Contribution-Soixante-six d’indépendance : La Côte d’Ivoire à l’heure de la grande ambition

Contribution-Soixante-six d’indépendance : La Côte d’Ivoire à l’heure de la grande ambition

 

 

La Côte d’Ivoire célèbre dans quelques jours, le soixante-sixième anniversaire de son accession à l’indépendance.  A travers cette contribution, Norbert Kobenan rappelle que cet anniversaire qui intervient dans le cadre de la promotion du Programme national de développement (PND 2026-2030), doit être l’occasion   d’une transformation économique durable.

 

 

Il est des moments où l’avenir d’une Nation cesse d’être une promesse pour devenir une obligation de résultat. À soixante-six ans d’indépendance, la Côte d’Ivoire semble être arrivée à ce carrefour de maturité où il ne suffit plus de croître : il faut transformer, consolider et transmettre.

Le Plan national de développement 2026-2030 ne devrait donc pas être considéré comme un document administratif de plus, ni comme une simple addition de projets publics. Il doit devenir le bréviaire économique de la Grande Côte d’Ivoire : une doctrine d’action, un pacte de confiance et une méthode collective pour convertir chaque investissement en valeur, chaque réforme en compétitivité et chaque progrès en amélioration durable des conditions de vie. Comme le disent les anciens : « Lorsque l’on sait où l’on va, même la longue route devient une promesse. »

 

 

Passer de la croissance à la puissance productive

 

Durant les dernières décennies, la croissance économique, les grands travaux et la modernisation des infrastructures ont constitué des marqueurs essentiels du développement. Ils ont rapproché les territoires, facilité les échanges et renforcé l’attractivité du pays.

Mais l’heure est venue de poser une question plus exigeante : que produit durablement cette croissance ? Une route n’est véritablement stratégique que lorsqu’elle fluidifie les échanges et désenclave les bassins de production. Un port devient un levier de puissance lorsqu’il stimule les exportations nationales. Une zone industrielle n’accomplit sa mission que lorsqu’elle transforme les ressources locales, crée des emplois et fait émerger des entreprises compétitives.

Le PND 2026-2030 devra ainsi organiser le passage d’une économie fondée sur le potentiel à une économie fondée sur la valeur ajoutée. Il ne s’agira plus seulement de produire davantage, mais de transformer localement, d’innover, d’exporter des produits finis, de renforcer les chaînes de valeur nationales et d’accroître la souveraineté économique. La croissance compte les richesses créées. La transformation mesure les capacités acquises.

 

 

La confiance, première monnaie du développement

 

Dans l’économie contemporaine, les capitaux ne vont pas seulement là où les opportunités sont nombreuses. Ils se dirigent vers les pays où les règles sont stables, les institutions crédibles, la justice prévisible et l’action publique lisible. La confiance est devenue une monnaie plus précieuse que bien des ressources naturelles. Elle attire les investisseurs, réduit le coût du financement, sécurise les partenariats et libère l’initiative privée. Le succès du PND dépendra donc autant du montant des ressources mobilisées que de la qualité de la gouvernance. La discipline budgétaire, la transparence des procédures, l’évaluation des politiques publiques, la digitalisation des services et la reddition des comptes devront accompagner chaque projet. Car un financement mal gouverné devient une dette. Un financement bien orienté devient un patrimoine.

 

 

Financer l’ambition sans hypothéquer l’avenir

 

La Grande Côte d’Ivoire ne pourra pas être financée par une source unique. Elle devra s’appuyer sur une architecture diversifiée, équilibrée et innovante. La mobilisation des recettes intérieures demeurera le premier pilier. Élargir l’assiette fiscale, sécuriser les encaissements, digitaliser les paiements publics, réduire les pertes et améliorer la qualité de la dépense permettront de renforcer l’autonomie financière de l’État sans étouffer l’activité économique. Mais l’effort national devra aller plus loin. Il faudra mieux mobiliser l’épargne des ménages, des entreprises, des institutions financières, des caisses de retraite et des investisseurs institutionnels. Une Nation qui transforme son épargne en capital productif transforme aussi ses citoyens en copropriétaires de son développement.

Les marchés régionaux de capitaux devront également jouer un rôle plus important. Les obligations d’État, les emprunts thématiques, les titres destinés au financement d’infrastructures ou les instruments liés à des projets précis peuvent offrir aux investisseurs des placements sécurisés tout en orientant l’épargne vers l’économie réelle. Comme le rappelle un proverbe africain : « Le fleuve devient puissant parce qu’il reçoit plusieurs rivières. »

 

 

La finance climatique : transformer l’urgence en opportunité

 

 

Le changement climatique n’est plus seulement une question environnementale. Il est devenu une question économique, budgétaire et financière. L’agriculture, les infrastructures, les ressources hydriques, les forêts et les zones côtières sont directement exposées aux risques climatiques. Le PND 2026-2030 devra donc intégrer la résilience dans la conception même des investissements.

La Côte d’Ivoire peut mobiliser des obligations vertes, des financements concessionnels, des mécanismes carbone et des fonds internationaux dédiés à l’adaptation. Les projets d’énergie renouvelable, de reforestation, d’agriculture durable, de mobilité propre et d’infrastructures résilientes peuvent devenir de nouveaux moteurs de croissance.

La finance climatique ne doit pas être perçue comme une charge supplémentaire, mais comme l’occasion de moderniser l’économie, d’attirer de nouveaux capitaux et de protéger les générations futures. Une prospérité qui détruit son propre socle n’est qu’une richesse en sursis.

 

 

Diaspora : de l’attachement affectif à l’investissement productif

 

La diaspora ivoirienne représente une réserve considérable de compétences, de réseaux, d’épargne et d’expérience internationale. Pourtant, son potentiel demeure encore insuffisamment structuré.

Le temps est venu de passer des transferts familiaux à une véritable stratégie d’investissement national. Des obligations de la diaspora, garanties par l’État et affectées à des projets clairement identifiés, pourraient permettre de financer des infrastructures, des logements, des PME ou des programmes d’innovation. La confiance sera ici décisive. La diaspora investira durablement si les projets sont transparents, les rendements lisibles et l’utilisation des fonds régulièrement publiée. Une diaspora ne demande pas seulement à être célébrée. Elle demande à être associée à la construction nationale.

 

 

Partenariats public-privé : partager les risques, multiplier les résultats

 

Les partenariats public-privé peuvent accélérer la réalisation d’infrastructures majeures, mobiliser l’expertise du secteur privé et réduire la pression immédiate sur les finances publiques. Mais ils ne sont pas une formule magique. Mal conçus, ils peuvent transférer les profits au privé et les risques à l’État. Bien négociés, ils permettent au contraire de répartir les responsabilités, d’améliorer la qualité des services et d’optimiser les investissements.

Le PND devra donc renforcer l’évaluation préalable, la transparence contractuelle, la maîtrise des risques budgétaires et le suivi de la performance. L’enjeu n’est pas seulement de signer davantage de partenariats, mais de conclure de meilleurs partenariats.

 

 

Le Trésor Public, architecte financier de la transformation

 

Dans cette nouvelle architecture, le Trésor Public occupe une place stratégique. Il n’est plus seulement le gardien de la caisse de l’État. Il devient l’un des principaux architectes du financement du développement. À travers la mobilisation des ressources, la gestion de la trésorerie, l’émission des titres publics, la sécurisation des paiements et le pilotage des risques financiers, il garantit la crédibilité de l’État auprès des citoyens, des investisseurs et des partenaires.

Sa modernisation numérique, l’amélioration de la traçabilité des opérations, la consolidation du compte unique du Trésor et l’innovation dans les instruments de financement renforceront sa capacité à soutenir le PND. Un Trésor moderne ne se contente pas de payer les dépenses publiques. Il organise la circulation de la confiance dans l’économie nationale.

 

 

Transformer chaque territoire en pôle d’opportunités

 

La Grande Côte d’Ivoire ne saurait se limiter aux grands centres urbains. Elle devra se construire dans les régions, les communes, les villages et les bassins de production. Chaque territoire possède des ressources, des savoir-faire et des potentialités spécifiques. Le PND devra mieux relier les infrastructures nationales aux stratégies locales, afin que la croissance irrigue réellement l’ensemble du pays. Le développement devient inclusif lorsque chaque citoyen peut trouver, près de son lieu de vie, une école, un emploi, un marché, une connexion numérique et une perspective d’avenir.

 

 

L’heure de transformer le plan en héritage

Le PND 2026-2030 offre à la Côte d’Ivoire une occasion historique : financer autrement, produire davantage, transformer localement et gouverner avec plus d’efficacité. Mais aucun plan ne transforme un pays par la seule force de ses chiffres. Il faut une vision partagée, une exécution rigoureuse, une gouvernance exemplaire et une mobilisation nationale. La Grande Côte d’Ivoire naîtra de la capacité à transformer l’épargne en investissement, la finance en développement, la croissance en emplois et l’ambition en héritage. Car les Nations qui marquent leur siècle ne sont pas celles qui disposent des capitaux les plus abondants. Ce sont celles qui savent inspirer confiance, organiser leurs forces et donner à chaque génération la possibilité de devenir bâtisseuse de prospérité. Le PND 2026-2030 ne doit pas seulement financer des projets. Il doit financer une destinée.

 

 

 

Par Norbert KOBENAN