Déclarations de soutien tous azimuts des instances à Tidjane Thiam : Le président du PDCI-RDA peut-il encore être sauvé ?
Thiam peut-il être sauvé ? C'est la grande interrogation. À la veille du verdict attendu le 30 juillet prochain, le PDCI-RDA a décidé de passer à l'offensive. La direction du parti, qui voit sans doute se profiler à l'horizon la menace d'une probable destitution de Tidjane Thiam, est à la manœuvre. Objectif : sauver le soldat Thiam. Dans cette optique, on observe, au sein du parti doyen, une multiplication de manifestations de soutien à Tidjane Thiam dans les délégations de l'intérieur du pays. Celles qui ne se sont pas encore prononcées sont vivement encouragées à emboîter le pas à celles qui ont déjà affiché leur fidélité. L'objectif est clair : créer une ferveur militante, démontrer que Tidjane Thiam bénéficie d'un large soutien de la base et répondre, d'une part, aux nombreuses contestations qui se multiplient au sein du parti et, d'autre part, adresser un message à la justice. Le message porté par ces délégations est connu : renouveler leur confiance au président Thiam et dénoncer, par la même occasion, ce qu'elles qualifient de harcèlement politique et judiciaire contre le PDCI-RDA. Cependant, ces manœuvres suffiront-elles à influencer la décision qui sera rendue par la justice ? Rien n'est moins sûr. Les juges statueront en droit et au regard des éléments contenus dans le dossier. Il ne faut pas se le cacher. Les revendications portées par Siaba Antoine Constant et Charles Abié Tchétché apparaissent, à leurs yeux, aussi pertinentes que légitimes. Les deux membres du Bureau politique présentent un dossier qu'ils estiment solide dans le procès qui les oppose à leur parti. Ils contestent les décisions issues du congrès extraordinaire du PDCI-RDA et demandent au tribunal leur annulation ainsi que la désignation d'un président par intérim. Pourquoi ? Parce qu'ils considèrent que ce congrès ne s'est pas tenu dans le respect des textes et des règlements statutaires du parti.
En effet, à l'issue d'un congrès organisé dans l'urgence, Tidjane Thiam a été réélu, le mercredi 14 mai 2025, à la tête du PDCI-RDA. Il était le seul candidat en lice, deux jours seulement après avoir démissionné de la présidence afin de se représenter, dans le but de couper l'herbe sous le pied de la procédure judiciaire engagée par Valérie Yapo, militante du parti, qui contestait sa première élection de décembre 2023 au motif qu'il détenait alors la nationalité française et ne remplissait donc pas, selon elle, les conditions pour briguer la présidence du PDCI-RDA. Comme le dit l'adage, « un crime n'est jamais parfait ». Pour ce nouveau congrès, où l'on pouvait légitimement s'attendre à une nouvelle ouverture des candidatures et au respect de toute la procédure électorale, il n'en a rien été. Tout a été organisé de telle sorte que Tidjane Thiam demeure l'unique candidat. Autre fait inédit : les militants étaient invités à voter durant toute une journée sur quarante-cinq sites répartis à travers le territoire national, alors que, traditionnellement, le congrès se tenait sur un même site réunissant l'ensemble des délégués.
En tout état de cause, les contempteurs de Tidjane Thiam ne manquent pas d'arguments pour tenter d'obtenir l'annulation de ce congrès. C'est peu dire. Beaucoup d'interrogations entourent encore son organisation. Ses détracteurs estiment que les textes ont été violés parce que tout aurait été mis en œuvre pour lui tailler une présidence sur mesure. Le parti en paie aujourd'hui les conséquences. Les procédures judiciaires se succèdent, engagées par des militants chez qui ce qu'ils considèrent comme un « passage en force » a laissé un profond sentiment d'amertume. Au regard de tout ce qui précède et des manœuvres actuellement entreprises par la direction du parti, une question demeure : Tidjane Thiam peut-il encore se sortir de l'engrenage dans lequel il se trouve ? Une autre interrogation mérite d'être posée : que fait lui-même Tidjane Thiam pour préserver la confiance que les militants ont placée en lui ? Apparemment, pas grand-chose. Aucun geste significatif n'a été posé pour ramener l'accalmie. Le dialogue et le rassemblement, qui ont longtemps caractérisé le PDCI-RDA, semblent avoir cédé la place à une logique de confrontation depuis son arrivée à la présidence. Lui-même, ainsi que plusieurs de ses soutiens les plus fervents, se montrent particulièrement sévères envers ceux qui expriment une opinion divergente. Une véritable chasse aux sorcières est dénoncée par certains militants, quand ceux-ci ne sont pas directement pris à partie par des partisans zélés. Par ailleurs, voilà près d'un an que Tidjane Thiam séjourne en France. Il a quitté la Côte d'Ivoire depuis mars 2025. C'est donc depuis l'Hexagone, à plus de 6 000 kilomètres d'Abidjan, qu'il dirige le parti, essentiellement par correspondance.
Pourtant, rien ne semble aujourd'hui l'empêcher de rentrer en Côte d'Ivoire. Cette longue absence n'est pas sans conséquence sur le fonctionnement du parti. Elle alimente les interrogations jusque dans les rangs de ses propres responsables.
Au-delà de la personne de Tidjane Thiam, c'est la question même de l'exercice du pouvoir au sein du PDCI-RDA qui est désormais posée. Comment assurer une direction efficace d'une grande formation politique lorsque son président exerce ses fonctions depuis l'étranger ? Comment maintenir un contact permanent avec les militants, les élus et les structures de base dans ces conditions ? Autant d'interrogations qui conduisent certains observateurs à se demander si Tidjane Thiam ne s'est pas lui-même progressivement disqualifié pour continuer à présider le PDCI-RDA et si le parti ne devra pas, tôt ou tard, tourner la page Thiam.
Rahoul Sainfort
