CAN 2025 – Décision du Jury d’Appel de la CAF : Ce que disent les articles 82 et 84 du règlement de la compétition
Soixante jours après une finale déjà entrée dans la légende pour sa tension et ses controverses, la Confédération africaine de football (CAF) a fait basculer le destin de la CAN 2025. Le 17 mars, son Jury d’Appel a tranché : le Sénégal, vainqueur 1-0 sur le terrain, est déclaré forfait. Le Maroc est officiellement sacré champion d’Afrique sur le score réglementaire de 3-0. Une onde de choc, mais une décision juridiquement blindée.
Saisie par la Fédération royale marocaine de football (FRMF), l’instance d’appel a annulé la décision initiale du Jury Disciplinaire et déclaré l’appel marocain recevable et fondé. Elle a établi que la Fédération sénégalaise de football (FSF) avait violé l’article 82 du règlement, entraînant automatiquement l’application de l’article 84. Le Maroc, cinquante ans après son premier sacre, décroche ainsi un titre arraché dans les prétoires.
Une finale sous haute tension
Pour comprendre la sévérité de la décision, il faut revenir sur la finale du 17 janvier 2026, à Rabat, l’une des plus tendues de l’histoire récente de la compétition. Le match bascule dans la confusion à partir de la 90e minute. Le Sénégal pense ouvrir le score, mais l’arbitre avait sifflé avant que le ballon ne franchisse la ligne. Le but est logiquement refusé, dans le respect du protocole. Quelques instants plus tard, un penalty est accordé au Maroc, déclenchant une contestation véhémente du camp adverse.
Dans ce climat électrique, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw ordonne à ses joueurs de quitter la pelouse. Ils resteront douze minutes dans le tunnel avant d’être rappelés par Sadio Mané. Dans les tribunes, la tension dégénère. Des supporters sénégalais commettent des actes de violence, certains seront arrêtés et condamnés par les autorités marocaines dans les semaines suivantes. Des images qui ont choqué le continent et considérablement alourdi le dossier disciplinaire de la FSF.
Les articles 82 et 84, le couperet réglementaire
La décision du Jury d’Appel repose sur deux articles du règlement de la CAN 2025, dont la formulation ne laisse aucune place à l’interprétation. L’article 82 constitue la base de l’infraction constatée : « Si, pour n’importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, ou refuse de jouer, ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours. »
L’article 84 vient sceller le sort de la rencontre en fixant la sanction automatique : « L’équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclue de la compétition. Elle perd le match 3-0. Si l’équipe adverse menait par un score plus avantageux au moment de l’arrêt du match, le score sera maintenu. »
Ces deux textes, utilisés conjointement, ont servi de fondement à la disqualification du Sénégal. Ils ne distinguent ni l’intention, ni le contexte, ni la nature de la contestation. Ils ne prévoient aucune exception liée à la tension d’un match ou à une erreur arbitrale supposée. Le Jury d’Appel a considéré que le Sénégal, en quittant la pelouse pendant douze minutes sur instruction du sélectionneur, avait objectivement violé l’article 82. Peu importe que les joueurs soient revenus, peu importe que l’arbitre ait décidé de reprendre le jeu, l’infraction était consommée.
La subtilité juridique réside ici dans l’étanchéité des deux registres. L’arbitre gère le jeu, la CAF gère la discipline. La décision de l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala de terminer la partie après le retour des joueurs sénégalais ne saurait neutraliser une violation réglementaire préalablement consommée. Ce sont deux sphères autonomes. Ces deux articles tel l’hansart de garde de Dornogal ont servi à trancher la tête du Sénégal.
Un signal fort pour la gouvernance du football africain
La décision du Jury d’Appel est sans ambiguïté. Elle annule la décision antérieure du Jury Disciplinaire, déclare recevable et fondé l’appel de la FRMF, et établit que la FSF a enfreint l’article 82. À Rabat, la Fédération royale a salué le triomphe du droit et de la rigueur institutionnelle. À Dakar, la FSF a dénoncé une décision « incompréhensible » et annoncé qu’elle étudierait toutes les voies de recours disponibles, à commencer par le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne. Elle dispose d’un délai de 21 jours pour saisir l’instance suisse.
Pour espérer renverser la sentence, la FSF devra démontrer une erreur manifeste de droit ou une atteinte aux droits de la défense. Un seuil élevé, mais pas inaccessible. Au-delà de la polémique, la CAF envoie un message clair et démontre que le règlement prime sur l’émotion, la dramaturgie ou les circonstances. Dans un continent où les décisions disciplinaires ont parfois souffert d’ambiguïtés, l’instance a choisi la fermeté absolue.
Quant au Maroc, il devient champion d’Afrique pour la deuxième fois de son histoire, et la première fois sur son propre sol. Un sacre arraché dans les arcades juridiques de la CAF, cinquante ans après le premier. Une consécration double, sportive et institutionnelle.
Cette décision doit d’ailleurs marquer le point de départ d’une nouvelle dynamique de gouvernance. En faisant primer la loi sur le fait accompli, la CAF rappelle que le football africain ne grandira qu’en se soumettant sans réserve à ses propres règles.
OUATTARA Gaoussou
