Interview-Koné Balamine (porte-parole des producteurs de cacao du Haut-Sassandra) : "C'est une grève qui existe sur les réseaux sociaux"
Koné Balamine, président de la coopérative ECAM et porte-parole des producteurs du Haut-Sassandra, se prononce sur le déroulement de la campagne cacao 2026-2027, le prix fixé à 1 200 francs CFA le kilogramme, le nouveau système national de traçabilité, la grève annoncée par un syndicat agricole, le trafic transfrontalier du cacao et la place des producteurs dans la gestion de la filière.
Le Patriote : La campagne cacaoyère a été lancée depuis le 1er septembre. Comment se déroule-t-elle depuis cette date dans le Haut- Sassandra ?
Koné Balamine : Il faut dire que la campagne a été lancée depuis le 1er septembre et qu’elle se passe très bien, aussi bien dans le Haut-Sassandra que partout en Côte d’Ivoire. Donc, la campagne se déroule très bien.
LP: Bien avant cela, le gouvernement a fixé le prix du kilogramme de cacao à 1 200 francs CFA. Comment les producteurs du Haut-Sassandra ont-ils accueilli cette nouvelle ?
KB: Il faut même le dire, ce ne sont pas seulement les producteurs du Haut-Sassandra, mais tous les producteurs de cacao en général qui avaient espéré avoir mieux. On ne passe pas de 2 800 FCFA le kilo à 1 200 francs le kilogramme en étant forcément contents. Donc, nous sommes un peu restés sur notre faim, mais nous restons aussi convaincus que c’est le meilleur prix que le gouvernement a pu obtenir pour nous.
Eu égard également à tous les facteurs d’accompagnement dont bénéficie aujourd’hui le monde agricole, le monde paysan, nous estimons que c’est le meilleur et nous avons bon espoir que, durant les campagnes à venir, les choses pourront vraiment s’améliorer. Nous avons vraiment bon espoir.
LP: La campagne avance petitement, mais est-ce que le prix fixé à 1 200 francs est respecté sur le terrain ? Vous qui êtes un acteur de terrain, pouvez-vous le confirmer ?
KB: Absolument, ce prix est respecté à 100 %. Comme je vous l’ai dit, c’est tout cela qui nous amène aujourd’hui à vous dire que la commercialisation, la campagne se passe très bien. Les prix sont respectés, les fèves de cacao sont reçues dans les magasins et les coopératives. Aujourd’hui, nous implémentons parfaitement le nouveau système national de traçabilité. Nos producteurs ont leurs cartes de producteurs et les paiements électroniques se font.
Donc, je pense que c’est une très bonne campagne et que les choses se passent très bien.
LP: Pour cette campagne, de nouvelles dispositions ont été arrêtées, notamment le système national de traçabilité. Est-ce que les producteurs du Haut-Sassandra adhèrent à cette mesure ? Est-elle contraignante ou contribue-t-elle plutôt à la professionnalisation de la filière ?
KB: Tous les producteurs de café et de cacao de Côte d’Ivoire adhèrent au nouveau système national de traçabilité et l’ont accueilli avec beaucoup de joie et d’enthousiasme. Une fois encore, la Côte d’Ivoire a mis en place son propre système national de traçabilité pour garantir la transparence de notre production, le suivi et la traçabilité de notre cacao, depuis le producteur jusqu’à l’acheteur final. Toutes ces innovations, avec notamment la carte du producteur, contribuent à professionnaliser le secteur agricole et à rendre nos producteurs plus professionnels. Avec la carte du producteur, aujourd’hui, vous recevez des paiements électroniques, vous pouvez aller à la banque et retirer votre argent dans les guichets automatiques. Donc, aujourd’hui, nous sommes en train d’avoir un nouveau type de producteur qui est déjà aguerri au système bancaire et au système professionnel. Pour nous, c’est donc avec un grand honneur que nous accueillons ces mesures et nous sommes tous engagés. Ce n’est pas du tout contraignant. Le Conseil du Café-Cacao a pris le temps de faire de la sensibilisation, de la formation et de l’information. Nous avons bien appris et, aujourd’hui, nous sommes prêts et nous sommes en train de bien les mettre en œuvre dans nos différentes coopératives.
LP: Deux semaines seulement après le lancement de la campagne cacaoyère, un mouvement de grève a été lancé par un syndicat agricole. Ce mouvement d’humeur impacte-t-il la commercialisation du cacao?
KB: Cette grève n’a aucun impact. Elle n’est vraiment pas suivie et, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, c’est peut-être une grève qui existe sur les réseaux sociaux, mais nos producteurs ne se sentent pas du tout concernés. Je ne le dis même pas seulement pour le Haut-Sassandra, mais pour toutes les zones productrices de cacao. Vous voyez, les ports continuent d’accueillir le cacao, les producteurs ne font pas de rétention ; pour vous dire que ce syndicat n’est pas du tout représentatif sur le terrain et que cette grève n’est pas suivie. Tout se passe bien. Les producteurs amènent leur cacao, ils sont payés et il n’y a vraiment pas de problème.
LP: Votre secteur est confronté au trafic du cacao vers les pays voisins. Ce trafic illégal existe-t-il dans le Haut-Sassandra ?
KB: Depuis l’ouverture de cette campagne, et avec les dispositions que l’État de Côte d’Ivoire a mises en place à travers le Conseil du Café-Cacao, les délégations régionales et les forces de sécurité présentes aux frontières, nous n’avons pas encore vu un cas de fraude. En tout cas, jusqu’à ce stade de la campagne, nous n’avons vraiment pas entendu parler d’un quelconque trafic de cacao de la Côte d’Ivoire vers d’autres pays. J’ai confiance, et nous avons confiance en nos forces de l’ordre. Elles ne ménageront aucun effort pour décourager toute personne qui voudrait s’engager dans de telles aventures.
LP: Mais comprenez-vous les raisons qui peuvent pousser certains producteurs à envoyer leurs productions vers les pays voisins, estimant que les prix y sont meilleurs que ceux pratiqués en Côte d’Ivoire ?
KB: Oui, on peut comprendre, mais on ne peut pas justifier leur acte. Parce qu’à partir du moment où vous prenez votre cacao de Côte d’Ivoire pour l’envoyer ailleurs, c’est une perte pour l’économie ivoirienne.
Les impôts et les taxes que la Côte d’Ivoire perçoit sont des ressources qui vont ailleurs. Donc, même si on peut comprendre, on ne saurait justifier de tels actes.
Mais je tiens aussi à vous faire une précision. Il est bien rare que des producteurs prennent eux-mêmes leur cacao pour aller dans d’autres pays. Parce qu’un producteur ne va jamais prendre cinq sacs, dix sacs ou quarante sacs pour aller les vendre ailleurs. Ce sont des acheteurs véreux, des personnes sans foi ni loi, qui méprisent tous les fondamentaux économiques d’un pays qui s’adonnent à de tels trafics. On ne va pas accabler nos producteurs pour cela. Je pense que ce sont des individus qui s’adonnent à ces trafics. Nos producteurs sont très patriotes, très engagés. Tout ce que le Conseil du Café-Cacao fait aujourd’hui dans leurs communautés, tout ce que le président de la République a fait pour eux, ils en sont très conscients.
Nos producteurs ont été bien formés et ne vont jamais se rendre complices de ces actes.
LP: Dans la gestion actuelle de la filière mise en place par les autorités, la voix du producteur est-elle suffisamment entendue ?
KB: Absolument. Aujourd’hui, l’État de Côte d’Ivoire a mis en place l’interprofession, l’OIA. L’OIA, c’est la représentation de tous les producteurs de café et de cacao de Côte d’Ivoire. Et dans la gestion de l’OIA, les producteurs sont associés à plus de 60 %. Les producteurs constituent le plus grand collège. À partir de ce moment, on ne peut pas dire que les producteurs n’ont pas une institution légale, un cadre légal pour pouvoir s’exprimer. Aujourd’hui, l’OIA est la caisse de résonance de tous les producteurs. Le président Issiaka Diakité est très ouvert, très disponible et à l’écoute du monde agricole.
Regardez aujourd’hui, à l’occasion de l’appel de Divo (...), vous avez entendu les propos qu’il a tenus à l’endroit des producteurs. Ce sont des propos de dialogue, de consultation, d’union, invitant tous les producteurs, des plus petits aux plus grands, à venir s’exprimer dans ce cadre légal.
Donc aujourd’hui, la voix des producteurs est bel et bien entendue. Mieux, ils sont associés à plus de 60 % à la gestion de cette filière.
LP: Vous avez dit, au début de cet entretien, que la campagne se passe bien. Mais y a-t-il des difficultés liées à la commercialisation ? Y a-t-il des situations à améliorer pour que les paysans ne souffrent pas ?
KB: Oui. Depuis l’arrivée du Président Alassane Ouattara et la mise en place du Conseil du Café-Cacao, je peux vous l’affirmer : on ne peut même plus dire que la souffrance des producteurs est la même. Les producteurs ne souffrent plus comme auparavant.
Mais, vous savez, nous sommes toujours dans une dynamique d’amélioration continue. Voyez-vous, lorsqu’un secteur est resté longtemps délaissé, on ne peut pas tout faire en un jour ni en deux jours.
Aujourd’hui, le président de la République s’est engagé personnellement auprès du monde agricole. Il s’est proposé d’être l’avocat des producteurs. Et la problématique des producteurs de café-cacao est au cœur de ses décisions. Donc, le président a fait énormément d’efforts.
Quand vous regardez aujourd’hui les infrastructures réalisées à travers le Conseil du Café-Cacao, les voies qui sont reprofilées, les collèges, les écoles, les hôpitaux, l’eau potable, et je pourrais en citer autant, on ne pourrait pas fondamentalement dire que les producteurs sont délaissés. Mais vous savez, dans toute organisation, dans toute situation, on cherche toujours à s’améliorer.
Et c’est bien pour cela que le président a mis en place tous les cadres institutionnels nécessaires pour faire des recommandations, des suggestions, mener des réflexions, de sorte que rien ne puisse nous échapper concernant les problématiques du monde agricole.
Et je pense qu’aujourd’hui, il fait beaucoup et nous en sommes heureux. C’est l’occasion pour nous de lui témoigner notre reconnaissance et notre engagement formel derrière cette politique qu’il a mise en place et qui est mise en œuvre à travers le Conseil du Café-Cacao et à travers l’OIA. Nous soutenons ces institutions et nous sommes fermement engagés à accompagner tout ce processus.
LP : Quel message souhaitez-vous adresser aux producteurs dans ce contexte marqué par l’annonce du nouveau prix et les tensions suscitées par le mot d’ordre de grève annoncé par certains acteurs ?
KB: A tous les producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire, aux jeunes, aux femmes, à nos sœurs, je voudrais attirer leur attention sur un fait : cela fait trop longtemps que des gens abusent du monde paysan. Chacun vient, prétendant parler au nom des producteurs ou défendre leurs intérêts. Mais après, on ne les retrouve plus, on ne les voit plus. Ils utilisent le nom des producteurs pour régler des problèmes personnels ou atteindre des objectifs personnels. Cela doit cesser. Faisons confiance au président de la République, faisons confiance à l’OIA. Soutenons les réformes mises en place par le Conseil du Café-Cacao. À travers ces différentes actions, le bonheur du monde agricole peut devenir une réalité. La dynamique de grève n’a jamais été une solution et ne peut jamais être quelque chose d’envisageable. Aujourd’hui, si vous ne vendez pas votre cacao en cette pleine rentrée scolaire, comment allez-vous envoyer vos enfants à l’école ? Aujourd’hui, les enfants sont déjà en train de partir à l’école et c’est vous qu’on va venir encourager à garder vos enfants à la maison. Mais quand la grève va finir, est-ce que le calendrier de la rentrée scolaire sera rétroactif pour vos enfants ?
Je pense qu’à un moment donné, il faut être responsable ; il faut être humain. Il faut éviter de prendre du retard dans l’éducation de nos enfants.
Rien ne justifie aujourd’hui qu’on ait une grève dans cette filière. Et je sais déjà que cette grève n’est même pas suivie. La preuve : sur le terrain, tout se passe bien. Mais il faut quand même éclairer les lanternes des producteurs pour leur dire que l’objectif du président de la République aujourd’hui, c’est de faire des producteurs ivoiriens un nouveau type de producteurs, un nouveau modèle, heureux et fiers.
C’est ce message que je souhaite passer tout en souhaitant une bonne campagne à tous les producteurs et productrices de Côte d’Ivoire.
Rahoul Sainfort


