Coupe du Monde 2026 - Équipe de Côte d'Ivoire : Comment Faé a choisi ses hommes  

Coupe du Monde 2026 - Équipe de Côte d'Ivoire : Comment Faé a choisi ses hommes   
Les absences de Martial Godo et Sébastien Haller suscitent de grandes interrogations sur le respect des critères édités par Emerse Fée sélection (PH DR)

Pour affronter les défis majeurs de la Coupe du Monde 2026 organisée conjointement par le Canada, les États-Unis et le Mexique, le sélectionneur ivoirien Emerse Faé a dévoilé une liste de 26 joueurs. Sur le papier, le technicien s'est appuyé sur des critères précis, maintes fois martelés lors de ses conférences de presse : la performance en club, la régularité, la continuité en sélection, la hiérarchie du groupe et l'expérience. Pourtant, à l'analyse minutieuse de cette convocation, l'observateur averti ne peut s'empêcher de déceler un flagrant deux poids, deux mesures dans l'application de ces règles supposées sacro-saintes.

 

Une hiérarchie respectée dans les buts et en défense

Au niveau de la cage, la logique sportive a globalement prévalu. Yahia Fofana s'est imposé comme le gardien du temple depuis l'ère Jean-Louis Gasset, conservant un statut de titulaire indéboulonnable grâce à sa constance. Toutefois, l'arrivée d'Alban Lafont vient bousculer la hiérarchie établie. L'ancien international espoir français, auteur d'une prestation majuscule face à l'Écosse en amical au mois de mars, est devenu le chouchou d'une large frange des supporters. Sa régularité avec le Panathinaïkos, où il est prêté par le FC Nantes, pourrait bien redistribuer les cartes lors de la préparation. Le troisième larron de cette liste est Mohamed Koné (Charleroi SC). Si de nombreux observateurs espéraient voir Ira Tapé, étincelant au TS Galaxy en Afrique du Sud, ou encore le portier de l'ASEC Mimosas, c'est bien Koné qui a bénéficié de sa continuité et de son vécu au sein du groupe de Faé.

Le secteur défensif s'inscrit dans cette même veine de cohérence. Emerse Faé a fait appel aux meilleurs du moment. Autour de l'incontestable patron de l'arrière-garde Evan Ndicka, on retrouve des éléments dont la performance et la régularité en club ne souffrent d'aucune contestation : Odilon Kossounou, Emmanuel Agbadou et Ousmane Diomandé. Sur les flancs, Guéla Doué et Wilfried Singo, ce dernier étant auréolé de son titre de champion de Turquie avec Galatasaray, représentent ce qui se fait de mieux à droite. À gauche, l'éviction de Christopher Operi fait le bonheur de Clément Akpa, qui devient la doublure idéale du titulaire indiscutable, Ghislain Konan.

 

 

Le deux poids, deux mesures du milieu

C'est dans l'entrejeu que les principes édictés par le sélectionneur commencent à se fissurer, laissant place à un traitement à géométrie variable. Certes, les trois piliers du milieu que sont le capitaine Frank Kessié, Ibrahim Sangaré et Christ Inaho sont incontournables. De même, la présence de Parfait Guiagon vient justement récompenser ses belles prestations en sélection à chaque fois qu'on a fait appel à lui. Mais les cas de Seko Fofana et Jean Michaël Seri posent question.

Seko Fofana, décrié depuis plusieurs mois pour ses baisses de régime, doit sa place à son statut plus qu'à sa dynamique intrinsèque, même si son titre de champion avec le FC Porto lui offre un précieux sauf-conduit. La véritable rupture de la logique du mérite concerne cependant Jean Michaël Seri. Du haut de ses 34 ans, le milieu de terrain du NK Maribor bénéficie d'une convocation qui relève davantage du choix sentimental et affectif que du strict critère sportif. Comment justifier sa présence au détriment de profils performants, affamés et réguliers comme Lazare Amani, Ismaël Doucouré ou encore Mohamed Diomandé ? Ce favoritisme inavoué expose Emerse Faé à ses propres contradictions.

 

 

L'attaque et l’incompréhension du cas Martial Godo

Le bastion offensif cristallise définitivement le problème du double standard instauré par le sélectionneur. Si les absences de Sébastien Haller et de Martial Godo surprennent, celle du Strasbourgeois frise l'injustice. Auteur d'un match abouti le week-end précédant l'annonce, ponctué par un but plein d'audace en Ligue 1, Godo affichait la forme étincelante et la dynamique que Faé exige théoriquement de ses hommes. L'ignorer, tout en maintenant Oumar Diakité dans le groupe malgré une période moins faste, montre à quel point Faé a de plus en plus de mal à convaincre sur ses choix. Le cas Godo est l'exemple parfait d'une règle de la "performance du moment" qui s'applique aux uns mais pas aux autres.

Le reste de l'attaque mêle retours en force et paris d'avenir. Snobé lors de la CAN 2025 au Maroc, Simon Adingra a su forcer son destin en signant à Monaco, devenant rapidement l'un des meilleurs ailiers de son championnat. Ange Yoan Bonny, pourtant confiné à un rôle de remplaçant à l'Inter Milan, a reçu la confiance absolue du technicien pour cette grand-messe mondiale. Elye Wahi, qui a finalement opté pour le maillot orange-blanc-vert après avoir vu ses ambitions avec les Bleus s'éloigner, fait office de numéro 9 nominal essentiel pour la quête du second tour.

Sur les ailes, Amad Diallo et Yan Diomandé sont légitimement présents. Si Diallo a connu une légère baisse de régime, ses dernières sorties plaident en sa faveur. Yan Diomandé, quant à lui, aborde son premier Mondial avec la stature d'un titulaire en puissance, fort de ses prestations majuscules au RB Leipzig. Enfin, Bazoumana Touré figure logiquement dans la liste en tant qu'attaquant parmi les plus adroits et efficaces du championnat allemand, tandis que Nicolas Pépé effectue un retour en grâce remarqué, après avoir été injustement écarté de la dernière CAN.

 

Une liste entre mérite et zones d'ombre

En définitive, si Emerse Faé a globalement réuni un groupe talentueux et capable de rivaliser au plus haut niveau, la méthode laisse à désirer. Le discours prônant une sélection dictée par la seule forme du moment est largement fragilisé par des passe-droits évidents. Des joueurs comme Martial Godo, et dans une certaine mesure Sébastien Haller, auraient amplement mérité de figurer dans la liste principale plutôt que d'être écartés sur l'autel de choix subjectifs.

Avant d'entamer leur aventure américaine le 14 juin contre l'Équateur, les Éléphants auront l'occasion de se jauger, et peut-être de dissiper ces quelques doutes, lors d'un match amical de prestige prévu le 4 juin à Nantes face à l'Équipe de France.

 

OUATTARA Gaoussou