Sur une col : Démonstration… de fragilité
Il y a encore quelques mois en arrière – un peu plus de deux ans quand même, mine de rien ! –, Tidjane Thiam était présenté comme l'homme providentiel capable de redonner au PDCI son lustre d'antan. Aujourd'hui, le contraste est saisissant. Le dirigeant qui promettait d'incarner le renouveau apparaît désormais confronté à une accumulation de difficultés qui fragilisent son autorité. Et celui qui devait personnifier cette vigueur retrouvée du vieux parti par une démonstration de force fait plutôt étalage aujourd’hui d’une démonstration… de fragilité.
En politique, c’est connu, le vide ne dure jamais longtemps. Lorsqu'un leader s'éloigne durablement du terrain, d'autres occupent l'espace. Depuis belle lurette que Tidjane Thiam est devenu invisible sur les bords de la lagune Ebrié, quoique multipliant les « vues » sur les réseaux sociaux à Paris ou à Philadelphie, les interrogations n’ont eu de cesse de se multiplier, les frustrations se sont elles aussi exprimées et les divisions internes ont pris de l'ampleur.
Rongeant leur frein, nombreux sont ses partisans qui ont fini par comprendre que la politique, qui est réputée cruelle, ne récompense ni les réputations internationales ni les succès passés. Elle ne reconnaît qu'une seule chose : le rapport de force. Et sur ce terrain, Tidjane Thiam semble aujourd'hui engagé dans une course où il passe davantage de temps à tenter d’éteindre les incendies qu'à fixer le cap pour son parti.
Car pendant que les crises s'accumulent, l'autorité d'un chef se mesure à sa capacité à imposer son rythme. Impose-t-on alors un rythme, une dynamique, une force à un mouvement quand on ne se complait à demeurer à mille lieues de ce mouvement ? Quand on n’est même pas capable de surmonter ses propres appréhensions morales et physiques pour créer la symbiose militante avec les siens affiliés ?
Or l'impression qui se dégage est celle d'un leadership constamment sur la défensive. Chaque polémique semble en appeler une autre, chaque contestation fragilise un peu plus l'image d'un homme qui devait incarner la stabilité.
Résultat : celui qui devait rassembler son parti se retrouve confronté à des fractures internes qui occupent désormais une large place dans le débat public.
En politique, le danger ne vient pas seulement des adversaires. Il vient aussi du doute qui s'installe chez les siens. Lorsqu'un parti passe plus de temps à commenter ses propres turbulences qu'à convaincre les électeurs, il offre à ses concurrents un avantage qu'aucune campagne ne devrait leur accorder.
Au fond, la question n'est peut-être plus de savoir si Tidjane Thiam est un homme compétent. Elle est de savoir s'il peut encore convaincre son propre camp qu'il est l'homme de la situation. En politique, les titres impressionnent. Les résultats rassurent. Et lorsque le doute s'installe, il devient souvent le plus redoutable des adversaires.
KORE EMMANUEL
