Au cœur du pays profond - Zouan-Hounien : Entre prospérité et inflation, les deux visages de l’essor minier
L’exploitation minière a profondément transformé le paysage économique et social de Zouan-Hounien, chef-lieu de département situé à environ 115 km de la ville de Man. Création d’emplois, développement des infrastructures, dynamisme du commerce… les retombées positives sont visibles. Mais derrière cette prospérité se cachent aussi des difficultés, notamment la flambée du coût de la vie, le recul de l’agriculture et la question de l’intégration des compétences locales.
À Zouan-Hounien, le bruit des engins miniers rythme désormais le quotidien des populations. Dans cette localité de l’ouest de la Côte d’Ivoire, longtemps confrontée au manque d’opportunités professionnelles, l’exploitation de l’or est devenue un véritable moteur de l’économie locale. Pour de nombreux jeunes, la mine représente une chance de trouver un emploi et d’améliorer leurs conditions de vie. « Aujourd’hui, grâce à la mine, je m’en sors tant bien que mal. J’arrive à subvenir aux besoins de ma petite famille et à aider mes parents. J’ai travaillé dans la mine pendant 19 ans », témoigne Bi Djé Médard, employé du secteur minier. Un sentiment partagé par Médard Djangoné, lui aussi travailleur de la mine. Selon lui, l’arrivée de l’entreprise a fortement contribué à réduire le chômage dans la localité.« Depuis son implantation, le chômage a considérablement reculé. Plusieurs de nos jeunes, titulaires du baccalauréat, occupent aujourd’hui des postes de responsabilité au sein de la société minière », souligne-t-il.
Une ville portée par l’activité minière
Les effets de l’exploitation minière ne se limitent pas aux sites d’extraction. Dans la ville, la transformation est perceptible. Les habitations se multiplient, les commerces se développent et de nouvelles activités économiques voient progressivement le jour. Pour les opérateurs économiques, cette situation constitue une véritable opportunité. « Grâce à l’entreprise minière, nous réalisons aujourd’hui un chiffre d’affaires qui nous permet de faire évoluer nos activités. La restauration fonctionne notamment grâce aux travailleurs de la mine qui viennent s’approvisionner et se restaurer après leur journée de travail », explique Gervais Souni, commerçant.
À cette dynamique économique s’ajoutent les actions sociales de l’entreprise dans le cadre de sa Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Réhabilitation d’écoles, amélioration de centres de santé, accès à l’eau potable ou encore appui aux infrastructures : plusieurs investissements ont été réalisés au profit des populations. Le maire de Zouan-Hounien, Médard Doho, se félicite de cette collaboration avec Endeavour Mining. « Nous entretenons d’excellentes relations avec Endeavour Mining. Il s’agit d’un partenariat fondé sur un soutien mutuel. L’entreprise intervient dans les villages riverains de sa zone d’exploitation, mais aussi, depuis quelque temps, dans la ville de Zouan-Hounien », explique-t-il.
Il cite notamment la construction d’un bâtiment à l’hôpital, la réalisation d’un préau, le don d’une ambulance, ainsi que la construction d’un bâtiment de trois salles de classe au lycée. Des projets d’adduction d’eau potable ont également été réalisés.
Le revers de la médaille
Si la mine apporte des emplois et des revenus, elle contribue aussi à une hausse importante du coût de la vie. Loyers, denrées alimentaires et transport : dans plusieurs secteurs, les prix ont connu une forte progression, suscitant le mécontentement d’une partie de la population. Ignace Gouli, enseignant, estime que ceux qui ne travaillent pas dans le secteur minier sont particulièrement pénalisés. « Depuis l’arrivée de la mine, beaucoup pensent que tout le monde est employé par la société minière. Pourtant, je suis simplement enseignant. Une maison qui se louait auparavant à 15 000 FCFA peut aujourd’hui coûter jusqu’à 50 000 FCFA, voire davantage. Une course à moto qui coûtait 200 FCFA est parfois facturée 400 FCFA. Tout est devenu plus cher », déplore-t-il.
Les commerçants, eux, expliquent cette situation par l’augmentation de leurs propres charges. « Nous achetons les aubergines, le gombo, les piments et les autres condiments à des prix élevés. Nous sommes donc obligés de les revendre plus cher. Ce n’est pas nous qui fixons les prix sans raison », fait savoir Mme Dadjé, restauratrice. Autre conséquence évoquée : le recul de l’agriculture. Attirée par les revenus proposés dans le secteur minier, une partie de la main-d’œuvre délaisse progressivement les champs.
« Aujourd’hui, beaucoup préfèrent travailler à la mine plutôt que dans les champs. Résultat : la production agricole locale a diminué et une grande partie des denrées alimentaires provient désormais d’autres régions, notamment de Man. Cette situation entraîne inévitablement une hausse des prix », analyse Yves Kouakou, opérateur économique. Cette évolution pose ainsi la question de l’équilibre entre l’exploitation minière et la préservation de l’agriculture, longtemps au cœur de l’économie locale.
Le défi du contenu local
Au-delà de l’emploi et des infrastructures, la question du partage des retombées de l’exploitation minière reste au centre des préoccupations. Pour Amos Dally, entrepreneur minier, la population de Zouan-Hounien ne profite pas encore suffisamment des opportunités offertes par le secteur. « La communauté de Zouan-Hounien ne bénéficie pas encore pleinement des retombées de la mine. Les fonds destinés au développement local ne sont pas toujours utilisés de manière optimale. Le véritable défi est aussi celui du contenu local. Nous disposons de compétences, mais elles ne sont pas suffisamment structurées », estime-t-il. Selon lui, une meilleure organisation des compétences locales permettrait aux jeunes du département de saisir davantage les opportunités offertes par l’activité minière. À Zouan-Hounien, l’exploitation de l’or apparaît donc comme une réalité à deux visages. D’un côté, elle crée des emplois, stimule le commerce, améliore certaines infrastructures et apporte de nouvelles perspectives économiques. De l’autre, elle accentue la pression sur les prix, fragilise l’agriculture et soulève des interrogations sur la répartition des bénéfices.
Le véritable enjeu est désormais de transformer cette richesse minière en un développement durable et inclusif. Cela passe par une meilleure valorisation des compétences locales, une utilisation plus efficace des ressources destinées au développement communautaire et la préservation des activités agricoles. Car si l’or enrichit le sous-sol de Zouan-Hounien, il ne pourra véritablement enrichir sa population que si les fruits de cette richesse profitent durablement au plus grand nombre.
Junior Oulaï


