Le combat de trop !
Décidément, l’homme ne changera jamais. Après avoir laissé entendre qu’il souhaitait se mettre en retrait des projecteurs de la scène politique nationale pour, disait-il, se consacrer à lui-même et à sa famille, Laurent Gbagbo semble avoir jeté aux orties cette promesse. À moins que ce vrai-faux départ n’ait été qu’une stratégie sibylline, une mise en scène calculée pour poursuivre une carrière politique qui incarne désormais davantage le passé que l’avenir.
Qu’importe. Laurent Gbagbo reste fidèle à lui-même : dire une chose et faire son contraire. Sa retraite annoncée à ses partisans n’était qu’un mirage, un subterfuge destiné à masquer ses réelles intentions : continuer, coûte que coûte, la lutte politique. Car l’ancien chef d’État, aujourd’hui président du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), semble vouloir mourir sur l’échiquier politique, quitte à livrer le combat de trop.
C’est précisément ce qu’il s’apprête à mener avec sa formation. La semaine dernière, lors d’une cérémonie de présentation de vœux au sein du PPA-CI, Laurent Gbagbo, visiblement diminué par le poids de l’âge et la maladie, a réaffirmé sa volonté de réorganiser son appareil politique, de préparer un futur congrès, de se battre pour la libération de supposés prisonniers politiques – qui, en réalité, se sont rendus coupables d’actes criminels – et surtout de s’opposer au « quatrième mandat ». Mais entre les discours et la réalité du terrain, il y a un gouffre. Et sur le terrain, disons-le sans détour, le PPA-CI est à la dérive.
Depuis sa création en octobre 2021, sur fond de frustration et de revanche après l’échec de la tentative de récupération du FPI (Front populaire ivoirien), la greffe du PPA-CI n’a jamais véritablement pris dans le cœur des Ivoiriens. Le parti peine à exister : échec de l’opération d’adhésion des militants, absence d’assises solides, basculement des zones traditionnellement favorables (la Mé, le Cavally, le Guémon, l’Agnéby-Tiassa, les Grands-Ponts, etc.) dans l’escarcelle du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix). Les récentes élections législatives du 27 décembre, tout comme les municipales et régionales de 2023, en témoignent éloquemment.
Plus grave encore, le PPA-CI ne porte pas une philosophie fédératrice. Alors que le pays a profondément changé, que les Ivoiriens aspirent à la cohésion et au progrès, le parti de Gbagbo exhume les démons de l’ivoirité. Là où les citoyens veulent l’unité, il brandit la scène tribale et xénophobe. Là où les populations réclament le développement, il propose la violence, la sédition, voire l’insurrection. En somme, il rame à contre-courant de la marche du pays.
À cela s’ajoutent des clivages internes qui fragilisent considérablement le PPA-CI, ainsi qu’une fragmentation de la gauche ivoirienne qui a érodé le capital de sympathie de Laurent Gbagbo. Sa rupture non élégante avec son ex-épouse Simone Ehivet a accentué cette perte de crédibilité.
Disons-le franchement : l’ex-opposant historique – populiste jusqu’au bout des ongles – n’est plus la figure tutélaire de la gauche, le leader qui imposait par son charisme et sa popularité. Que peut donc faire Laurent Gbagbo, sans vision politique réelle, privé de son aura d’antan et affaibli physiquement, avec un PPA-CI en lambeaux ? Évidemment, pas grand-chose. D’autant qu’en face se dresse un RHDP surpuissant, qui incarne, sous le leadership affirmé du Président Ouattara, la renaissance glorieuse d’une Côte d’Ivoire jadis engluée dans les profondeurs abyssales de la décrépitude en 2011. Depuis bientôt quinze ans, ce parti a installé le pays sur les cimaises du progrès et apporte aux Ivoiriens ce dont ils ont le plus besoin : la paix et le développement.
Il est donc utopique de croire que Laurent Gbagbo et le PPA-CI puissent briser cette dynamique. Le parti au pouvoir tisse patiemment sa toile à travers le pays, consolidant ses acquis et renforçant son implantation. « La politique d’illusions est une politique fatale, elle conduit à la décadence », disait Émile de Girardin. Cette assertion s’applique parfaitement à la situation actuelle : Gbagbo s’accroche à une chimère, à une illusion de grandeur qui ne correspond plus à la réalité.
Manifestement, Laurent Gbagbo se lance avec « son » PPA-CI dans une bataille perdue d’avance. Le risque est grand de le voir sortir du giron politique par la petite porte, celle des oubliés de l’histoire. Car l’histoire, implacable, ne retient pas les combats inutiles ni les leaders qui s’entêtent à défier le cours du temps. Elle célèbre ceux qui savent se retirer avec dignité, et condamne ceux qui s’accrochent sans raison au pouvoir au point de livrer, un jour, le combat de trop.
Charles Sanga
