Équipe de Côte d'Ivoire : Emerse Faé n'est plus le sélectionneur des Éléphants
Le 24 janvier 2024, un homme soufflait ses 40 bougies sur le banc de touche d'une sélection en pleine débâcle. Ce vendredi 31 juillet 2026, ce même homme, devenu entre-temps champion d'Afrique et pionnier des seizièmes de finale mondiaux, a refermé la porte des Éléphants. Emerse Faé n'est plus le sélectionneur de la Côte d'Ivoire. Son contrat, arrivé à expiration ce jour, n'a pas été renouvelé par la Fédération ivoirienne de football, qui l'a annoncé dans un communiqué officiel signé de son président Yacine Idriss Diallo.
Une page se tourne, deux ans et demi après une prise de fonction aussi improvisée que spectaculaire.
Tout commence le 24 janvier 2024, jour de son 40ᵉ anniversaire. En pleine CAN organisée à domicile, alors que la Côte d'Ivoire vacille au bord de l'élimination dès la phase de groupes, Jean-Louis Gasset jette l'éponge au lendemain d'une déroute retentissante face à la Guinée équatoriale (0-4). C'est son adjoint, Emerse Faé, jusque-là dans l'ombre, qui récupère un groupe exsangue et une pression immense pour assurer l'intérim à partir des huitièmes de finale. Personne, à cet instant, n'imagine le scénario qui va suivre.
Contre toute attente, les Éléphants se transforment. Sénégal, Mali, RD Congo tombent les uns après les autres, et le 11 février 2024, au stade Alassane Ouattara d'Ebimpé, la Côte d'Ivoire décroche son troisième titre continental face au Nigeria (2-1), sur un but décisif de Sébastien Haller en fin de rencontre. Ce sacre inattendu propulse Faé, quelques jours plus tard, du statut de pompier de service à celui de sélectionneur titulaire : le 19 février 2024, la FIF officialise sa nomination définitive, à la tête d'un contrat de deux ans courant jusqu'à la Coupe du Monde 2026.
La suite confirme que la CAN 2024 n'était pas un accident de parcours. Sous sa conduite, la sélection ivoirienne referme des éliminatoires de Coupe du Monde sans la moindre défaite, avant de valider sa qualification pour le Mondial nord-américain. Le parcours vers la CAN 2025 se révèle plus périlleux — les Éléphants terminent deuxièmes de leur groupe derrière la Zambie après deux revers coup sur coup contre la Sierra Leone puis les Chipolopolos — mais sans conséquence sur l'objectif final.
Au Maroc, pour la défense de leur titre, les hommes de Faé traversent un « groupe de la mort » face au Cameroun, au Gabon et au Mozambique, se hissent en huitièmes en dominant le Burkina Faso, avant de buter en quart de finale contre l'Égypte (2-3), au terme d'un match manqué dans les moments clés selon les mots mêmes du sélectionneur. Une élimination prématurée qui met fin, sans gloire, à la défense du sacre continental.
Reste, en cette année 2026, le grand rendez-vous mondial disputé aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Faé conduit la Côte d'Ivoire jusqu'au seizième de finale de la Coupe du Monde — une première historique pour les Éléphants sur la scène planétaire — avant de s'incliner face à la Norvège. Un accomplissement inédit qui vient nuancer positivement un bilan par ailleurs contrasté, entre l'apogée continentale de 2024 et les désillusions plus récentes.
En deux ans et demi de mandat, le bilan comptable d'Emerse Faé s'établit donc ainsi : un titre de champion d'Afrique des nations (2024), une qualification directe et invaincue pour la Coupe du Monde, un quart de finale à la CAN 2025 disputée au Maroc, et une participation historique au Mondial 2026 couronnée d'une qualification pour les seizièmes de finale. Un palmarès qui restera, quoi qu'il arrive, associé à l'un des retournements de situation les plus improbables de l'histoire récente du football africain.
Dans son communiqué, le Comité Exécutif de la FIF salue « l'engagement, le professionnalisme et les services rendus » par le technicien ivoirien, ainsi que « sa contribution au développement de l'équipe nationale ». L'instance lui adresse ses « vœux les plus sincères de réussite » pour la suite de sa carrière, sans toutefois donner de justification précise à la non-reconduction de son bail.
Reste désormais à connaître le nom de celui qui héritera d'un groupe taillé pour gagner, mais orphelin de son architecte le plus récent. La FIF a précisé qu'elle communiquerait « en temps opportun » sur la nomination du nouveau sélectionneur et la composition de son encadrement technique. En attendant, c'est un pan entier de l'épopée ivoirienne — de la CAN retrouvée à domicile jusqu'aux premiers seizièmes de finale mondiaux de l'histoire des Éléphants — qui se referme, avec la sensation d'un rendez-vous manqué avec la continuité.
OUATTARA Gaoussou
