Professeur Justin Koffi (Président CRS) : « La prospérité économique permet de transcender les fractures inhérentes à toute société humaine »
Mesdames et Messieurs
- Distingués Invités
C’est la Côte d’Ivoire moderne qui se construit aujourd’hui.
Le symbole de cette construction est l’architecture financière du PND 2026-2030 qui prévoit un financement global de 114 838,5 milliards de FCFA (environ 175 milliards d'euros, dont 29,8 % seront fournis par le secteur public et 70,2 % par le secteur privé).
Le secteur public mobilisera 34 200 milliards de FCFA à travers les ressources de l'État, le marché financier régional et l'appui des partenaires multilatéraux et bilatéraux.
Le Secteur privé apportera 80 600 milliards de FCFA via l'investissement direct, les partenariats public-privé (PPP), la mobilisation de l’épargne nationale et continentale et les hubs industriels.
Les PND successifs que nous avons connus se sont toujours construits, depuis 2011, sur l’idée d’une synergie entre l’Etat, qui joue son rôle, et le secteur privé, qui mobilise les investisseurs.
Avec le PND 2026-2030, nous assistons à un changement de paradigme, puisqu’il est demandé au secteur privé de devenir le véritable moteur de la croissance.
Cette idée a été formulée en 2022 par la Banque mondiale et le FMI, lorsque leurs Assemblées annuelles ont considéré que le secteur privé devait être le pilier de la relance économique en Afrique.
Cette idée-force, qui constitue l’un des piliers de la philosophie politique du Président Alassane Ouattara, s’inscrit dans le droit fil de l’héritage culturel que nous laisse le Père fondateur de la nation ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny, un héritage qui continue à nourrir les choix qui sont faits dans l’orientation des grandes politiques publiques.
Vous savez, comme moi, que Félix Houphouët-Boigny et Alassane Ouattara, qui se sont toujours tenus loin de tous les dogmatismes idéologiques, partagent l’idée selon laquelle le secteur privé doit être le moteur de la croissance.
Historiquement, dans les années 1960, domine l’illusion du « Tout-Etat » qui voit se développer un capitalisme d’Etat dont nous connaissons les limites avec la politisation des postes, l’immobilisme étatique, une bureaucratie lourde, budgétivore, improductive, hostile au changement, l’hypertrophie du secteur informel et une dépendance extérieure persistante, à la fois technologique et financière.
Ce capitalisme d’Etat a généré une économie de la rente en se contentant d’exporter des matières premières brutes, la création des chaînes de valeur se faisant à l’extérieur du continent.
Aujourd’hui, l’architecture financière du PND 2026-2030 résulte de choix politiques clairs, assumés par un gouvernement qui prévoit d’accélérer la libéralisation de l’économie afin de lutter plus efficacement contre la pauvreté en transformant une économie informelle massive en une économie formelle, productive, créatrice d’entreprises, d’emplois et de valeurs.
C’est pourquoi, nous aurons aux présentes assises, l’intervention de Mr Charles KIE, PDG de GENESIS GROUP, afin d’indiquer des secteurs et des clés qui feront effectivement émerger les champions nationaux.
Ce projet de transformation d’une économie informelle massive en une économie formelle, productive, créatrice d’emplois et de valeur est également porté par la CPU-PME que préside le Dr Elias-Farakhan Moussa DIOMANDÉ.
Je fais référence, cher président, cher Elias, à la question que vous posez sur l’orpaillage traditionnel : « Comment transformer ces centaines de milliers d’acteurs en entrepreneurs formels, en PME ? »
En répondant à cette question, qui concerne tous les secteurs d’activité, vous voulez faire du secteur extractif de la Côte d’Ivoire un modèle de développement.
Dans le modèle de développement global que nous défendons, à côté des grandes entreprises, les PME et les PMI, mais aussi les TPE (Très Petites Entreprises) et les travailleurs indépendants, ont un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre la pauvreté et l’élévation des niveaux de vie.
Ces PME et PMI, que nous voulons responsables et éthiques, sont créatrices d’emplois et de valeur pour la nation et au plus près des territoires.
J’ouvre une parenthèse pour rappeler que si le but principal de vos entreprises est de produire des biens ou des services, vous devez aussi générer un profit pour investir, payer les salaires et les charges.
Le profit, qui ne doit plus être un mot tabou, doit sortir de l’opacité, pour ne pas nourrir la conflictualité historique entre l’Etat et le marché, entre les entrepreneurs et les salariés, et la conflictualité nouvelle entre la production de biens et la protection de l’environnement.
Mesdames et Messieurs, notre rôle est économique, mais il est aussi éminemment politique et social.
Notre université d’été ne vise pas uniquement à occuper l'agenda médiatique de la rentrée, ni à perpétuer la ritualisation de la parole patronale contre la glaciation étatique.
Ce rôle politique et social consiste à assurer la cohésion de la communauté de dirigeants autour des valeurs de la liberté d’entreprendre, dénoncer les freins à la libéralisation de l’économie, maintenir un dialogue institutionnel avec la puissance publique, faire pression sur le gouvernement et le législateur en énonçant les urgences programmatiques afin de défendre l’économie d’aujourd’hui et construire l’économie de demain et, j’ose le dire, défendre et protéger vos salariés.
Sur la protection des salariés, l’un des intervenants, Robert Carle Empereur, DG de CareBridges International et Mutuelle des Familles des Diasporas Ivoiriennes, nourrira notre réflexion.
Dans le développement du secteur privé, il existe un déterminant essentiel, souvent oublié ou négligé, la valorisation du capital humain.
Je voudrais insister sur ce point.
Certes, nous devons, pour industrialiser la Côte d’Ivoire, développer un réseau dense de PME et de PMI dans la production manufacturière, la transformation locale des matières premières brutes et les services.
Créer les entreprises de demain, former les dirigeants de demain est un objectif que n’oublie pas votre organisation patronale. Mais, il existe des PME et de PMI dont nous devons, immédiatement, améliorer la productivité et la compétitivité.
C’est là que la formation continue joue un rôle essentiel, celui la valorisation du capital humain.
Une urgence nouvelle apparaît, et nous ne sommes pas dans un scénario de science-fiction, celle de la compréhension et l’utilisation de l’Intelligence artificielle (IA) que vous devez, dès à présent, intégrer dans vos processus de conception et de production.
L’IA n’est pas un simple support, elle agit comme un véritable outil de production, capable de générer, dans tous les domaines, de manière autonome, des analyses de données et proposer des solutions.
Sur notre continent en général, l’équation : capital humain formé + Intelligence artificielle maitrisée + transformation locale des ressources = PME / PMI compétitive et durable.
Permettez-moi d’insister sur ce point qui représente un deuxième « saut de grenouille » (leapfrog), après la révolution digitale. Les « leapfrogs » désignent la capacité de notre continent à sauter des étapes traditionnelles de développement économique et technologique en adoptant directement des technologies nouvelles. Nous voyons comment le paiement mobile permet aux Africains de se passer des circuits traditionnels.
- Mesdames et Messieurs
- Distingués Invités Participants,
Cette 5ème Édition de nos Universités d’Eté, dont le thème est « Le PND 2026-2030 : votre prochain levier de croissance », doit vous permettre de réfléchir sur la manière dont les dirigeants de PME et de PMI peuvent se saisir des opportunités offertes par l’architecture financière de ce PND.
De la qualité de vos travaux et de votre réflexion, émergeront, j’en suis sûr, des solutions concrètes pour favoriser la libéralisation de l’économie et permettre l’extension du territoire du secteur privé.
Mais, je voudrais terminer sur une réflexion plus globale. Je suis élu de la nation et je voudrais dire que la politique ce n’est pas simplement l’économie. Le rôle de la politique est de se tenir au plus près des réalités économiques et des réalités sociales.
L’économie ne peut pas refuser de considérer le monde réel, ce qui vous conduirait, vous, les chefs d’entreprises, à être hors-sol.
Je reprends la conclusion que j’ai lue dans une Chronique de mon ami, Professeur GAMBOTTI sur l’Edition 2026 de notre Université : « Ce monde réel oblige la politique à tenir compte des contraintes économiques. De la même manière, ce monde réel demande à l’économie de tenir compte des réalités sociales. La politique ne se réduit pas à l’économie, elle prend des décisions qui, en fonction des rapports de force entre les acteurs de l’économie, orientent les conditions de production des richesses et leur répartition dans la société. » Fin de citation.
L’économie, la création de richesses et le profit ne sont pas des fins en soi.
Ce sont des préalables indispensables pour réaliser la cohésion sociale et l’unité nationale.
La prospérité économique, beaucoup plus que les discours d’estrade, permet de transcender les fractures inhérentes à toute société humaine.
Ce sont ces fractures, qui appartiennent au vieux monde africain, que cherchent à instrumentaliser des forces obscures qui entretiennent une instabilité permanente sur notre continent afin de déstabiliser nos Etats et s’emparer du pouvoir.
C’est dans la synergie entre l’Etat et le secteur privé, chacun à sa place et dans son rôle, que la Côte d’Ivoire peut demeurer cette citadelle de stabilité et de prospérité.
C’est dans cette synergie que peut se construire un développement inclusif et durable, fondé sur un meilleur partage des richesses.
Je vous remercie, en vous souhaitant une réflexion féconde et de fructueux travaux.
Honorable Professeur Justin Koffi N’Goran
Président CRS
DG ARRE


