Compétitions interclubs de la CAF : Les raisons du naufrage collectif des clubs ivoiriens

Compétitions interclubs de la CAF : Les raisons du naufrage collectif des clubs ivoiriens
Éliminés dès le 2e tour préliminaire des compétitions interclubs de la CAF, l’ASEC Mimosas, le FC San Pedro, l’AFAD Plateau et le CO Korhogo laissent la Côte d’Ivoire sans représentant en phase de poules (Ph DR)

Ils ont entretenu l’espoir après un premier tour préliminaire parfait. Et même quand, à la manche aller du 2e tour préliminaire, ils ont obtenu des résultats certes mitigés, avec une victoire pour le FC San Pedro (2-1) et des nuls pour l’ASEC Mimosas (1-1), l’AFAD Plateau (1-1) et le CO Korhogo (0-0), mais la Côte d’Ivoire a continué à croire. Mieux, le pays des Éléphants espérait placer au minimum deux représentants en phase de poules des compétitions interclubs de la CAF. Mais au terme de cette ultime étape, le résultat des courses est désastreux. Aucun des quatre clubs ivoiriens n’a pu composter son ticket pour la phase de poules. Une élimination collective qui interroge le niveau technique et mental des joueurs, la gestion des effectifs par les dirigeants et, plus profondément, le modèle économique des clubs ivoiriens.

Tout a commencé le samedi 24 octobre par l’AFAD du Plateau qui, après avoir obtenu le nul à l’aller à Abidjan, s’est inclinée sur la plus petite des marques à Sfax, en Tunisie. Le dimanche 25 octobre a été marqué par un désastre total. L’ASEC Mimosas, revenue de son expédition marocaine avec le bénéfice du nul (1-1), était bien en pole position pour accéder à la phase de poules. Mais c’était sans compter avec une formation jaune et noire qui avait du mal à se définir. Attaquer ou défendre, la bande à Sébastien Chevalier est restée dans ses hésitations avant de concéder l’ouverture du score. Bien que revenus dans la partie, les Mimos n’ont pu tenir le résultat du nul. Dans le temps additionnel, la défense mimosas a été baladée par deux attaquants marocains. Et ce qui devait arriver arriva. Incapable de gérer la fin de match, l’ASEC a fini par craquer (2-1).

Vainqueurs des Mauritaniens de Nouadhibou (2-1) au stade Laurent Pokou, les Pétruciens n’ont pas pu préserver leur avance. Alors qu’un nul suffisait au bonheur des Orange et Noir, ils ont concédé un but à chaque mi-temps pour finalement s’incliner 2-0 au coup de sifflet final. De son côté, le CO Korhogo avait déjà fait l’essentiel en revenant au score (1-1), avant de prendre un second but à la 84e minute (2-1). Alors que tout résultat autre qu’un 0-0 qualifiait les Calaos, ils ont laissé filer une belle opportunité d’écrire encore plus leur histoire.

Au finish, la phase de poules des compétitions interclubs de la CAF se déroulera sans la Côte d’Ivoire. Les clubs ivoiriens ont tous flanché, incapables de gérer la pression, y compris dans des rencontres où ils avaient les cartes en main. Mais réduire cet échec à une simple défaillance mentale serait insuffisant. Car, derrière ces éliminations, se pose aussi la question du niveau technique et de la capacité des joueurs à répondre aux exigences du football continental. Dans les moments décisifs, les approximations, les mauvais choix, le manque de lucidité et les difficultés à maîtriser les temps forts comme les temps faibles ont coûté cher. Le talent ne suffit pas lorsqu’il faut faire preuve de maturité, de discipline tactique et d’efficacité.

 

Le modèle économique en question

Il faut également regarder du côté des dirigeants. Comment ambitionner de franchir les étapes des compétitions africaines sans parvenir à conserver ses meilleurs éléments ? Chaque saison, des joueurs importants quittent les clubs ivoiriens, parfois au moment où ceux-ci doivent justement consolider leurs acquis et préparer des challenges continentaux majeurs. Les départs peuvent être nécessaires à l’équilibre financier des clubs, mais ils posent un véritable problème lorsqu’ils affaiblissent les effectifs sans qu’un remplacement à la hauteur soit assuré. À force de reconstruire, les clubs compromettent leur continuité sportive, leurs automatismes et leur capacité à rivaliser avec des adversaires mieux armés.

C’est là que le modèle économique des clubs ivoiriens montre ses limites. Lorsque la vente des meilleurs joueurs devient une nécessité pour faire fonctionner la maison, comment bâtir une équipe capable de durer sur la scène africaine ? Les dirigeants doivent revoir leur mode de gestion, diversifier leurs ressources, mieux anticiper les départs et investir davantage dans la formation, le recrutement et la stabilité des effectifs. Il ne s’agit pas de condamner les transferts, mais de trouver un équilibre entre les impératifs financiers et les ambitions sportives. Un club ne peut pas éternellement vendre ses meilleurs éléments et espérer, dans le même temps, franchir un cap continental.

 

Un avertissement pour le football ivoirien

Cette élimination générale place la Côte d’Ivoire dans une situation délicate au regard de son classement et de ses quotas en compétitions interclubs de la CAF. Le pays dispose actuellement de quatre places, deux en Ligue des champions et deux en Coupe de la Confédération. Mais leur maintien n’est pas définitivement acquis. Les performances des clubs ivoiriens sur la scène africaine pèsent dans le classement des associations nationales, lequel contribue à déterminer le nombre de représentants accordés à chaque pays. La hantise de perdre une partie de ces places devient donc légitime si les contre-performances se répètent.

Au-delà de la déception, cet échec doit servir d’électrochoc. Les joueurs doivent élever leur niveau technique et mental, tandis que les dirigeants sont appelés à repenser la gestion de leurs effectifs et la viabilité de leur modèle économique. Sans une remise en question collective, les ambitions affichées risquent de rester des discours. Car, sur la scène africaine, l’histoire et le prestige ne suffisent plus. Il faut des équipes solides, des joueurs capables de répondre à la pression et des clubs suffisamment structurés pour conserver leurs meilleurs éléments et rivaliser dans la durée. Cette fois, les quatre représentants ivoiriens sont tombés. La prochaine campagne ne pourra pas se préparer comme si de rien n’était.

OUATTARA Gaoussou