Cacao ivoirien : La contrebande vers la Guinée reprend de plus belle
Le cacao ivoirien traverse à nouveau les frontières clandestinement. Après une accalmie liée à la baisse des cours mondiaux et au prix garanti en Côte d’Ivoire, le trafic vers la Guinée et le Liberia semble reprendre de l’ampleur, porté par l’écart de prix entre les deux marchés. Un phénomène qui inquiète les acteurs de la filière et fait peser de lourdes pertes sur l’économie ivoirienne.
Premier producteur et exportateur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire fait face depuis plusieurs années à une recrudescence de la contrebande de ses fèves vers les pays voisins. Le phénomène s’est accentué avec la forte hausse des cours internationaux, consécutive notamment à la baisse de la production en Côte d’Ivoire et au Ghana, les deux principaux producteurs mondiaux.
La Guinée constitue aujourd’hui l’une des principales destinations de ces flux. Selon les données citées de l’International Cocoa Organization (ICCO) et de l’industrie cacaoyère, le pays, dont la production annuelle est estimée entre 20 000 et 25 000 tonnes, aurait exporté plus de 120 000 tonnes de fèves en 2023/2024 et 2024/2025, contre environ 50 000 tonnes en 2022/2023. Un écart qui alimente les soupçons sur l’importance du cacao provenant de pays voisins, notamment de la Côte d’Ivoire.
Au cœur de ce trafic présumé se trouve N’Zérékoré, importante ville de la Guinée forestière, située à environ 80 km de Danané, en territoire ivoirien. Du côté ivoirien, Danané et Sipilou constituent des zones particulièrement exposées à la sortie clandestine des fèves. Des centaines de pistes secondaires permettraient de contourner les points officiels de passage et d’acheminer le cacao vers des magasins de stockage installés ces dernières années à N’Zérékoré.
La hausse des prix internationaux contribue à relancer cette pratique. En Côte d’Ivoire, le prix garanti de la récolte intermédiaire est de 1 200 FCFA le kilogramme, tandis que des acheteurs opérant à N’Zérékoré proposeraient jusqu’à 1 900 FCFA pour les fèves ivoiriennes. Un différentiel suffisamment important pour encourager certains acteurs à prendre le risque du trafic.
Cette situation pose également la question des pertes fiscales et parafiscales pour l’État ivoirien. Elles sont estimées, selon les acteurs cités dans le dossier, à plus de 300 milliards de FCFA. Une manne qui échappe ainsi au circuit officiel de commercialisation.
La présence récente de Mamadi Sacko, présenté par certaines sources comme un important acheteur de cacao opérant à N’Zérékoré, lors de la première Journée nationale de l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) Café-Cacao, organisée à Duékoué, a par ailleurs suscité des interrogations. Les circonstances de son invitation à cette rencontre officielle mériteraient, selon les observateurs, d’être clarifiées par les structures compétentes.
Dans ce contexte, la nomination récente de Fousseni Diakité comme premier consul honoraire de Côte d’Ivoire à N’Zérékoré intervient à un moment particulièrement sensible. Sa proximité familiale avec Siaka Diakité, président de l’OIA Café-Cacao, ainsi que son implication dans la commercialisation, l’exportation et la transformation du cacao, alimentent déjà les interrogations de certains acteurs de la filière.
Pour les producteurs, coopératives et autres professionnels du secteur, l’enjeu est désormais de savoir quelle sera la mission concrète de cette représentation consulaire dans une zone considérée comme stratégique dans les flux transfrontaliers de cacao. Beaucoup plaident surtout pour un renforcement de la coopération sécuritaire entre la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Liberia afin de mieux contrôler les frontières et de lutter contre les réseaux de contrebande.
Au-delà de la nomination d’un consul, c’est donc la capacité des États à sécuriser la filière et à protéger les revenus du cacao ivoirien qui est désormais mise à l’épreuve.
YS


