Sur une col : Mine d’or politicienne

Sur une col : Mine d’or politicienne

En Côte d’Ivoire, le cacao est une richesse nationale. C’est connu. C’est acté. Cela dure depuis l’aube des indépendances. Mais pour certains politiciens, c’est surtout une mine d’or… politicienne. C’est-à-dire, celle de la mauvaise foi. Celle où les uns et les autres se découvrent des ressorts insoupçonnés d’orpailleurs illégaux et véreux.  Ces hommes et femmes qui creusent les yeux rougis par une fouine incessante.

Chaque fois que le prix du cacao bouge d’un centime, les mêmes voix surgissent, indignées, la main sur le cœur, pour expliquer que les producteurs sont victimes d’un grand complot orchestré par le pouvoir.

Et bien sûr, au centre de ce prétendu complot, on retrouve toujours le même coupable : Alassane Ouattara.

Le cours mondial du cacao chute-t-il ? C’est la faute d’Alassane Ouattara. Prend-il de l’ascendant ? C’est malgré Ouattara, qui s’est laissé dribbler par la providence. Le même cours se stabilise-t-il ? Là encore, c’est suspect. Bref, quoi qu’il arrive sur le marché international, quelque part entre Londres et New York, il paraît que le responsable se trouve toujours à Abidjan. Au palais présidentiel.

Pendant ce temps, les producteurs, eux, regardent les débats politiques avec un mélange de lassitude et d’ironie. Car ils savent que dans la réalité, la filière cacao fonctionne avec des mécanismes bien connus : un prix minimum garanti, une organisation de la commercialisation et une tentative permanente de stabiliser les revenus face à un marché mondial aussi prévisible que les caprices d’une femme enceinte.

Mais écouter certains opposants donne l’impression qu’avant Alassane Ouattara, les planteurs vivaient dans une sorte de paradis agricole où les fèves de cacao se transformaient presque automatiquement en pépite d’or.

Et c’est à ce jeu de comparaison entre les deux époques que nos braves paysans se rendent compte que, hier, au moment où les gouailleurs et matamores d’aujourd’hui étaient aux affaires, les choses étaient infiniment moins reluisantes pour eux.

Il leur souvient alors que la filière avait été insouciamment et en toute irresponsabilité confiée à des gougnafiers, réunis en bandes d’escrocs, qui se sont goulument sucrés sur leurs pauvres dos endoloris par tant de labeurs sacrificiels. 

Ils se rappellent également que ces vils hères, triés sur le volet de copineries et coquineries complaisantes s’étaient brusquement enrichis, achetant à tours de bras et au profit de filles aux mœurs légères, « Rav 4 », villas et autres stations d’essence.  Et un souvenir en appelant un autre, il leur revient même qu’une usine fictive de 100 milliards de nos francs avait été « construite » en Amérique par ceux qui crient aujourd’hui au loup, pour pomper leurs pauvres sous. En somme, l’hôpital qui se moque de la charité…

 

KORE EMMANUEL