Contribution-Orpaillage clandestin : Il faut traquer les financiers et les soutiens

Dans cette contribution, le citoyen ivoirien Christian Loukou invite à traquer les financiers et soutiens des orpailleurs clandestins.

Contribution-Orpaillage clandestin : Il faut traquer les financiers et les soutiens

On parle beaucoup des orpailleurs clandestins. On montre les trous, les pelleteuses, les rivières couleur café au lait et les terres éventrées. Très bien.

Mais une question demeure : qui paie l’addition avant même que le chantier ne commence ? Parce qu’il faut arrêter de nous raconter que des centaines d’hommes débarquent dans un village avec des machines, du carburant, des motos, des moyens logistiques et parfois des protections diverses grâce à une miraculeuse tontine de quartier !

Derrière la pioche, il y a souvent un portefeuille. Derrière le portefeuille, un réseau. Et derrière certains réseaux, des soutiens suffisamment puissants pour que tout le monde voie… mais que curieusement personne ne regarde. Voilà le véritable scandale.

L’orpaillage clandestin n’est plus seulement une catastrophe écologique. Il devient, dans certaines zones, une bombe sociale, économique, démographique et sécuritaire.

Des localités voient leur population augmenter brutalement sous l'effet de l'arrivée massive de travailleurs attirés par l'or. Et quand une population augmente plus vite que les capacités d’une localité, tout craque : l’eau, l’électricité, les centres de santé, les écoles, les logements, l’assainissement et la sécurité.

Le village prévu pour mille habitants doit soudain fonctionner pour trois ou quatre mille personnes. Même Jésus a multiplié les pains. Il n’a jamais multiplié les dispensaires, les salles de classe et les transformateurs électriques en une nuit ! Mais il y a plus grave.

Ces mouvements incontrôlés de populations peuvent bouleverser profondément les équilibres sociaux des villages.  Les communautés locales peuvent se retrouver dépassées par une économie parallèle qui impose progressivement ses propres règles. Puis arrivent les compagnons habituels de l’argent facile : trafics, drogues, prostitution, violences et parfois circulation d’armes.

Bref, on commence par chercher de l’or et on finit par trouver tous les problèmes sauf le développement. Et c’est précisément ici que l’État doit changer de méthode.

Arrêter uniquement l’ouvrier qui descend dans le trou ne suffit pas. Il faut remonter du trou jusqu’au bureau climatisé.

Qui finance les machines ?

Qui fournit le carburant ?

Qui facilite l’accès aux terres ?

Qui protège les sites ?

Qui ferme les yeux ?

Qui récupère l’or ?

Qui organise les circuits financiers ?

 

Et surtout : qui, parmi les élus, responsables administratifs, opérateurs économiques ou autorités locales éventuellement impliqués, profite du système ?

Dans plusieurs régions, notamment la Marahoué, des accusations et soupçons circulent sur l’implication ou la protection dont bénéficieraient certains acteurs influents. Ces allégations doivent être sérieusement investiguées par les institutions compétentes

Car lorsqu’un élu ou une autorité censée défendre les populations se retrouve impliqué dans l’exploitation clandestine de leurs terres, nous ne sommes plus seulement devant une faute morale : nous sommes face à une possible trahison du mandat public.

La Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance, la justice, les forces de sécurité et les administrations compétentes doivent pouvoir regarder partout, y compris là où les dossiers deviennent politiquement inconfortables.

La bonne gouvernance qui s’arrête devant le portail des puissants devient simplement… de la décoration institutionnelle.

La Côte d’Ivoire doit donc passer à une autre étape : frapper la tête du système.

Identifier les financiers. Démanteler les réseaux.

Saisir les équipements et les avoirs issus des activités illégales lorsque la justice l'établit.

Enquêter sur les complicités administratives et politiques. Poursuivre les responsables, sans distinction de fonction, de fortune ou de proximité avec le pouvoir.

Parce qu’un pauvre garçon avec une pioche ne peut pas être l’unique visage d’une industrie clandestine qui brasse autant d’argent.

Il faut arrêter les petites mains, certes.

Mais surtout mettre les menottes aux gros portefeuilles lorsque leur responsabilité est établie.

Sinon, nous continuerons à boucher les trous pendant que ceux qui les financent en creuseront dix autres.

Et lorsque nos rivières seront mortes, nos terres agricoles détruites et certaines communautés profondément déstabilisées, l’or aura quitté le pays depuis longtemps.

Il ne nous restera alors que les trous.

Et les yeux pour pleurer dedans.

Christian Loukou, citoyen ivoirien