Sur une col : Leadership spectral  

Sur une col : Leadership spectral   

Le PDCI traverse peut-être l’une des périodes les plus burlesques de son histoire. Le parti fondé par Félix Houphouët-Boigny, longtemps pilier de la politique ivoirienne, est désormais dirigé par un homme qui semble avoir inventé un concept inédit : le leadership spectral. C’est-à-dire, le commandement par carence. 

Tidjane Thiam, puisque c’est de lui qu’il s’agit, donne ouvertement l’impression d’un président-fantôme.  Il dirige le PDCI ? Parait-il. Il décide de la marche du vieux parti ? Il semblerait.  Toujours est-il que sur le terrain politique ivoirien, sa présence revêt une acception pour le moins antinomique : l’absence ! On ne le voit nulle part. Sa si grande silhouette qui était réapparue aux Ivoiriens un beau matin de juillet 2022 après un exil de près d’un quart de siècle en Europe, n’est plus visible sur aucun des 322.000 kilomètres-carrés que compte le territoire national.

Pour un homme censé porter son parti au pouvoir, c’est une grosse performance. Car pendant qu’il brille par sa distance, les militants du PDCI, eux, affrontent la réalité brutale de la politique : réunions difficiles, batailles locales, rivalités internes et perte drastique d’influence. Un combat quotidien qui exige pourtant un leader solide, présent et combatif.

Au lieu de cela, ils  regardent, la mort dans l’âme, un président qui gère leur parti comme un dossier secondaire dans une carrière internationale, qui elle-même ne relève plus que d’un souvenir obscurci par le brouillard d’une gestion décriée.

Le contraste est donc cruel. Pendant que le PDCI cherche son rythme, le RHDP avance méthodiquement sous la direction du Président Alassane Ouattara. Implantation territoriale, stratégie électorale, contrôle de l’appareil politique : la machine de l’Houphouëtisme bon grain tourne sans relâche.

Il y a quelque chose de presque tragique dans cette situation. Car après la disparition d’Henri Konan Bédié, beaucoup espéraient que la vieille maison de Cocody amorcerait une nouvelle dynamique, avec une stratégie offensive.

Rien de tout cela.

Le chef ayant pris ses jambes à son cou dès les premières difficultés, et refusant surtout de revenir sur ses pas malgré les appels incessants de ses partisans, le parti ressemble aujourd’hui à un bateau ivre sans capitaine. 

Car en politique, un chef absent n’est pas seulement un problème de style. C’est une faute stratégique. L’absence crée le doute, nourrit les rivalités internes et affaiblit l’autorité du leader. Vous avez dit autorité ? En a-t-il vraiment aujourd’hui, lui qui apparait comme un chef pas suffisamment courageux pour affronter les difficultés inhérentes à l’ambition qu’il caresse ? 

Plus les semaines passent, plus la question devient brutale : le PDCI est-il dirigé… ou simplement abandonné à lui-même ?

Et en politique, les partis ne meurent pas toujours dans un fracas spectaculaire.

Parfois, ils disparaissent simplement dans le silence laissé par l’absence de leur chef.

KORE EMMANUEL