ambiance bon enfant sous l’égide de la Première Dame, Mme Dominique Ouattara, et en présence d'une kyrielle de personnalités dont naturellement la présidente du Sénat qui est aussi la maire de cette commune.

Lundi 9 mars, l'administration publique, notamment des ministères et des entreprises d'Etat ou du privé, étaient également au parfum de la JIF. Avec les femmes en uniforme, des présents et mots gentils...Le tout dans une atmosphère conviviale.

En Côte d'Ivoire, comme dans de nombreux pays, la JIF ne passe plus inaperçue depuis quelques années. Elle reste un moment privilégié pour honorer la gent féminine et la porter au pinacle. Ce qui, en somme, est une bonne chose. Car, les femmes méritent beaucoup d'égards dans notre société au regard du rôle essentiel qu'elles y jouent, que ce soit en milieu rural ou dans un univers urbanisé.

Mais, il ne faut pas que le combat pour la protection et le respect des droits de la femme se limite aux réjouissances du 8 mars. Derrière les sourires affichés ce jour-là, tout n’est pas rose. C’est vrai, les femmes ont obtenu beaucoup d’acquis, durant ces quinze dernières années, sous le leadership du Président Ouattara. Comme par exemple une loi qui impose désormais un quota de 30 % de femmes sur les listes de candidats aux élections législatives et locales ; l’adoption d’un nouveau code du mariage (loi n° 2019-570 du 26 juin 2019) qui consacre l’égalité entre l’homme et la femme dans la gestion du ménage et protège les droits successoraux des femmes et leur statut ; l’interdiction du mariage des mineurs ; le renforcement de la protection de la femme enceinte au travail par l’ordonnance n° 2021-902 du 22 décembre 2021 ; la loi n° 2021-894 du 21 décembre 2021 relative aux mesures de protection des victimes de violences domestiques, de viol et de violences sexuelles autres que domestiques… Sans oublier les innombrables initiatives pour l’autonomisation des femmes ; l’augmentation de l’effectif féminin des Forces armées de Côte d’Ivoire qui est passé de 300 en 2016 à 600 en 2024 ; et aussi de la proportion de femmes dans le gouvernement qui a grimpé de 7,69% en 2011 à 18,18% en 2024 avant de descendre à 17,64% avec le dernier remaniement ministériel de janvier 2026. Toutefois, cette embellie est entachée par une recrudescence des violences basées sur le genre (VBG).

Ainsi, 10 546 cas ont été signalés en 2025 contre 9607 en 2024. Même si le dispositif de lutte contre les VBG et celui de la prise en charge des victimes ont été améliorés, les femmes sont malheureusement de plus en plus violentées, avec à la clé parfois des féminicides. Ce qui est, somme toute, inadmissible. D’où la nécessité d’agir fortement et efficacement pour les femmes et les filles en appuyant sur deux leviers majeurs : intensifier la sensibilisation avec une vulgarisation accrue de la ligne verte (1308) - qui n’est pas assez connue du grand public -  pour signaler les violences et surtout renforcer la répression contre ceux qui violent les femmes. Déjà, le code pénal réprime sévèrement les mutilations génitales féminines (jusqu'à 20 ans de prison) et les cas de meurtres font l'objet de poursuites judiciaires systématiques. Cependant, dans beaucoup de cas, les pesanteurs sociales obligent les femmes à se claquemurer dans le silence. Préférant « encaisser » et souffrir dans leur corps. C’est pourquoi, la célébration du 8 mars ne doit pas faire perdre de vue l’essentiel : maintenir constamment la pression sur le terrain afin de juguler au maximum ce fléau. « Le combat pour les droits des femmes est quotidien et universel » fait remarquer, à juste raison,  Nadine Morano, femme politique française et députée européenne. 

Y. Sangaré