Portrait – Taekwondo : Cissé Cheick, le champion olympique qui convoite le fauteuil présidentiel
Champion olympique à Rio en 2016, champion du monde en 2023 et médaillé de bronze aux Jeux de Paris 2024, Cissé Cheick Sallah Junior ouvre un nouveau chapitre de son parcours en briguant la présidence de la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD). Officialisée le 11 octobre 2026 au Centre sportif, culturel et des TIC ivoiro-coréen Alassane Ouattara (CSCTICAO), sa candidature intervient dans un contexte de crise institutionnelle et de contestation de la gouvernance fédérale. À 33 ans, il entend mettre son expérience sportive, sa formation et ses relations internationales au service de la discipline.
Le 20 août 2016, à Rio de Janeiro, au Brésil, le taekwondoïste bat le Britannique Lutalo Muhammad dans les dernières secondes de la finale des moins de 80 kg. À 22 ans, il offre à la Côte d’Ivoire sa première médaille d’or olympique. Né le 19 septembre 1993 à Bouaké, il découvre le taekwondo dans sa ville natale et gravit progressivement les échelons du circuit international.
Son palmarès s’enrichit de deux médailles d’or aux Jeux africains, en 2015 et 2019, et de plusieurs titres continentaux. En 2023, à Bakou, il devient champion du monde des plus de 87 kg en battant le Mexicain Carlos Sansores. Aux Jeux de Paris 2024, il décroche le bronze et porte le drapeau ivoirien lors de la cérémonie d’ouverture. Désigné meilleur athlète africain de 2016 par l’ACNOA et élevé au rang d’officier de l’Ordre national de Côte d’Ivoire, il compte parmi les figures majeures du sport national.
Un profil sportif et universitaire
Au-delà de ses performances, Cissé Cheick a poursuivi sa formation en éducation physique et sportive et en management. Diplômé de l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS), il possède une formation en administration des affaires et deux MBA, en management international et en stratégie de développement des entreprises. Son Prix national d’excellence 2023 du meilleur athlète complète ce parcours.
Ces qualifications constituent un élément de son profil pour la présidence fédérale, dont les responsabilités couvrent la gestion administrative et financière, la planification et la mobilisation des acteurs. Polozo a également présidé la Commission des athlètes de World Taekwondo et siégé au Conseil de l’instance mondiale. Candidat à la Commission des athlètes du Comité international olympique lors des Jeux de Paris 2024, il a participé aux échanges internationaux sur la place des athlètes et le développement de la discipline.
Cette expérience pourrait faciliter les relations de la FITKD avec les instances internationales et la recherche de partenariats.
La jeunesse et la formation comme axes d’action
À travers sa fondation éponyme, le champion intervient dans la détection des talents, la transmission des connaissances et l’accompagnement des jeunes pratiquants. En janvier 2025, des camps d’entraînement organisés à Bouaké et à Abidjan ont réuni chacun plus de 400 jeunes taekwondoïstes autour du perfectionnement technique, de l’apprentissage tactique, de la maîtrise du combat et la transmission des valeurs de discipline et de persévérance.
La fondation a également conclu un partenariat avec la Korea Taekwondo Association. Celui-ci prévoit l’équipement de clubs et de centres d’entraînement, l’organisation de camps techniques avec des experts coréens et des échanges avec l’équipe nationale de Corée du Sud.
Cissé Cheick est par ailleurs engagé dans des initiatives internationales en qualité d’ambassadeur, notamment dans les domaines de la sécurité routière, avec l’ONU, et des droits humains, avec la Déclaration des droits de l’humanité (DDHU).
Ces activités prolongent son engagement auprès de la jeunesse pour laquelle son parcours demeure un exemple de réussite sportive, de persévérance et d’ouverture sur le monde.
Une fédération à reconstruire
La candidature de Cissé Cheick intervient alors que la FITKD traverse une crise institutionnelle. Le différend s’est notamment cristallisé autour de l’Assemblée générale ordinaire du 28 décembre 2025, contestée par des membres statutaires. Le COMSFIT, collectif opposé à la direction actuelle, a dénoncé plusieurs irrégularités présumées, notamment des délais de convocation non respectés, des documents manquants, une transmission partielle des projets de modification des textes et l’adoption de décisions par acclamation plutôt que par un vote formel.
Après des démarches auprès des autorités sportives et des échanges avec les instances internationales, le ministère chargé des Sports a demandé, dans une note du 14 septembre 2026, la reprise de l’assemblée générale relative à l’exercice 2024, la révision des textes fédéraux et la mise en place d’un processus électoral inclusif et transparent. La tutelle a également appelé au rétablissement d’un climat de confiance. Le 7 octobre, une rencontre tripartite réunissant le ministère, la Fédération et le COMSFIT a permis de réexaminer ces exigences.
Pour le candidat, les enjeux sont donc autant administratifs que sportifs. La transparence de la gestion, le respect des textes et le rassemblement des acteurs figurent parmi les questions auxquelles son projet devra apporter des réponses concrètes. Sa notoriété et son réseau international constituent des ressources potentielles, sans préjuger de leur traduction en résultats.
Dans les pas des bâtisseurs
En convoitant le fauteuil présidentiel, Cissé Cheick s’inscrit dans l’histoire d’une discipline construite par plusieurs générations de dirigeants et de pratiquants. Me Gaston Ouassenan Koné, figure fondatrice du taekwondo ivoirien, et Me Bamba Cheick Daniel, associé au développement du projet olympique et à la construction du CSCTICAO, ont contribué à structurer cet héritage.
Le projet olympique a accompagné l’émergence de médaillés ivoiriens aux Jeux. Cissé Cheick a remporté l’or à Rio en 2016 et le bronze à Paris en 2024, tandis que Ruth Gbagbi a décroché deux médailles de bronze, à Rio en 2016 et à Tokyo en 2020.
À 33 ans, Cissé Cheick veut désormais mettre son expérience au service de la gestion fédérale. Son parcours sportif, ses qualifications universitaires, ses responsabilités internationales et ses initiatives en faveur des jeunes constituent les principaux éléments de sa candidature. Le contenu de son programme, son financement et les mécanismes de gouvernance proposés seront déterminants pour apprécier sa capacité à répondre aux attentes de la discipline.
Après les combats pour les médailles, le champion ouvre une nouvelle séquence de sa carrière, avec l’ambition de participer à la restauration du taekwondo ivoirien. La portée de cette transition se mesurera à sa capacité à rassembler les acteurs et à transformer ses engagements en résultats concrets pour les clubs, les athlètes et les générations montantes.
OUATTARA Gaoussou


