Entretien-Valentin Kouassi (Président de la JPDCI urbaine) : « La situation est difficile depuis l’élection du président Tidjane Thiam »

Sans détour, Valentin Kouassi, président de la Jeunesse urbaine du PDCI-RDA (JPDCI), a rappelé à l’ordre les cadres et cyberactivistes du parti face aux tensions internes qui l’agitent depuis plusieurs mois. Dans un entretien accordé au journaliste Jacques Roger, le leader de la jeunesse du parti doyen a appelé à mettre fin aux attaques personnelles et à revenir aux valeurs fondatrices du PDCI : le dialogue et le rassemblement.

Entretien-Valentin Kouassi (Président de la JPDCI urbaine) : « La situation est difficile depuis l’élection du président Tidjane Thiam »
« Nous ne pouvons pas partir à la reconquête du pouvoir si nous n’avons pas l’unité et l’entente nécessaires »

Question : Vous êtes aujourd’hui soupçonné de quoi ? Pourquoi cette situation ?

Valentin Kouassi : Nous sommes tous témoins des derniers événements au sein du parti. Au regard de la faible expérience que nous avons, nous constatons que, chaque mois ou tous les deux mois, des crises surviennent au sein du parti. Nous essayons, tant bien que mal, de nous prononcer et de donner notre point de vue afin que le parti puisse prendre en compte certains éléments et avancer. Mais cela n’est pas toujours aisé. À l’époque du président Henri Konan Bédié, il y a eu des moments où nous avons exprimé des positions qui n’étaient pas forcément celles de la direction ou du président. Il nous a écoutés. Certaines de nos propositions ont été prises en compte et ont permis au parti d’aller de l’avant.

Lors du dernier Bureau politique présidé par Henri Konan Bédié, nous avions notamment produit un mémorandum. Le président en avait parlé dans son discours d’orientation et avait félicité et remercié la jeunesse urbaine pour ses propositions. Nous ne sommes donc pas là uniquement pour faire des déclarations. Nous sommes toujours à la disposition du président et du parti.

 

Q : Vous semblez quelque peu nostalgique de cette période. Avez-vous le sentiment que la nouvelle équipe ne vous écoute pas suffisamment ?

V K : Je ne vais pas juger la nouvelle équipe sous cet angle. Mais lorsqu’on a vécu certaines expériences, il faut aussi reconnaître ce qui a été positif. Ce qui a été bon doit être pris en compte et, lorsque cela est pertinent, être reconduit. La situation est difficile depuis l’élection du président Tidjane Thiam. Il fait l’objet d’attaques et, lui-même, n’est pas sur le territoire national. Dans de telles conditions, ce n’est pas facile. Il faut donc relativiser les choses. Mais ce que je souhaite souligner, c’est qu’il faut tenir compte de la capacité de la jeunesse à apporter sa contribution.

 

Q : Vous dites que le président de votre parti fait l’objet d’attaques. Comment vivez-vous cette situation et que faites-vous, en tant que président de la JPDCI urbaine, pour contribuer à trouver des solutions ?

V K : Chaque fois que nous avons l’occasion de parler à nos dirigeants et à nos cadres, nous leur faisons part de nos idées. Nous n’allons pas forcément venir sur la place publique pour dire tout ce que nous avons fait ou proposé. Nous sommes des leaders d’opinion. Même si nous sommes des responsables de jeunesse d’un parti politique, nous avons également une responsabilité au sein de la société. Nous faisons donc des propositions. Je regrette profondément les attaques qui se multiplient parfois entre nous sur les réseaux sociaux, notamment à l’endroit de certains cadres. Cela peut créer des tensions qui ne sont pas souhaitables. Il faut utiliser l’âme du parti : le dialogue.

 

Q : Pourquoi estimez-vous qu’il soit urgent de revenir aux valeurs fondatrices du PDCI, notamment le dialogue, la paix et le rassemblement ?

VK : Il est important de revenir à ces valeurs parce que ce sont elles qui ont permis au PDCI d’avoir cette longévité dont nous nous réjouissons. En s’attaquant les uns les autres et en empruntant des voies contraires à l’esprit du parti, je ne pense pas que nous puissions consolider l’union et l’unité nécessaires pour aller de l’avant. Le PDCI a plus de 80 ans. Durant toutes ces années, il y a eu des divergences. Les anciens connaissent les méthodes utilisées par le président Félix Houphouët-Boigny et, par la suite, par le président Henri Konan Bédié pour régler ces divergences. Ils doivent donc aider le président Tidjane Thiam à emprunter ces voies et conseiller les jeunes de notre époque. Les réseaux sociaux sont utiles, mais leur utilisation actuelle ne favorise pas toujours la cohésion. Or, nous ne pouvons pas partir à la reconquête du pouvoir si nous n’avons pas l’unité et l’entente nécessaires. Il faut avoir de la mesure. Des conflits peuvent exister au sein d’un groupe, mais il faut savoir les régler au lieu de nous diviser, de nous insulter ou de marginaliser certains militants qui pourraient demain contribuer à sortir le parti de certaines difficultés.

 

Q : Vous affirmez que le vainqueur doit rassembler. Que signifie concrètement cette responsabilité ?

VK : Nous ne devons pas parler de vainqueurs et de vaincus. Nous avons un parti politique et un dirigeant : le président Tidjane Thiam. À partir du moment où il est président, quel que soit son âge, il devient le père de la famille. Il devient le pilote du navire PDCI et doit nous conduire tous à bon port.

Tous ceux qui l’aident à diriger doivent également l’aider à rassembler et à ramener ceux qui pourraient s’éloigner. Je vois parfois sur les réseaux sociaux des appels demandant à certains militants de quitter le président ou de créer leur propre parti. Mais un parti politique n’a pas vocation à chasser. Il a vocation à recruter, à s’agrandir. Si nous chassons ceux que nous avons déjà, le parti ne pourra jamais reconquérir les territoires perdus.

 

Q : Certains diront qu’il s’agit simplement de la liberté d’expression et que nous sommes dans un parti démocratique. Que leur répondez-vous ?

VK : Oui, c’est la liberté d’expression. Mais cette liberté ne doit pas être utilisée contre l’unité et la cohésion du parti. Lorsqu’un problème oppose des adversaires politiques, nous pouvons nous affronter politiquement. Mais lorsque le conflit est interne, il faut privilégier le dialogue. C’est ce que nous enseignait le président Félix Houphouët-Boigny lorsqu’une crise survenait.

 

Q : Comment apaiser les esprits sans donner l’impression de renoncer à ses convictions, à la démocratie et à la liberté d’expression ?

VK : Chercher la cohésion au sein du parti est une force. Cela nous permet de devenir une force compacte pour affronter les défis. Ce n’est absolument pas une faiblesse. La conviction ne doit cependant pas nous conduire à attaquer systématiquement ceux qui pourraient aider le parti simplement parce qu’ils ont exprimé une position différente. Je pense que ce nouveau type de militantisme doit être proscrit. Nous devons créer l’unité et la cohésion autour du président du parti.

Nous ne rendons pas service au président en attaquant les cadres qui ont exprimé une position contraire.

 

Q : Le président du parti a été élu avec 99,77 % des voix. Peut-on reprocher à un jeune de défendre son parti sur les réseaux sociaux, parfois avec un peu d’excès ?

VK : Même une minorité compte. On peut perdre une élection avec une seule voix. 0,3 % peut sembler faible en termes de pourcentage, mais derrière ces chiffres, il y a des personnes, des familles, des villages et parfois même des départements. Nous avons connu des zones que le PDCI maîtrisait et où nous avions de nombreux élus. Depuis 2018, après la perte de certains cadres, nous n’avons plus d’élus dans certaines de ces zones. Tirons les leçons.

 

Q : Quel message adressez-vous aux militants qui se sentent aujourd’hui blessés, incompris ou marginalisés ?

VK : J’ai lancé un message à certains cadres qui se sentent vexés : je leur demande de faire preuve de retenue et de revenir au dialogue afin de favoriser la cohésion du parti.

Mais j’adresse également un message à nos activistes : nos adversaires ne sont pas dans notre propre camp. Dans toute famille, il peut y avoir des crises. Même dans un couple, il peut y avoir des conflits. Mais si ces conflits nous conduisent à nous entre-déchirer, la famille finit par se détruire. Nous devons donc faire preuve de retenue et privilégier les démarches permettant au parti de régler cette crise en interne.

 

Q : Quel message adressez-vous à ceux qui contestent actuellement la direction du parti ?

V K : Nous appelons tout le monde autour de la table de discussion. À tous ceux qui sont fâchés ou qui pensent avoir été blessés, je demande de penser au PDCI, à son histoire et à ses anciens dirigeants. Il ne faut pas considérer le président Tidjane Thiam comme un simple adversaire politique. Aujourd’hui, c’est Tidjane Thiam qui dirige le parti. Demain, ce pourrait être quelqu’un d’autre. Si nous fragmentons le parti et qu’il disparaît, il n’y aura plus de relève. Nous, les plus jeunes, avons une vision pour l’avenir. J’appelle donc tous les cadres à s’unir autour du président du parti afin de permettre au PDCI d’aller de l’avant.

 

Q : Pensez-vous qu’un dialogue sincère soit encore possible entre toutes les sensibilités au PDCI ?

VK : Pourquoi pas ? Le PDCI est un parti de dialogue. Je ne suis pas dans une logique d’apocalypse.

Je pense que tout est encore possible. Je lance donc un message à tous ceux qui sont frustrés : revenons au dialogue et trouvons ensemble une solution.

 

Q : En une minute, quel appel lancez-vous aux militants, aux cadres et aux sympathisants du PDCI afin que le parti retrouve son unité et sa vocation de grand parti de rassemblement ?

VK : Je demande à tous de pratiquer les valeurs fondatrices du PDCI : le dialogue, le pardon, la tolérance et le respect. Nous devons nous pardonner les offenses, quelles qu’elles soient, afin de construire un PDCI plus fort, une force invincible et conquérante. J’appelle donc tout le monde à utiliser les voies internes. Quelles que soient les offenses, nous avons des mécanismes internes pour régler nos différends. Au lieu de nous traîner devant les tribunaux ou d’y traîner le président du parti, il faut revenir à la maison et permettre au parti de régler ses problèmes en interne.

Nous voulons reconquérir le pouvoir que nous poursuivons depuis des années. Nous constatons malheureusement que, depuis 1999, le PDCI a connu un recul important. Nous devons en prendre conscience et tirer les leçons. Nous devons régler nos problèmes en interne afin de redonner espoir aux Ivoiriens et de constituer une alternative crédible. Il faut que les Ivoiriens puissent reprendre confiance dans le PDCI, afin que nous puissions reconquérir les territoires perdus et conquérir le pouvoir d’Etat. J’espère que mon message sera entendu, particulièrement par les activistes de notre époque. Le téléphone est un bon outil. Les réseaux sociaux sont également de bons outils. Mais ils doivent être utilisés dans le bon sens et non pour traquer ou harceler certains militants.

Lorsque des militants se sentent acculés, ils peuvent être tentés d’utiliser les voies qui s’offrent à eux, notamment les recours judiciaires. Cela ne rendra service ni au président du parti ni au PDCI. Je pense que ce message fera beaucoup de vagues et suscitera certainement des polémiques. Mais il faut comprendre que la force du PDCI réside dans le dialogue, la tolérance et le pardon des offenses.

Propos retranscrits par Junior Oulaï