Gouvernance de la FITKD : La World Taekwondo alerte sur une clause « relativement restrictive »

Gouvernance de la FITKD : La World Taekwondo alerte sur une clause « relativement restrictive »
La fédération mondiale de taekwondo, dans une correspondance adressée aux parties prenantes de la crise, tire la sonnette d’alarme sur la clause d’éligibilité de 40 ans (Ph DR)

Dans une correspondance adressée aux parties prenantes ivoiriennes (Réf. WT DM 26-008, datée du 24 août), World Taekwondo (WT) a livré sa position sur la crise de gouvernance qui secoue la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD). Si l'instance mondiale refuse de trancher sur le fond, elle tire une alerte sans équivoque sur la clause d'âge minimum de 40 ans imposée aux candidats à la présidence, une disposition qui pourrait exclure une génération entière de dirigeants et d'athlètes, à commencer par le champion olympique Cheick Sallah Cissé.

 

Le courrier, signé du responsable juridique de WT, Corbin Min, remercie l'Union africaine de taekwondo (AFTU) et son représentant Prince Nwafuru pour le rapport d'enquête produit sur la situation ivoirienne. Mais l'instance est claire : il ne lui appartient pas de rejuger la validité des décisions de l'Assemblée générale de la FITKD, ni l'application de ses textes internes, ni la supervision financière. Ces questions relèvent, selon elle, du cadre national, où le ministère des Sports et le Comité national Olympique sont déjà mobilisés et mieux placés pour statuer. Un choix loin d'être inoffensif et bénin. La fédération internationale aurait pu rouvrir l'ensemble des griefs formulés contre la gouvernance fédérale ou prendre une mesure disciplinaire directe. Mais elle préfère s'en abstenir, tout en se réservant le droit d'intervenir si une décision nationale venait à engager directement ses propres règles.

 

40 ans, la clause d'âge qui inquiète la WT

C'est sur un point précis de l’éligibilité à la présidence de la FITKD que WT sort de sa réserve habituelle. L'Assemblée générale du 28 décembre 2025 a fixé l'âge minimum de 40 ans pour se présenter à sa présidence. Une clause que la grande famille du taekwondo trouve illogique dans un pays où il faut juste avoir 25 ans pour prétendre être député ou encore 35 ans pour se présenter à la présidence de la République. Cette disposition inquiète l'instance mondiale qui, tout en rappelant qu'elle-même ne prescrit aucune limite d'âge pour les postes de direction élus au sein de ses associations membres. En clair, la clause n’est donc pas formellement assimilée à une violation de ses règles. Toutefois, reconnaît la faitière mondiale du taekwondo, une telle barrière est jugée « relativement restrictive » et « pourrait limiter les opportunités pour les jeunes dirigeants et les athlètes fraîchement retraités de contribuer à la gouvernance du sport ». Et WT fait bien de le dire. Certes cette clause, sans le nommer explicitement, vise Cissé Cheick Sallah, premier et unique champion olympique de l'histoire du sport ivoirien. Ambitieux d’apporter à sa discipline ce qu’elle a fait de lui et engagé à ramener la Côte d’Ivoire à la place qui est la sienne, l’homme de Rio 2016, est aujourd’hui écarté du fait de cette disposition adoptée fin 2025. Le camp de Jean-Marc Yacé est formel : il faut verrouiller tout le processus électoral à venir, taillant les critères d'éligibilité à la mesure des adversaires les plus populaires et les plus légitimes. En verrouillant l'accès aux instances dirigeantes au moment même où d'anciens champions comme Cissé, ou encore la double médaillée olympique Ruth Gbagbi, aspirent à peser sur l'avenir de leur discipline, Yacé dont la gestion rythme au quotidien avec crise, risque de plonger le taekwondo ivoirien dans une voie sans issue, tant la question touche à la légitimité même du processus électoral. C’est en connaissance de cause que l’instance mondiale « encourage une réflexion sur cette question lors de la prochaine révision des règles de gouvernance de la FITKD ».

 

Yacé, une gestion qui rime avec crises

Élu en octobre 2021, et réélu en 2022 après une vague de contestations, Jean-Marc Yacé n'a jamais réussi à installer une gouvernance apaisée à la tête de la Fédération ivoirienne de taekwondo. Le 19 octobre 2024, 175 membres statutaires votent sa révocation en assemblée générale extraordinaire et confient une transition à Me Ali Diomandé. Il retrouve pourtant son fauteuil grâce à une médiation de l'AFTU menée sur instruction de World Taekwondo, laquelle avait déjà refusé, dès novembre 2024, de trancher entre les deux camps.

Ce retour n'a rien réglé. La fédération enchaîne les saisons sans championnat national, sans tenue d’assemblées générales, tandis que le volet financier vire au scandale avec des commissaires aux comptes dénonçant des dizaines de millions non justifiés, révocation de ces mêmes commissaires lors de l'assemblée générale du 28 décembre 2025, et découverte que l'auditeur chargé des comptes depuis 2024 ne figurerait pas au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables de Côte d'Ivoire. Un Collectif des membres statutaires réclame désormais un audit contradictoire sous supervision ministérielle.

C'est cette même assemblée du 28 décembre 2025 qui adopte la clause fixant à 40 ans l'âge minimum pour la présidence, une disposition jugée discriminatoire et exclusionniste, taillée pour écarter des candidats populaires.

 

Le silence coupable d'un ministère

Dans ce contexte, la responsabilité du ministère des Sports interpelle. Par sa passivité, il participe, qu'il le veuille ou non, à l'œuvre de démolition d'une discipline qui s'imposait, il y a peu encore, comme le fleuron du sport ivoirien. Pire, cette gouvernance chaotique menace désormais la relation de confiance construite avec l'un des partenaires historiques du pays, la Corée du Sud, qui a doté la Côte d'Ivoire d'un centre sportif et culturel de plusieurs milliards de francs CFA. La Coupe de l'Ambassadeur, symbole de cette coopération, n'aura même pas eu lieu cette année, la fédération sous Yacé étant loin d'incarner l'exemple d'intégrité attendu d'un partenaire crédible. World Taekwondo a choisi de ne pas arbitrer à la place de la Côte d'Ivoire, mais en questionnant publiquement la limite des 40 ans, elle trace une ligne claire. L'heure est désormais à la prise de responsabilité de l'État ivoirien, avant que la prochaine élection fédérale ne se joue, une fois de plus, dans les tribunaux et les communiqués plutôt que dans les urnes.

OUATTARA Gaoussou